jeudi 10 décembre 2009

immense entreprise de paupérisation de l’école

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l'histoire ne doit pas devenir

une langue rare


Philippe Baumel, maire PS du Breuil, réagit à la réforme du lycée en cours. Il considère qu'en dehors d'une réforme conjointe du collège, et sans un vrai projet pour réduire les inégalités entre établissements, les réformes actuelles ne vont nulle part. Et La course à l'optionnalisation, dont l'histoire est la nouvelle victime, ne fait qu'aggraver les problèmes.

Nouvelle étape du mouvement brownien engagé par le pouvoir, la réforme du lycée restera comme une personne_11531forme d’archétype de la méthode Sarkozy. Des bonnes intentions, des contradictions, un acharnement comptable suicidaire et cