17 mai 2008
compter, calculer (Pascal Dupré, instituteur)
compter, calculer
cahier d'exercice pour le cours
préparatoire
un livre de Pascal DUPRÉ, instituteur
sortie le 6 mai 2008

- Pascal Dupré, ou une classe expérimentale dans une école giennoise
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École : la révolution du bon sens
Certains parents d'élèves ont mis plus de vingt ans à réaliser que l'école primaire n'apprenait plus aux enfants à lire, à écrire et à compter correctement. Mais moins de cinq minutes pour considérer que le problème était réglé depuis le 3 janvier dernier, le jour où Gilles de Robien a publié une circulaire imposant le retour à un départ syllabique (le b.a.-ba) de l'apprentissage de la lecture. Ce qui prouve qu'ils ne manquent ni de confiance en l'école ni d'aveuglement sur ce qu'il s'y passe... car cette circulaire ne règle évidemment pas tout. Elle ne traite pas de l'écriture, ni de la grammaire, de l'orthographe ou du calcul. Et même sur la lecture, elle ne fait qu'engager la bataille du bon sens, sans réelle certitude de l'emporter. «J'ai d'abord ressenti l'annonce du ministre comme une bouffée d'oxygène,Les collègues de mon école l'avaient perçue, eux, comme un feu vert : ils allaient enfin pouvoir relayer mes actions dans leurs classes, sans crainte d'être mal notés ou harcelés par l'Administration. Mais c'était avant qu'on leur dise que cette circulaire n'a pas force de loi tant que les programmes de 2002 restent en vigueur ; et comme ces programmes préconisent de démarrer par de la globale... leur enthousiasme est nettement retombé. Le mien aussi, d'ailleurs.» témoigne Pascal Dupré, instituteur à Gien dans le Loiret, qui pratique la méthode syllabique depuis trois ans.
Agé de 47 ans, Pascal Dupré est instituteur depuis vingt et un ans, dont onze en cours préparatoire, première année après la maternelle, celle où les écoliers de 6 ans apprennent à lire. Il se souvient fort bien de sa déprime, il y a trois ans. «Désabusé, au bord de la démission», il ne nourrissait alors aucune interrogation particulière sur ses méthodes pédagogiques - conformes aux consignes officielles - mais perdait peu à peu le goût d'enseigner. Ses élèves passaient le plus clair de leur temps à s'ennuyer ou à s'agiter, sans progrès notables, au désespoir de leurs parents, mais dans l'indifférence de l'institution scolaire qui ne voyait là rien d'anormal. Depuis 1998, on sait en effet qu'après huit ans de maternelle et de primaire, 21% des écoliers sont admis au collège sans comprendre ce qu'ils lisent, et 38% sans savoir faire une opération. Pascal Dupré était donc «dans la norme», mais profondément découragé.
Curieusement, ce n'est pourtant pas cela qui l'a incité à changer de méthodes et à recouvrer par la même occasion son moral ainsi que le plaisir et la fierté d'exercer son métier. «J'ai eu un rapport d'inspection très défavorable en 2002, alors que je pensais être dans les clous, raconte-t-il. Je ne voulais pas laisser les critiques jargonneuses et humiliantes qu'on m'adressait sans réponse, mais il m'a fallu me livrer à un énorme travail de réflexion et d'argumentation pour réussir à le faire. C'est ce travail qui a commencé à m'ouvrir les yeux.»
Ensuite, tout s'est enclenché. Son contre-rapport (aussi drôle qu'incisif et insolent, alors que ce maître est d'un naturel très réservé) a fait du bruit. Plusieurs collègues - du primaire, mais aussi du secondaire - l'ont contacté pour lui faire part de leurs propres déboires. Guidés par eux, Pascal Dupré a commencé à correspondre avec les principales associations d'enseignants qui se sont constituées sur internet afin d'y dénoncer tel ou tel problème pédagogique.
«Je n'étais plus seul, isolé dans ma classe, poursuit-il. Et plus je m'informais, plus je découvrais que la dégradation n'était pas seulement générale : elle s'amplifiait. On voyait arriver de jeunes collègues avec de graves lacunes, dont l'un, par exemple, qui demandait à ses élèves de CE1 de conjuguer le verbe "avoir fini" au présent. Les parents, eux aussi, se lâchaient : certains m'ont raconté des erreurs que j'avais commises ou des échecs dont j'étais responsable sans l'avoir réalisé !»
Quand «Au secours» devient «OXOR»
Puis c'est la rencontre avec Marc Le Bris (1). Même âge, même parcours, même contestation de la façon dont ces deux instituteurs avaient «appris à apprendre» dans leurs écoles normales. Très vite, Pascal décide d'adopter dans sa classe les méthodes rodées depuis vingt ans par Marc : combiner l'apprentissage de l'écriture et de la lecture en commençant par les lettres, les syllabes et les sons, étudier toutes les opérations ainsi que les mesures et les proportions, oser des dictées (d'une seule ligne : «Le lapin est près du sapin» ou «Les pommes tombent du pommier», pour les CP de Pascal, plus longues pour les CE2-CM1-CM2 de Marc), réinventer de vraies «leçons de choses» (en expliquant aux enfants comment l'oiseau construit son nid, plutôt que d'attendre durant des heures d'ennui pour eux qu'ils le découvrent tout seuls), enseigner la grammaire et les conjugaisons, leur faire noter consignes et devoirs au lieu de les distribuer sur fiches photocopiées ; le tout sans hurler sur ceux qui rêvent ni délaisser ceux qui peinent. Rien d'extraordinaire en somme, inutile de s'inquiéter : les écoles des combattants de la syllabique ne sont pas des annexes clandestines du pensionnat de Chavagnes. Quant aux parents des élèves concernés, ils paraissent plus rassurés qu'inquiets.
«Depuis que j'emploie la méthode alphabétique, je n'ai plus aucun problème avec eux. Alors qu'avant, ils venaient sans arrêt me dire qu'ils ne comprenaient pas, ou me demander des conseils pour aider leur enfant», constate Magali Pichon, institutrice de CP dans un village au sud du Mans (Sarthe). Comme Pascal Dupré et Marc Le Bris - qui en est l'un des fondateurs avec Michel Delord (2) - Magali fait désormais partie du Slecc (Savoir lire, écrire, compter, calculer), un réseau d'écoles et d'enseignants pilotes dont l'acronyme résume le programme, agréé par la direction des enseignements scolaires. Un réseau qu'elle a intégré après avoir lu le livre de Marc (1), et pris contact avec lui.
Mère de quatre enfants, mais trop jeune pour avoir connu «l'école à l'ancienne», cette trentenaire a mis un bon moment avant de douter des mérites de la méthode globale : «Même face à une enfant de 9 ans, en CE1, qui écrit "OXOR" pour "au secours", on ne se rend pas forcément compte.» Elle était pourtant consciente des difficultés de ses élèves, mais comme son école est située dans une zone d'«extrême pauvreté» et que sa classe est bondée (trente-deux élèves, contorsionnés devant des tables minuscules et sur des chaises instables), elle croyait, ainsi qu'on le lui avait expliqué en IUFM (3), que l'essentiel de leurs problèmes était de nature sociologique ou matérielle. Peu à peu, le doute s'est toutefois insinué dans son esprit :
«J'utilisais, comme tout le monde, une méthode mixte à départ global - Lecture en fête - en démarrant la syllabique assez tôt, dès la troisième semaine d'octobre : les enfants confondaient les sons ou lisaient des mots entiers à la place des autres. Au bout de deux ans, je suis allée voir ma conseillère pédagogique, qui m'a recommandé deux autres manuels, Grain de lire et Ribambelle : c'était encore pire.»
Survient alors l'incident décisif. La propre fille de Magali, alors en CP, se retrouve à son tour «en difficulté de lecture».
«Tant mieux, en un sens, se félicite aujourd'hui sa mère. Je l'ai emmenée chez une généraliste du Mans qui s'occupait déjà de nombreux élèves pour le même type de problèmes, le Dr Wettstein-Badour (4). Depuis, je paie chaque année des droits pour photocopier la méthode de lecture qu'elle a mise au point pour "réparer" ces enfants. C'est de la syllabique pure. Sans aucune image. Un peu austère, d'accord, mais je n'en changerais pour rien au monde.»
La jeune institutrice n'y voit en effet que des avantages : «Les enfants ne confondent plus les mots, et beaucoup moins les sons. Ils ne sont plus dégoûtés des vrais livres, depuis que je les utilise uniquement pour la détente et le plaisir au lieu de les disséquer dans des séances d'ORL : "Observation réfléchie de la langue". Mais le plus utile, avec cette méthode, c'est qu'elle me permet de repérer très vite les élèves en réelle difficulté, et donc de leur appliquer très tôt une pédagogie différenciée ; alors qu'avec la globale, ils font souvent illusion jusqu'en CE2, et on intervient trop tard. Aujourd'hui, tous les enfants que j'envoie au CE1 savent lire.»
Marc, Magali, Pascal et les autres : ils ne sont encore qu'une poignée, parfois harcelés par leurs inspecteurs, longtemps sous-notés, jamais remerciés, toujours privés d'outils adaptés à la pédagogie qu'ils estiment nécessaire d'appliquer (pas de manuel pour la lecture syllabique et le calcul, pas de formation pour l'écriture : «Je ne sais même pas quelle position de la main serait la meilleure pour de jeunes enfants, ni quel type de stylo employer !» se désole Magali)... mais néanmoins heureux.
Heureux de faire classe. D'enregistrer des progrès. D'avoir le soutien des parents. Et de «ne plus être seuls». C'est surtout à cela que leur sert pour l'instant le Slecc.
«Nous nous encourageons mutuellement mais en sachant qu'un seul maître ne peut pas grand-chose, quelles que soient ses méthodes, si toutes les classes de son école ne relaient pas les mêmes en amont comme en aval de sa classe, reconnaît Guy Morel (5), l'un des deux seuls professeurs de lycée - avec Laurent Robin - à appartenir au Slecc. Le mieux étant que cela se fasse dès la maternelle, comme dans l'école de Marc.» Mais il faut bien que quelques-uns commencent. En espérant que beaucoup d'autres se grefferont bientôt sur leur noyau.
Durant les deux premières semaines qui ont suivi sa publication, la circulaire de Gilles de Robien semble avoir provoqué un frémissement en ce sens. Pascal Dupré n'était pas le seul à avoir remarqué que les collègues de son école étaient plus ouvertement sympathisants. «Mais le problème, dans l'Éducation nationale, c'est que les enseignants ne veulent surtout pas se brouiller avec leur hiérarchie. Pas seulement pour des questions de notes, mais parce qu'elle représente leur unique soutien en cas de problème ; surtout avec les parents.»
Autrement dit, si les enseignants ont l'impression que l'Administration ne suit pas le ministre, c'est cuit pour la syllabique. Mais dans le cas contraire, ils pourraient être nombreux à soutenir Gilles de Robien, comme le font déjà 84% des parents d'élèves. Les professeurs du secondaire mesurent en effet très bien les conséquences de la «médiocratisation» de l'école primaire : collégiens incapables de suivre, qui s'ennuient et empêchent les autres de travailler, exigences à la baisse, cours insipides, examens surnotés, violences. Et les instituteurs n'ignorent pas que l'école primaire a toujours été «massifiée» - depuis sa fondation en 1833, et plus encore après sa laïcisation en 1882 -, preuve que la baisse de ses performances ne s'explique sûrement pas - ou pas uniquement - par l'«hétérogénéité» de son public.
La Fondapol, «usine à idées» créée par Jérôme Monod, a récemment publié un édifiant Cahier du débat sur la lecture. Avec un titre qui résume fort bien ce qui permettrait de mieux l'enseigner : «Le courage du bon sens». Certains, dont le ministre actuel, l'ont déjà. Ils sont encore peu nombreux, certes. Mais c'est ainsi que naissent les révolutions.
Véronique Grousset
article paru dans Le Figaro, 28 janvier 2006
(1)
Nous avons été les premiers à consacrer, fin 2002, un sujet de
couverture aux méthodes de cet instituteur breton, «résistant à la
pédagogie moderne», qui fournissait chaque année les meilleurs élèves
de son département tout en étant le plus mal noté de son académie.
Depuis, Marc Le Bris a publié un ouvrage qui a connu un grand succès :
Et vos enfants ne sauront pas lire... ni compter ! (Stock, 2004).
(2) Professeur de mathématiques et vice-président du Grip (Groupe de réflexion interdisciplinaire sur les programmes), Michel Delord est l'auteur d'une réflexion très aboutie sur les conséquences actuelles de l'enseignement du calcul et la meilleure façon de le réformer. On peut consulter ses textes et études, ainsi que sa documentation sur http ://michel.delord.free.fr/
(3) Instituts universitaires de formation des maîtres : créés en 1989 pour succéder aux écoles normales. Très contestés aujourd'hui. À lire : La Ferme aux professeurs, de François Vermorel (Editions de Paris, 2006).
(4) Voir l'article «A quelle méthode se fier ?», page 45.
(5) Auteur avec Daniel Tual-Loizeau de L'Horreur pédagogique et Petit Vocabulaire de la déroute scolaire, aux éditions Ramsay.
23 avril 2008
nouveaux programmes du Primaire (Xavier Darcos)
Présentation des nouveaux programmes
de l'école primaire
discours de Xavier Darcos, 20 février 2008
Xavier Darcos a présenté à la presse le mercredi 20 février les
grandes orientations de la
réforme de l'école primaire, en particulier
la réorganisation du temps scolaire et la réécriture des programmes
qui, prochainement, feront l'objet d'une consultation.
«Diviser par trois, en cinq ans, le nombre d'élèves qui sortent de l'école primaire avec de graves difficultés et diviser par deux le nombre d'élèves ayant pris une année de retard dans leur scolarité», tels sont les résultats attendus par le ministre de l'Éducation nationale.
Mesdames et Messieurs les journalistes,
Ceux qui ont quitté le système éducatif depuis quelque temps déjà envisagent souvent l'école primaire comme une première étape, exigeante mais vite surmontée, qui précède les difficultés plus sérieuses de l'enseignement secondaire ou du supérieur.
Cette impression erronée se nourrit le plus souvent de la nostalgie de ces années insouciantes, dont la mémoire ne conserve, bien des années après, que de brefs souvenirs : la mélodie obsédante des tables de multiplication, le tracé malhabile des lettres de l'alphabet sur le papier à rayures, l'angoisse de la poésie récitée devant toute la classe.
Mais pour l'enfant qui commence à peine sa vie d'élève, la réalité de l'école est tout autre. Elle est une source continue de sollicitations nouvelles, de stimulations intellectuelles et d'incompréhensions passagères que viennent résoudre les explications et les exercices proposés par l'enseignant.
Elle est une remise en cause permanente de la perception incomplète du monde sur lequel l'enfant avait bâti sa personnalité jusqu'alors.
Nous l'oublions parfois, mais l'école primaire est toujours une étape difficile, parce qu'elle s'adresse à des êtres en devenir et parce que son projet pédagogique est exigeant. Mais elle ne doit jamais cesser d'être ambitieuse, car c'est sur elle que repose, presque toujours, la réussite ou l'échec scolaire de l'élève. Ce n'est pas au collège, encore moins au lycée, que se comblent les petites lacunes et les grands retards accumulés à l'école primaire. C'est l'école primaire qui donne à l'élève l'ensemble des connaissances et des compétences essentielles qui lui permettront d'aller plus loin dans son parcours scolaire et de réussir, plus tard, son insertion dans la vie professionnelle.
L'école primaire doit rester garante de l'idéal républicain : permettre à chaque enfant de devenir, par l'instruction, un citoyen libre et éclairé.
Mais son projet pédagogique doit aussi tenir compte des réalités de notre temps :
à l'heure où la quasi-totalité des élèves poursuivent leur formation au-delà de la scolarité obligatoire, l'école primaire ne doit plus chercher à transmettre en quelques années la totalité des champs du savoir, mais de donner à l'individu toutes les clés pour les approfondir ultérieurement.
à l'heure où la société de l'information expose les enfants au défi de se repérer dans une masse de données indifférenciées, l'école primaire doit plus que jamais transmettre des savoirs cohérents et des approches méthodiques.
à l'heure où les pays développés cherchent à comparer la performance de leurs systèmes éducatifs, la France ne peut rester insensible aux rapports officiels et aux évaluations internationales qui soulignent, chaque année, la médiocrité des résultats de son école primaire.
Dans
un pays qui investit autant de confiance et de moyens dans son système
scolaire, il n'est pas
concevable que 15% des élèves quittent
aujourd'hui l'école avec de graves lacunes dans la maîtrise de la
lecture, de l'écriture et du calcul.
Affirmer une ambition pour l'école primaire, ce n'est pas seulement rappeler la grandeur de ses origines et l'importance de sa mission. C'est lui assigner des objectifs précis quant à la réussite scolaire des élèves.
Diviser par trois, en cinq ans, le nombre d'élèves qui sortent de l'école primaire avec de graves difficultés et diviser par deux le nombre d'élèves ayant pris une année de retard dans leur scolarité : tels sont les résultats que j'attends de la réorganisation du temps scolaire et de la réécriture des programmes du primaire que je veux vous présenter ce matin.
À partir de la rentrée prochaine, l'école primaire connaîtra une nouvelle organisation du temps scolaire dans la journée, dans la semaine et dans l'année. L'enseignement se fera désormais du lundi au vendredi, le samedi matin étant rendu aux familles qui souhaitaient dans leur très grande majorité disposer de deux journées pleines pour se retrouver avec leurs enfants.
Avec cette nouvelle organisation de la semaine, la durée hebdomadaire de l'instruction obligatoire passera, pour tous les élèves, de 26 heures à 24 heures, soit un total de 864 heures d'enseignement par an, ce qui reste bien au-dessus de la durée moyenne d'enseignement des pays qui obtiennent les meilleures performances scolaires dans les classements internationaux.
Aux termes du protocole d'accord que j'ai conclu avec deux organisations syndicales du premier degré, ces deux heures ne seront pas perdues pour les élèves, mais réinvesties sous forme d'aide personnalisée aux élèves en difficulté scolaire ou de travail en petit groupe. Cela implique une modification substantielle du service horaire des enseignants du premier degré qui se composera désormais de 24 heures hebdomadaires d'enseignement en groupe classe et de 108 heures annuelles consacrées à l'aide directe aux élèves en difficulté (60 heures), au travail en équipe, à la relation avec les familles ou à l'implication dans un projet personnalisé de scolarisation (PPS) d'un élève handicapé (24 heures), à l'animation pédagogique et à la formation (18 heures) ainsi qu'aux conseils d'école (6h).
Enfin, je veux que tous les élèves de CM1 et de CM2 qui, malgré l'aide personnalisée et l'accompagnement éducatif mis en place à la rentrée prochaine, continueraient à éprouver des difficultés d'apprentissage, puissent se voir proposer un stage de remise à niveau durant les vacances scolaires. Ces stages seront opérationnels dès les prochaines vacances de printemps, car il y a urgence à agir, chaque fois qu'un enfant présente des lacunes importantes.
Concrètement, ces stages s'étendront sur une semaine et ils proposeront trois heures d'enseignement par jour en français et en mathématiques. Cet enseignement sera structuré autour de groupes de cinq à six élèves sous la conduite d'enseignants volontaires qui seront rémunérés par des heures supplémentaires.
Je veux en finir avec cette inégalité
choquante qui veut que seuls les enfants dont les parents auraient les
moyens de les inscrire dans des cours particuliers auraient une chance
réelle d'échapper à l'échec scolaire. Ce développement de la réussite
payante me semble contraire aux principes fondamentaux de l'école
républicaine. Si l'école est gratuite et obligatoire, la réussite
scolaire doit l'être elle aussi.
Cette nouvelle organisation du temps scolaire sera au service d'une véritable révolution culturelle, qui consiste à recentrer l'école sur les enseignements essentiels. Pendant des années, on n'a cessé de vouloir augmenter le nombre des connaissances, des compétences et des informations que les enfants devaient recevoir de l'école, sans se soucier de la cohérence pédagogique de ces apprentissages. Les programmes eux-mêmes étaient devenus trop longs, trop lourds, illisibles pour les parents et parfois même, peu compréhensibles par les enseignants.
Le projet de programme présenté ce matin constitue le fruit d'un travail de plusieurs mois et je tiens à remercier tous ceux qui s'y sont associés. Je pense naturellement à Jean-Louis Nembrini, qui a fourni un très gros travail avec son groupe d'experts pour me faire une première proposition. C'est à partir de cette proposition que j'ai pu associer à mon tour d'autres experts, parmi lesquels de nombreux membres de l'Inspection Générale de l'Education Nationale tels que Viviane Bouysse, Philippe Claus, Christian Loarer, Marie Mégard, Rémy Jost, Gérard Bonhoure ou bien encore le doyen du groupe d'histoire-géographie Michel Hagnerelle. Parmi les personnalités qui ont été consultées ou se sont associées à la rédaction des programmes, je peux citer, entre autres, Pierre Léna, Antoine Compagnon, Alain Bentolila, Stanislas Dehaene, Marie-Christine Bellosta ou Danièle Sallenave.
Le résultat est éloquent. Ces programmes avec les progressions en français et en mathématiques sont désormais bien plus courts que les précédents puisqu'ils comportent un total de 36 pages au format du Bulletin officiel, contre 104 pages précédemment. Écrits dans un langage clair et concis, ils ont été conçus pour pouvoir être lus aussi par les parents d'élèves, y compris les moins rôdés à la lecture de textes officiels.
À la lecture de ces programmes, vous percevrez plusieurs changements majeurs avec les textes précédents.
Premier changement, les programmes comportent désormais des horaires plus simples et plus précis, qui définissent un horaire unique clairement identifié pour chaque discipline au lieu des fourchettes horaires prévues par les anciens programmes. Cette nouvelle présentation des horaires permet de marquer plus particulièrement l'importance donnée à l'apprentissage des mathématiques et du français. Ainsi, le volume horaire hebdomadaire réservé au Français sera désormais de 10 heures en cycle 2 et de 8 heures en cycle 3, alors qu'il variait, pour le cycle 3, entre six et huit heures dans les programmes précédents. De même, l'horaire d'éducation physique et sportive est renforcé, passant de 3 heures à 4 heures par semaine, conformément à la volonté du Président de la République. Les programmes de sciences, d'histoire géographie et de pratique artistique sont recentrés sur l'essentiel.
Deuxième changement, l'ambition retrouvée des programmes disciplinaires.
Elle concerne toutes les disciplines, mais elle est particulièrement sensible dans les domaines du Français et en mathématiques. L'enseignement de la grammaire, du vocabulaire et de l'orthographe est désormais abordé de manière explicite et il nous a paru important qu'un enfant qui sorte de l'école primaire ait appris l'ensemble des temps de l'indicatif, y compris le futur antérieur et le plus-que-parfait ! La pratique de la récitation et de la rédaction, exercices utiles de l'école primaire, font également leur retour dans les programmes officiels.
Il en va de même en mathématiques, puisque les programmes prévoient le renforcement des techniques opératoires. Là où l'on se contentait par exemple d'aborder véritablement la multiplication à partir du CE2, et pas totalement la division, par exemple pour des nombres décimaux, les élèves devront maîtriser parfaitement les quatre opérations avant d'entrer au collège et savoir pratiquer une règle de trois. La pratique quotidienne du calcul mental sera encouragée pour permettre aux élèves d'acquérir très tôt les automatismes nécessaires pour ne pas se tromper dans leurs calculs.
L'histoire fait désormais l'objet d'un véritable enseignement, introduisant chez l'enfant des repères chronologiques fondés sur la connaissance des grandes dates de l'histoire de France et l'existence des personnages, contrairement aux programmes précédents qui affirmaient qu'«à cet âge, il ne s'agit pas encore de faire de l'histoire». De Clovis à Clémenceau, de la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb à celle du vaccin contre la rage par Pasteur, les élèves apprendront à connaître les principaux jalons de l'histoire de France et de l'humanité. C'est dans ce cadre aussi que les nouveaux programmes font explicitement référence à la question de la traite des Noirs et de l'esclavage, ainsi qu'à l'extermination des Juifs et des Tsiganes par les nazis.
La géographie, enfin, permettra aux élèves à partir de l'échelle locale puis nationale, de comprendre les caractéristiques de la géographie de la France dans un cadre européen et mondial. Une attention particulière est apportée à la façon dont les hommes entretiennent et aménagent leurs territoires, à différentes échelles.
Troisième changement, l'ouverture des élèves sur d'autres formes de connaissances. Une initiation à l'histoire des arts est introduite dès le cours préparatoire et bénéficie d'un programme précis dès le CE2 en lien avec l'étude des six périodes chronologiques prévues par le programme d'histoire. Elle bénéficiera d'un horaire spécifique qui lui sera attribué au cycle 3, avec un minimum de 20 heures annuelles en liaison avec l'enseignement de l'histoire, de la pratique artistique et du français. De même, une éducation au développement durable est intégrée à la fois au programme de géographie et au programme de sciences du cycle 3.
Quatrième changement, l'introduction de l'instruction civique et morale qui remplace l'éducation civique. Cet enseignement permet à l'enfant de découvrir progressivement les valeurs, les principes et les règles qui régissent l'organisation des relations sociales, depuis l'observation des règles élémentaires de civilité jusqu'aux règles d'organisation de la vie démocratique.
Les principes de la morale et l'importance de la règle de droit sont notamment présentés au travers de maximes («la liberté de l'un s'arrête là où commence celle d'autrui») ou d'adages juridiques tels que «nul n'est censé ignorer la loi». Il inclut la connaissance des symboles de la République française et, pour la première fois, des symboles de l'Union européenne. Enfin, les élèves découvrent les traits constitutifs de la nation française, du projet européen et de la francophonie.
Cinquième changement, la très forte cohérence donnée aux programmes de l'école maternelle, dont la finalité très clairement affirmée est de préparer les élèves à l'apprentissage de la lecture, de l'écriture et du calcul tout en conservant sa spécificité propre. L'accent mis sur l'apprentissage du vocabulaire, qui reprend les conclusions du rapport que m'avait remis le professeur Alain Bentolila au mois de décembre dernier, constitue également un apport important pour la réussite scolaire future des élèves.
Je n'imposerai aucune méthode particulière aux enseignants pour transmettre ces savoirs aux élèves, car ils sont les mieux placés pour connaître les capacités de leurs classes et choisir la méthode la plus appropriée pour les faire progresser. Mais je serai vigilant à ce que ces nouveaux programmes et cette nouvelle organisation du temps scolaire contribuent à l'amélioration significative des résultats de chaque école. Ces résultats seront communiqués aux familles selon des modalités que nous définirons au cours des prochaines semaines pour apporter aux familles toute l'information nécessaire sans toutefois entrer dans une logique de mise en concurrence des écoles entre elles. Les résultats de ces évaluations ne seront ni un critère de redoublement pour le CE1, ni un examen d'entrée en sixième pour les CM2. Mais je préfère que l'Éducation nationale se dote d'outils de mesure fiables et transparents du niveau des élèves plutôt qu'elle découvre, année après année, un classement médiocre dans les différentes évaluations internationales.
Mesdames et Messieurs les journalistes,
Si les programmes de l'école primaire suscitent une telle attention, c'est parce qu'ils constituent une forme de contrat social éducatif. Transmettre le savoir, c'est guider l'élève vers une forme de liberté et une forme de responsabilité et c'est prendre en même temps, au nom de la société tout entière, l'engagement moral de ne pas échouer dans cette mission. Nous avons désormais un devoir de réussite pour l'école primaire.
Xavier Darcos
source
- nouveaux programmes de l'école primaire, février 2008 BOEN (version Pdf)
17 janvier 2008
Mémoires d'un prof en résistance (édité le 17 janvier 2008)
le témoignage de
Marie-Claire Micouleau-Sicault
professeur de Lettres
- commander : Mémoires d'un prof en résistance, Marie-Claire Micouleau-Sicault, l'Harmattan, 2007
- commander : par l'Harmattan
Marie-Claire Micouleau-Sicault
présentation de l'éditeur
Professeur de lettres, l'auteur a vécu mai 68, les nominations aberrantes, les multiples réformes qui conduisaient inévitablement au délabrement de l'institution. Les hauts et les bas de ce métier qui devrait être un sacerdoce, n'ont pas entamé son espoir que soit transmis aux enfants de France cet héritage culturel qui en fait des hommes. L'auteur dépeint les désordres les plus incroyables, qu'elle a essayé de contourner de toutes les manières.
avis
J'ai apprécié l'évocation des études à la Sorbonne, les déboires de la "formation des maîtres" en C.P.R. (centres pédagogiques régionaux - qui étaient le paradis comparés aux IUFM...!), l'attachement de l'auteure à un enseignement structuré des Lettres visant l'émancipation intellectuelle par le contact avec les humanités. Bravo pour son parcours...! et sa fidélité à une école qui nous a vaccinés contre toutes les capitulations de la conscience, contre la médiocrité et la vacuité ambiantes. Pourquoi faut-il que l'école se soit séparée de tels transmetteurs de culture...? Pourquoi l'école a-t-elle préféré des inspecteurs qui questionnent ainsi le professeur de Lettres : "...mais pourquoi faire lire du Camus au collège" (p. 62) ?
Michel Renard
13 décembre 2007
ce grand corps malade, l'école (édité le 13 décembre 2007)
ce grand corps malade,
l'école
une émission avec Cécile Revéret, professeure de Lettres
Extraits d'une intervention de Cécile Revéret :
- Qu'ai-je fait dans ce film de si extraordinaire ? On me voit - je suis professeure de français dans une
classe de 6e - on me voit faire une dictée à mes élèves, on voit mes élèves réciter un poème de Victor Hugo, on me voit faire un cours de grammaire, les élèves font une analyse logique. L'analyse logique, je le rappelle, consiste tout simplement à découper une phrase en ses différentes propositions et à donner leur nature et leur fonction. On me voit faire une analyse logique avec mes petits élèves de 6e. On devine, lors de l'entretien que je donne ensuite au metteur en scène, que je leur fait faire des rédactions régulièrement, et je fais allusion aussi à des grands textes de la littérature que je leur fais étudier.
Qu'ai-je donc fait là de si extraordinaire sinon mon métier ? Et tout le monde est étonné... Alors là, bien sûr, je joue au candide et j'ai l'air moi aussi d'être étonnée. Mais, bien évidemment, je ne suis pas étonnée. Il faut bien savoir qu'aujourd'hui un enfant qui rentre au collège, et même à l'école, ne fera jamais d'orthographe, ou presque plus, il ne fera aucun cours de grammaire. Il fera une rédaction, peut-être, une fois par trimestre... En revanche, il étudiera des textes. Il ne fera même que cela. Il étudiera des textes selon une méthode qui, au lieu de lui donner de l'enthousiasme pour la lecture, ne fera rien d'autre que de le dégouter de la lecture. Ce sont toutes ces méthodes qu'on nous a imposées depuis trente ans, qui se sont succédé d'ailleurs de façon assez variée, qui ont détruit l'enseignement du français et l'enseignement de la grammaire. Mais pas seulement, car par contagion toutes les matières sont touchées. (la suite : choisir 20071027)
- émission "Répliques" du 27 octobre 2007 :
http://www.tv-radio.com/ondemand/france_culture/REPLIQUES/> REPLIQUES20071027.ram
une émisison d'Alain Finkielkraut avec Cécile Revéret, professeure de Lettres au collège Jean-Jacques Rousseau au Prés-sAint-Gervais (Seine-Saint-Denis) et Jean-Marie Petitclerc, auteur de Lettre ouverte à ceux qui veulent changer l'école.
- projet SLECC - savoir lire, écrire, compter, calculer
- le site du GRIP - Groupe de réflexion interdisciplinaire
sur les programmes
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- Lettre ouverte à ceux qui veulent changer l'école, Jean-Marie Peticlerc, Bayard, 2007.
Présentation :
"Si critique il y a dans cet ouvrage, ce n’est ni une critique des enseignants, encore moins de l’école, tant je connais son rôle irremplaçable dans le pays, mais bien du système scolaire actuel, système dont les idéologues ont tant de mal à reconnaître les erreurs, système que les enseignants ont tant de mal à réformer."
Tous le reconnaissent : parents, enseignants, politiques : l’école est en crise. Près d’un enfant sur dix la quitte sans avoir acquis les savoirs fondamentaux.
Jean-Marie Petitclerc est prêtre, polytechnicien, éducateur, spécialiste de l’action sociale, notamment auprès des jeunes en difficulté, dans les banlieues parisienne et lyonnaise. Il vient d’être nommé chargé de mission au cabinet de Christine Boutin, ministre du Logement et de la Ville.
Cet expert du terrain propose ici courageusement de repenser entièrement la formation des enseignants, et comment changer nos façons de faire et celles de l’école.
30 novembre 2007
Communiqué du docteur Ghislaine Wettstein-Badour
Communiqué du docteur Ghislaine Wettstein-Badour
en date du 30 novembre 2007 au sujet de
la situation actuelle de l’apprentissage
de la lecture
et de l’écriture en France
gh.wettstein.badour@libertysurf.fr
Madame, Monsieur,
1°- Quelle est la situation factuelle en cette fin d’année 2007 ?
- Les programmes de 2002, actuellement en vigueur, ont entériné les pédagogies semi-globales (appelées également mixtes, naturelles, par hypothèses ou intégratives), et l’arrêté du 24 mars 2006 pris par Monsieur de Robien n’a conduit qu’à rigidifier encore un peu plus les instructions ministérielles puisque juridiquement, aujourd’hui, un enseignant est tenu d’utiliser une pédagogie semi-globale. On ne sait pas assez, en effet, que les instructions en vigueur inscrites au Journal officiel et dans les BO, écartent clairement les pédagogies globales mais également… les pédagogies alphabétiques, ce qui est un comble pour un ministre qui a prétendu les avoir imposées, de sorte que c’est à bon droit que les inspecteurs peuvent déclarer aux enseignants qui les proposent qu’ils sont dans l’illégalité !
- Les évaluations effectuées et publiées par le ministère mettent en évidence, année après année, le fait qu’environ 40 % des élèves entrant en 6e n’ont pas les «compétences attendues» par l’institution elle-même en matière de maîtrise de la lecture et de production de textes.
- Le Haut Conseil de l’Éducation a commencé son rapport «l’école primaire, bilan des résultats de l’école en 2007», (voir : http://www.hce.education.fr/gallery_files/site/21/40.pdf) par la phrase suivante : «Chaque année, quatre écoliers sur dix, soit environ 300 000 élèves, sortent du CM2 avec de graves lacunes : près de 200 000 d’entre eux ont des acquis fragiles et insuffisants en lecture, écriture et calcul ; plus de 100 000 n’ont pas la maîtrise des compétences de base dans ces domaines…».(NDR : je souligne que ces chiffres seraient encore plus catastrophiques si on ne prenait pas en compte dans ce calcul les enfants auxquels leurs parents enseignent la lecture et l’écriture en lieu et place de l’école !)
- Enfin sur le plan international, dans la dernière étude publiée avant-hier, le 28 novembre 2007, par IAE (International Association for the Evaluation for the Evaluation of Educational Achievement (voir : http://www.iea.nl), effectuée en 2006 et cocernant 40 pays, le moins que l’on puisse dire est que les résultats obtenus par les petits Français, en ce qui concerne la maîtrise du langage écrit, ne sont pas glorieux. De plus, depuis la dernière évaluation internationale de 2001 qui n’était déjà pas brillante, il n’y pas de progrès !
2°- Quelles solutions pour améliorer ces performances ?
Depuis 1993, date à laquelle j’ai publié ma première étude : «Lecture : la recherche médicale au secours de la pédagogie», je m’efforce de faire comprendre aux parents et aux enseignants que les pédagogies d’apprentissage de la lecture et de l’écriture proposées dans la quasi-totalité des écoles publiques ou privées sous contrat de notre pays sont en contradiction avec les attentes du cerveau humain. Mes études les plus récentes de 2005, «lecture : apports des neurosciences et pédagogie du langage écrit», et de 2006 «Apprentissage de la lecture : une démonstration expérimentale et théorique de la supériorité de la méthode phonique synthétique (alphabétique) sur toutes les autres approches pédagogiques», (: voir http://cerveau-et-lecture.blogspot.com) confirment les précédentes.
Par ailleurs, je me félicite d’avoir enfin trouvé, dans le monde scientifique, un renfort de poids en la
personne de Monsieur Stanislas Dehaene, professeur au Collège de France, titulaire de la chaire de psychologie cognitive expérimentale et membre de l’Académie des sciences dont les conclusions de l’ouvrage remarquable qu’il vient de publier en août 2007 , (Les neurones de la lecture (1)) sont strictement conformes à celles que j’ai exposées notamment dans mes études de 2005 et de 2006.
Quant aux orientations pédagogiques qu’il propose, elles sont totalement identiques à celles qui ont présidé, il y a maintenant plus de dix ans, à l’élaboration de ma méthode d’apprentissage de la lecture et de l’écriture créée en 1996 et expérimentée depuis avec succès tant par les parents que les enseignants d’un très grand nombre d’enfants (2)
La conclusion est donc très claire : tant que les décideurs en matière de pédagogie du langage écrit de notre pays camperont obstinément, malgré leurs très mauvais résultats, sur des positions qui sont contredites depuis des années par la théorie et l’expérimentation, aucune amélioration n’est envisageable. En attendant une évolution éventuelle de leur part, le principe de précaution commande aux parents d’êtres très vigilants.
Certains ont la chance de résider à proximité d’écoles publiques ou privées dans lesquelles des enseignants courageux utilisent des pédagogies alphabétiques authentiques (environ 10% de l’ensemble des écoles publiques et privées sous contrat) à leurs risques et périls vis-à-vis de leurs inspecteurs en donnant la priorité à la réussite des enfants. Il faut leur faire confiance car plus ils seront nombreux plus les choses auront des chances de s’améliorer un jour pour tous les enfants (à cet égard des initiatives de terrain comme «la 3ème voie» ou le «slecc» sont encourageantes).
Dans la plupart des cas, malheureusement, les écoles de proximité appliquent les consignes officielles et des pédagogies non alphabétiques. La prudence commande alors aux parents qui le peuvent de prendre en main dès la prime enfance (car le mal commence en petite section de maternelle !) l’apprentissage de la lecture et de l’écriture de leurs enfants.
Il est évidemment très attristant d’être obligé de donner ce conseil au début du XXIe siécle dans un pays qui affiche sur les frontons de tous ses édifices publics le mot «égalité». Ceci-dit, il appartient aux parents, qui sont les responsables de l’éducation de leurs enfants d’être instruits d’une situation qu’on leur cache afin qu’ils prennent leurs responsabilités et les décisions qu’ils jugent utiles.
G Wettstein-Badour
(1) Je publierai prochainement une «note de lecture» de cet ouvrage.
(2) Bien lire, Bien écrire, La méthode alphabétique et plurisensorielle Fransya (aux éditions Eyrolles).
G Wettstein-Badour, auteur de :
- Bien parler, bien lire, bien écrire – Donnez toutes leurs chances à vos enfants (aux éditions Eyrolles).
- Bien apprendre l’orthographe, la méthode interactive Fransya (autoéditée par Fransya).
29 octobre 2007
La grammaire et le solfège (Claude Duneton)
La grammaire et le solfège
Claude DUNETON
D'où vient, disais-je la semaine dernière, que des gens diplômés, exerçant une fonction officielle au sein de l'appareil administratif français, parsèment leurs moindres communications de grosses fautes d'orthographe ? Les exemples que je citais, émanant d'un conseil général et d'une mairie de Paris («On ne la pas vu s'arrêter» ; «Que le bonheur et la santé enveloppe cette nouvelle année» imprimés !), ou encore l'étonnant “bonne été” (manuscrit), sont révélateurs d'un phénomène nouveau chez les gens instruits. Ces fautes grossières étaient jadis le lot des semi-illettrés, telles qu'on les trouve dans la correspondance des poilus de 14-18 écrivant à leur famille. Je crains qu'aujourd'hui ces graphies vacillantes ne soient le symptôme d'une carence plus grave.
Le français, de par sa nature vocalique, fourmille d'homophones - je rabâche, mais tant pis. Le son la n'est rien en soi, car ce peut être aussi bien l'article féminin, la truite, que le pronom, il la voit, la note la (si do), également la composition élidée avec le verbe avoir, il l'a vue, et bien sûr l'adverbe là avec sa casquette. Oh là là !... Toute l'astuce est de savoir les distinguer. Que faut-il pour cela ? C'est simple : il faut une formation grammaticale de base à la fois rudimentaire et solide, sinon il est impossible de faire le tri entre on l'a vu et on la voit. À titre de comparaison, les équivalents en anglais de ces cinq la seraient respectivement the, it, A, her, there : cinq mots différents qu'on ne saurait confondre. En français, c'est une autre chanson : pour déchiffrer les mots qui se prononcent “boneté”, et qui pourraient être, par une approximation courante, bon étai ou bon n'était, ou encore bonne et taie (oreiller), («Bonne et taie sautèrent par la fenêtre»), pour en extraire, donc, bon été, il est nécessaire de savoir que bon est un adjectif qui s'accorde en genre avec le nom qu'il qualifie : l'été est masculin, bon aussi.
Attention ! Il faut le savoir intimement, sans réflexion, le porter en soi, comme le solfège. S'il fallait réfléchir pour discerner sur la portée musicale quelle est la note la, on ne serait pas près de chanter la romance ! C'est pareil avec bon été, et la même chose dans le cas d'enveloppe sans l'accord au pluriel : le scripteur a confondu une enveloppe avec le verbe envelopper.
Étourderie ? Non, non... Cette anomalie, tout de même époustouflante, vient d'ailleurs. Il y a fort à parier que les auteurs de ces errements, par ailleurs d'excellentes personnes, sont nés au cours des années 1960, ou peu après. Ils sont entrés à la “grande école”, disons entre 1968 et 1975. C'est la première génération d'élèves que l'on n'a plus fait réfléchir à temps sur la langue française. En clair, ce sont des gens qui ont appris à lire plus ou moins globalement, comme qui dirait “au pifomètre” (bonne été), et n'ont jamais “fait de grammaire”, du moins pas de cette grammaire au ras des pâquerettes, répétitive, lassante - passionnante aussi ! - constituée par l'analyse des mots et l'analyse logique des phrases. Or cet entraînement est indispensable à l'acquisition complète de la langue française.
Certes, ces enfants ont appris, sous couleur de grammaire, quelques mots à coucher dehors qui leur ont fait croire qu'ils étaient savants, mais ils n'ont pas peiné sur les exercices de base terriblement recommencés, comme l'est la lecture des notes de musique. Ils sont semblables à des gens à qui on aurait, pour tout solfège, enseigné la liste des dièses et des bémols, en l'agrémentant de considérations théoriques sur les tierces et les quintes, mais à qui l'on n'aurait jamais fait chanter obstinément les notes sur la portée. Ma comparaison n'est pas fantaisiste, elle est bien plus fondée qu'elle ne paraît, et bizarrement rigoureuse
Cela parce qu'à l'époque dont je parle, le grand chic était de paraître “intelligent”, au mépris des acquis et des automatismes fondamentaux. On a changé les méthodes des instituteurs, gens de métier, pour en confier l'initiative à des “penseurs” autoproclamés “pédagogues”, surtout occupés à se faire un nom en brandissant des paradoxes. Les commis de l'État paient aujourd'hui la note d'une formation saccagée.
La langue française réclame une gymnastique grammaticale besogneuse - qu'on se le dise ! -, régulière et tenace, sinon on confond enveloppe et enveloppe(r), la et là, ici et Issy, et son cul avec ses chausses ! C.Q.F.D.
Claude Duneton
Le Figaro littéraire, 5 avril 2007
03 août 2007
Et si on enseignait le français en France ? (Marie-Christine Bellosta)

Victor Hugo sur son lit de mort
Photographie par Felix Nadar (1820-1910)
Et si on enseignait le français en France ?
Marie-Christine BELLOSTA
Clemenceau jugeait la guerre trop sérieuse pour la laisser conduire par
des maréchaux. L'enseignement du français est, semble-t-il, une chose
trop grave pour qu'on l'abandonne à la hiérarchie de l'Éducation
nationale.
L'efficacité de l'enseignement du français à l'école est une question
politique décisive : d'elle dépendent la cohésion nationale,
l'intégration des enfants de l'immigration, la remise en marche de
l'ascenseur social, un niveau plus homogène des établissements
secondaires, où qu'ils soient sur la «carte scolaire», et même, tout
au bout du cursus, les performances de l'Université. La maîtrise de la
langue conditionne aussi l'accès à la littérature, qui est une pièce
majeure de la culture française ; à l'heure où l'on débat de l'identité
nationale, rappelons qu'appartenir à une collectivité, c'est posséder
sa langue et partager sa culture.
Pour assurer la maîtrise de la langue française, la loi Fillon en avait
fait le premier pilier du «socle commun» (23 avril 2005). Las ! Les
nouveaux programmes de français de l'école élémentaire, rédigés sous
l'égide de l'Inspection générale (4 avril 2007), ne tiennent compte ni
de l'esprit de la loi, ni de la lettre de son décret d'application, ni
des recommandations formulées par le ministre à la lumière des rapports
d'Alain Bentolila. Les exigences fixées pour la fin du primaire sont
plus basses que jamais, alors qu'il aurait fallu en revenir au moins au
programme de grammaire et de conjugaison signé par Jean-Pierre
Chevènement (1985). Et il serait vain d'espérer que les programmes du
collège, en chantier, compenseront cette indigence : il faut que
l'école instruise davantage si l'on veut qu'ensuite quatre ans de
collège suffisent pour conduire les élèves à la maîtrise de la langue
française.
L'accès des adolescents au patrimoine littéraire n'est pas handicapé
seulement par leur méconnaissance de la langue. Il l'est aussi par des
programmes de lycée absurdement ambitieux et complexes. Dans
l'intention louable d'initier les lycéens à ce qu'il y a de proprement
littéraire dans la littérature, on a construit ces programmes autour de
notions techniques qui rendent compte du «fait littéraire». On
n'avait pas prévu que cela stériliserait l'enseignement du français (et
détournerait les élèves des filières littéraires) parce que, dans la
pratique, le sens des textes passerait au second plan. Or «à quoi sert
la littérature», si ce n'est à donner du sens à l'expérience que
chacun a du monde et de soi-même ?
La hiérarchie de l'Éducation nationale soutient que, si ces programmes
conduisent au mépris du sens, c'est parce qu'ils sont mal enseignés.
Reconnaissons plutôt qu'ils ne sont pas enseignables. La preuve en est
que les plus hautes autorités s'avèrent souvent incapables de fournir
des sujets de bac qui respectent le sens des textes.
Le sujet 2007 des séries ES et S en offre un exemple. Son corpus
rassemble trois textes hétéroclites : le
portrait de Gnathon par La
Bruyère (Les Caractères),
un fragment de 1846 où Victor Hugo consigne une «chose vue»
(publication posthume) ; le poème «La grasse matinée» de Prévert (Paroles). Le candidat doit d'abord «montrer que les textes du corpus ont une visée commune».
Ce qui est absolument faux. Car si Prévert et Hugo évoquent la question
sociale, La Bruyère [ci-contre] n'en a cure : son portrait de Gnathon dénonce
l'«amour de soi» (notion clef du moralisme classique) en énumérant
les comportements haïssables qui en découlent. D'autre part, Prévert et
Hugo ne disent pas la même chose de la question sociale. Prévert donne
à ressentir au lecteur les émotions violentes d'un homme torturé par la
faim. Hugo exprime par-devers lui un diagnostic politique : l'opulence
côtoie l'extrême misère, et cette disproportion des fortunes, alliée au
changement des mentalités né de 1789, va provoquer une révolution.
Non content d'encourager ainsi au contresens ceux des candidats qui
choisissent de commenter La Bruyère (sujet 1), l'État-Examinateur
trahit la pensée d'Hugo dans l'énoncé du sujet 3 : «À son arrivée à la Chambre des pairs [Hugo],
sous le coup de l'émotion, prend la parole à la tribune pour faire part
de son indignation et plaider pour plus de justice sociale. Vous
rédigerez ce discours.» Il s'agit ici d'écrire avec la plume d'Hugo (!) un discours qu'il ne risquait pas de prononcer étant donné que la notion de «justice sociale»,
chère à notre Examinateur, n'entrait pas dans ses catégories de pensée,
ni en 1846, ni plus tard. De fait, dans son discours sur «La Misère»
de 1849, qui est son premier pas vers la gauche, Hugo propose d'« étouffer les chimères d'un certain socialisme » en créant un «code chrétien de la prévoyance et de l'assistance publique» car «l'abolition de la misère» doit permettre, dit-il, la «Réconciliation» des classes.
Tel est le résultat tangible des programmes des lycées qui viennent
d'être paisiblement reconduits (5 octobre 2006) : le sens des mots et
des textes, l'histoire des idées, les auteurs, la réalité historique,
la culture, bref tout ce qui fait l'intérêt humaniste de la
littérature, passent à la trappe.
Tout est-il perdu ? Non. Pour promouvoir la maîtrise de la langue et
pour ressusciter la culture littéraire (et sauver les filières
littéraires), il suffit que les politiques comprennent que l'efficacité
de l'enseignement dépend moins de son organisation administrative que
de ses contenus : il faut écrire d'autres programmes de français, de
l'école au baccalauréat. Cela implique, dans l'immédiat, que le
ministre suspende l'application de l'arrêté du 4 avril 2007 concernant
le primaire et interrompe la rédaction des programmes de collège qui en
sont la suite logique. Cela suppose aussi qu'il soit plus attentif aux
intérêts des élèves, de la nation et de la culture française qu'à
l'opinion d'une administration apparemment peu encline à réviser ses
jugements.
C'est là le point le plus épineux, bien entendu, mais le «parler
vrai» et la «rupture» sont aussi nécessaires à l'Éducation nationale
que partout ailleurs.
Marie-Christine Bellosta
Le Figaro, le 06 juillet 2007
Marie-Christine
Bellosta est maître de conférence en littérature française à l'École
Normale Supérieure, directrice du programme Éducation de la Fondation pour l'innovation politique
- bio-biblio Marie-Christine Bellosta
- "... l'inculture galope" (Marie-Christine Bellosta sur lire-ecrire.org
08 juin 2007
Lettre d'un parent au Dr Wettstein-Badour
Lettre d'un parent au Dr Wettstein-Badour
Message commenté : Lettre ouverte du Dr Ghislaine Wettstein-Badour
Je regrette amèrement de n'avoir pas connu votre texte l'année dernière car il répond exactement à ce que j'ai vécu. L'instit de mon gamin et le directeur de l'école m'ont effrontément menti mais je n'avais pas d'outil pour répondre. Je me suis alors documenté comme j'ai pu, j'ai ainsi connu le site "Sauvez les lettres", j'ai lu le bouquin de Marc Le Bris, celui de Rachel Boutonnet, celui de Fanny Capel. Je me trouve désormais en franche opposition avec les enseignants qui cautionnent la catastrophe et je suis très en colère. J'ai donc acheté Léo et Léa et j'ai entrepris d'apprendre à lire à mon gamin, mais contrairement à ce que vous dites, l'approche alphabétique est tellement différente de la globale que mon gamin a eu alors de grosses difficultés à se sortir du système "par coeur/devinettes" et à se mettre à déchiffrer c'est-à-dire lire vraiment.
Cela fait plus de 6 mois que nous avons commencé "Léo
Léa" et nous l'avons fini il y a 2 mois pourtant mon gamin est encore
entraîné quotidiennement par son instit à faire des devinettes (ce qui
l'agace prodigieusement) et est toujours tenté spontanément à "lire"
ainsi ce qui le perturbe fortement car il culpabilise de s'être laissé
piéger.
Quant
aux enseignants, ils sont conscients de la catastrophe, ils connaissent
les mauvais résultats des évaluations, il savent que les-dites
évaluations sont trop faciles pour le niveau que les enfants sont
censés être capables d'atteindre, pourtant ils ne font rien alors
qu'ils sont titulaires de leurs postes et sont donc à l'abri du risque
de chômage. Depuis le début de l'année scolaire je dénonce par voie de
tracts ces dysfonctionnements scandaleux mais je suis très isolé car
les autres parents élus (je suis moi-même un parent élu) ont la
trouille... Je ne suis affilié à aucune fédération de parents d'élèves
même si un temps je me suis senti proche de la FCPE mais celle-ci
cautionne ce qui se passe...
CHARTIOT - email : inoui@tele2.fr
12 avril 2007
l'éditeur Belin cède devant l'obscurantisme islamiste
l'éditeur Belin cède
devant l'obscurantisme islamiste
L'école de la culture est aussi menacée par l'obscurantisme des communautarismes. Un pas a été franchi - mais on ne s'en aperçoit que maintenant - par l'éditeur Belin en 2005. Cette manipulation est totalement inacceptable. Aucun professeur d'histoire ne saurait tolérer la censure des sources historiques.
Michel Renard
Information provenant du site atheisme.org :
L'éditeur Belin masque le visage de Mahomet dans un manuel d'Histoire Géographie de 5e
La couardise face au fanatisme musulman rassemble chaque jour plus de pleutres. Un an avant la mairie du VIe arrondissement de Paris qui, en 2006, avait supprimé le mot Allah du titre d'une pièce de théâtre, les Editions Belin s'étaient, avec la même complaisance, prosternées devant l'obscurantisme islamique.
Dans un livre d'Histoire Géographie de 5e édité en 2005, Belin a masqué le visage de Mahomet sur une miniature du 13e
siècle conservée à l'Université d'Edimbourg. L'image était intacte dans
l'impression d'avril 2005 mais le visage de Mahomet a été masqué dans
celle d'août 2005. Elle est visible en page 27 du manuel. La référence
complète du livre est la suivante : Histoire Géographie, 5e, Editions Belin, sous la direction de Eric Chaudron et Rémy Knafou, 2005.
Quelle mouche, ou quelle fatwa (ou peur d'une fatwa), a piqué les
Editions Belin entre avril et août 2005 pour dissimuler le visage du
gourou fondateur de l'islam ? Au nom du respect (pourtant injustifié)
des croyances, les fascistes au croissant marquent sans cesse de
nouveaux points grâce à la servilité de certains : l'autocensure est la
pire des défaites en matière de liberté d'expression.
Merci à Bruno Doizy pour cette information
2 avril 2007

Visage intact, manuel d'avril 2005 (page entière 1,5 Mo)

Visage masqué, manuel d'août 2005 (page entière 900 Ko)
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Dans une dépèche AFP l'éditeur Belin s'explique :
"À la suite de la présentation de notre nouveau manuel à vos collègues professeurs d'histoire et géographie, dans de nombreux établissements, plusieurs d'entre eux nous ont fait part du caractère perçu comme provocant aujourd'hui d'une telle représentation du prophète Mohammed et par conséquent, de la difficulté d'enseigner sereinement dans des classes très hétérogènes".
L'éditeur affirme n'avoir subit aucune pression et s'est tenu aux seuls avis de trois enseignants des Yvelines.
Source : AFP
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Mahomet "flouté" dans un manuel
d'histoire pour les collèges
LE MONDE | 07.04.07 | 12h54 • Mis à jour le 07.04.07 | 12h54
|
L'éditeur de manuels scolaires Belin est-il tombé dans le biais du "religieusement correct ?" Dans un manuel d'histoire-géographie de 5e, l'éditeur a flouté le visage du prophète Mahomet représenté dans une miniature du XIIIe siècle. L'information a été révélée par l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo dans son édition du 4 avril. "Plusieurs enseignants d'histoire-géographie à qui nous avons présenté le livre en mai 2006 se sont inquiétés du fait qu'une telle représentation puisse susciter des réactions et compliquer leur enseignement dans des classes très hétérogènes", explique Marie-Claude Brossolet, PDG des éditions Belin. "Nous avons cru bien faire en prenant la décision de masquer le document. Il ne faut rien y voir d'autre qu'une décision destinée à faciliter le travail des professeurs", précise l'éditrice. Selon elle, le choix de supprimer le document et de le remplacer par un autre aurait entraîné une modification en chaîne de tout l'ouvrage. La solution du floutage a donc été retenue. Edité à 30 000 exemplaires, cet ouvrage, qui est en usage depuis la rentrée 2006-2007, a provoqué la colère de plusieurs enseignants d'histoire-géographie du collège Léonard-de-Vinci, à Ecquevilly (Yvelines), surpris de recevoir à la rentrée un ouvrage différent du spécimen qu'ils avaient consulté. Ils ont alors écrit aux éditions Belin en novembre 2006, qui leur ont répondu que "ce choix, qui ne falsifie pas le document original, permettait d'en maintenir l'exploitation pédagogique, voire de provoquer un débat en classe". Sylvie Mony, chargée du secteur contenu des enseignements au SNES, principal syndicat des enseignants du second degré, considère que la décision de l'éditeur est "curieuse". "C'est la première fois, à ma connaissance, qu'un manuel est flouté sur une source historique, s'étonne-t-elle. C'est une démarche qui est complètement anormale pour un historien." Par ailleurs, poursuit Mme Mony, "le fait d'anticiper les réactions présumées de telle ou telle communauté est davantage susceptible de fabriquer ou de renforcer de l'intégrisme que de le combattre".
Catherine Rollot |
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- voir aussi : NouvelObs du 11 avril 2007
- une édition de nombreuses images de Mahomet, principalement d'origine musulmane (en langue anglaise)
21 février 2007
Apprentissage de la lecture : le débat scientifique continue (Dr Wettstein-Badour)
Apprentissage de la lecture :
le débat scientifique continue
Dr WETTSTEIN-BADOUR
Dans mon document faisant le bilan et traçant les perspectives au moment (le 15 novembre 2006) où prenait fin l’initiative de Monsieur de Robien, ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche, au sujet de l’enseignement de la lecture, voir le texte complet via le lien suivant:
http://appy.ecole.free.fr/actualites/gwb200611a.pdf
J’écrivais notamment :
…..«Le débat scientifique et technique a été beaucoup trop bref et donc très largement insuffisant mais il a permis toutefois une avancée importante : le coeur du débat a bien été identifié car le «mode opératoire» utilisé pour enseigner le code alphabétique a été mis en cause.»….
Où en est ce débat aujourd’hui ?
Il se concentre sur une question et une seule : quel est le «mode opératoire» optimum pour enseigner le code alphabétique ?
Une vingtaine de chercheurs en sciences psycho-cognitives, en psycho-linguistique ou en sciences de l’éducation ainsi qu’un certain nombre de pédagogues se sont prononcés sur cette question dans deux textes publiés, l’un en février 2006 puis dans le Monde de l’éducation en mars 2006, l’autre fin octobre 2006 publié sur le site de Monsieur Franck Ramus :
http://www.ehess.fr/centres/lscp/persons/ramus/
voir sur sa page d’accueil à : «mes contributions au débat sur les méthodes de lecture»
Voici ce que l’on peut y lire notamment :
- dans le texte de février 2006 :
«du moment que le déchiffrage est enseigné systématiquement, il importe peu que l’approche soit plutôt analytique (du mot ou de la syllabe vers le phonème) ou synthétique (du phonème vers la syllabe et le mot)»
- dans le texte d’octobre 2006 :
«Il faut enseigner les relations graphèmes-phonèmes (entre les lettres et les sons) de manière systématique et explicite, dès le début du cours préparatoire.
Il existe de nombreuses manières d'enseigner les relations graphèmes-phonèmes: des approches synthétiques, combinant les phonèmes pour construire les syllabes et les mots; des approches analytiques, décomposant les mots en syllabes et en phonèmes; et des approches combinant à divers degrés les deux précédentes. Les études d'évaluation ne font pas ressortir de différences significatives d'efficacité entre ces différentes approches (1)
Les résultats scientifiques actuels suggèrent donc d'écarter les méthodes qui n'enseignent pas les relations graphèmes-phonèmes, ou qui ne les enseignent pas de manière explicite et systématique, ou qui ne les enseignent pas suffisamment tôt (souvent appelées "méthodes globales", ou selon les acceptions, correspondant à une partie des méthodes globales). Toutes les autres méthodes semblent acceptables.»
Dès la publication du texte de mars 2006 j’avais publié la communication suivante, voir via le lien suivant :
http://www.orthomalin.com/accueil/index.php?m=actu&a=news&ID_news=545
Monsieur Ramus a répondu à cette communication par un message sur son site dont je n’ai eu connaissance par hasard que vers le 20 décembre 2006, voir:
http://www.ehess.fr/centres/lscp/persons/ramus/lecture/lecture.html#badour
Tout début janvier 2007 je lui ai fait parvenir un message et une communication que vous trouverez à :
http://www.orthomalin.com/accueil/index.php?m=actu&a=news&ID_news=76
Monsieur Ramus m’a fait savoir courtoisement à mi-janvier 2007 qu’il reprendra contact avec moi dès qu’il aura pu étudier la communication que je lui ai adressée.
Le travail de fond continue donc.
G Wettstein-Badour
12 février 2007
- contact : gh.wettstein.badour@libertysurf.fr
(1) N’étant pas statisticienne, j’indique simplement pour l’information complète du lecteur que cette affirmation est fondée sur un rapport publié aux USA par le National Reading Panel. Elle a été démentie par une étude de la junior entreprise de l’école nationale de la statistique et de l’administration économique, qui en a vérifié la validité à la demande de l’association Enseignement et Liberté, voir :
http://www.enseignementliberte.org/aplect13.htm

30 janvier 2007
Jacqueline de Romilly contre les barbares
Civilisations
Jacqueline de Romilly contre les barbares
Immense helléniste, deuxième femme à entrer à l'Académie française, première femme professeur au Collège de France, Jacqueline de Romilly vient d'être élevée à la dignité de grand-croix de la Légion d'honneur (la cinquième à recevoir cette distinction). Toujours aussi vive à bientôt 94 ans, elle lance un cri d'alarme : la pensée et la réflexion se meurent. Rencontre.
Propos recueillis par Liliane Delwasse
Le Point n° 1793, 25 janvier 2007
Le Point : Vous venez de recevoir cette distinction suprême, la plus prestigieuse dont on puisse rêver. Etes-vous particulièrement heureuse ou est-ce juste un honneur de plus, tant il est vrai que vous avez déjà eu auparavant tous les honneurs imaginables. Vous avez même été nommée citoyenne grecque d'honneur.
Jacqueline de Romilly : C'est incontestable : j'ai été gâtée. J'ai eu la chance d'appartenir à une génération où les femmes accédaient pour la première fois au podium, où les portes s'ouvraient enfin. J'ai été la première femme à entrer à l'Académie des inscriptions et belles-lettres, la deuxième à l'Académie française après Marguerite Yourcenar, la première au Collège de France. Et je ne parle pas de l'Ecole normale supérieure. Savez-vous ce qui m'a procuré la plus grande joie ? En 1930, j'avais 17 ans, les filles ont eu pour la première fois le droit de se présenter au Concours général et j'ai eu cette année-là les prix de grec et de latin. Rien par la suite ne m'a jamais rendue aussi heureuse. C'était grisant. Ma mère a soigneusement collé dans un petit carnet les coupures de presse du monde entier qui relataient ce qui était alors considéré comme un exploit. Il y en avait dans toutes les langues. Un de ces articles est d'ailleurs signé par un très jeune journaliste débutant, Pierre Lazareff. C'était son premier article. Il lui a porté bonheur. Mais, pour répondre à votre question, c'est toujours agréable et flatteur pour son ego d'être reconnu pour son travail et félicité, mais c'est surtout un formidable encouragement pour continuer la lutte que je mène et assumer jusqu'au bout de mes forces la tâche que je me suis fixée.
Vous êtes helléniste. On connaît la bataille que vous menez depuis des décennies pour que perdure l'enseignement des langues anciennes, et en particulier du grec, en voie de disparition. N'êtes-vous pas finalement optimiste pour l'avenir puisque votre combat est reconnu et honoré ?
Je ne suis pas très optimiste, ni pour mes chères langues anciennes, ni pour la française d'ailleurs, ni pour les humanités en général et, pis, guère plus pour l'avenir de notre civilisation. S'il n'y a pas un sursaut, nous allons vers une catastrophe et nous entrons dans une ère de barbarie. Il y a un désintérêt et même un dédain pour la Raison et les Lumières.
Je ne suis pas historienne et les faits m'intéressent moins que les textes. Ce qui me passionne dans les
textes grecs, c'est la rencontre avec la naissance de la pensée raisonnée, rationnelle, de la réflexion, c'est l'irruption de la lumière qui est apparue pour la première fois dans un monde encore confus et obscur. Toute la morale politique et la philosophie hellènes visent à la clarté et à l'universel. Et elles ont réussi, rien n'a vieilli, leurs préoccupations sont d'une telle actualité !
Apprendre à penser, à réfléchir, à être précis, à peser les termes de son discours, à échanger les concepts, à écouter l'autre, c'est être capable de dialoguer, c'est le seul moyen d'endiguer la violence effrayante qui monte autour de nous. La parole est le rempart contre la bestialité. Quand on ne sait pas, quand on ne peut pas s'exprimer, quand on ne manie que de vagues approximations, comme beaucoup de jeunes de nos jours, quand la parole n'est pas suffisante pour être entendue, pas assez élaborée parce que la pensée est confuse et embrouillée, il ne reste que les poings, les coups, la violence fruste, stupide, aveugle. Et c'est ce qui menace d'engloutir notre idéal occidental et humaniste.
Il existe d'autres formes de pensée que littéraire, sans pour autant tomber dans la barbarie.
Sans doute, mais plus simplistes, qui assènent des vérités toutes faites, pauvres et sans nuances. Et qui risquent donc de déboucher sur une pensée appauvrie, squelettique. La pensée demande des correctifs, des
nuances, de la subtilité, pas des dogmes tout faits issus des fast-foods de la réflexion. Ma chaire au Collège de France s'intitulait «La Grèce et la formation de la pensée morale et politique». C'est cette construction que j'admire, qui a jeté les fondements de notre organisation et de notre pensée occidentale et que je ne peux accepter de voir rejetée et oubliée alors qu'elle n'a jamais été aussi nécessaire. Je connais des cas d'établissements scolaires où l'on ferme l'option grec faute de crédits, soi-disant, ou pour des raisons fallacieuses d'emploi du temps alors qu'il y a quinze ou vingt élèves inscrits. On craint sans doute que les élèves ne se forment un jugement trop acéré, qu'ils ne deviennent trop intelligents, qu'ils ne remettent en question la société telle qu'elle est...
J'ai créé une association, Sauvegarde des enseignements littéraires, et tout récemment une autre qui est le prolongement de la première, Élan nouveau des citoyens. Elles visent à réveiller les valeurs de la démocratie et à les remettre au coeur du débat citoyen. Le titre d'un de mes derniers ouvrages est explicite : Actualité de la démocratie athénienne.

Vous craignez une guerre des civilisations ?
Ne simplifions pas, là encore. Je refuse de résumer, de schématiser les enjeux en termes politiciens qui seraient plein d'allusions anachroniques. Le danger de la démocratie, le seul, le vrai danger, c'est la démagogie. Ne tombons pas dedans. Dans mon Alcibiade ou les dangers de l'ambition, j'analyse cet écueil. Rien n'a changé depuis le temps d'Alcibiade. Les mutations sont marginales, anecdotiques. Sauf que l'inculture a gagné du terrain. Je vais vous confier à ce propos la question que m'a posée une fois une élève d'hypokhâgne : «Madame, les langues mortes étaient-elles déjà mortes quand vous étiez jeune ?» Pas mal, non ?
L'âge ne vous a pas atteinte. Vous avez une forme, une fraîcheur, un dynamisme étonnants. Et toujours le même humour, la même aptitude au bonheur de vivre. Quel est votre secret de jouvence ?
La passion, pardi ! La passion de ce que je fais, de mon travail, de mes recherches, et puis l'amour, l'amour pour mon cher Thucydide. Quant à parler de fraîcheur, vous êtes très gentille, mais j'aurai 94 ans dans quelques semaines. Et je me sens plutôt défraîchie. La vieillesse est un terrible combat que l'on est sûr de perdre et que l'on s'obstine à mener. Tout se dégrade, se défait, pouah, affreux ! On peut avoir acquis des qualités de sagesse, de hauteur de vues, de courage moral, de stoïcisme (il faut bien se consoler avec des aspects positifs), mais on perd la vue, l'ouïe, la marche. Il n'y a pas de quoi se réjouir. Je reconnais cependant que j'ai toujours gardé mon humour et la capacité de rire des situations cocasses.
Je vais vous conter une anecdote pourtant cruelle à laquelle j'ai repensé récemment et qui me fait rire comme au premier jour. Pendant la guerre, j'ai bénéficié si l'on peut dire du statut des juifs mis en place par le régime de Vichy, mon père étant juif. Entre autres gracieusetés, les juifs n'avaient plus droit à avoir un téléphone. Sitôt la Libération, il a été décidé par les autorités que les juifs à qui on avait coupé le téléphone seraient prioritaires pour récupérer leur ligne. Il faut dire qu'à l'époque il n'était pas facile de faire installer une ligne téléphonique, cela prenait des mois. Me voilà donc allant à la poste pour demander à récupérer ma ligne d'avant guerre. La préposée me reçoit et, plutôt sèche, me remballe : «Y a de l'attente.» Je lui explique que nous sommes prioritaires parce que juifs. Elle rétorque : «Vous êtes juifs ? Facile



























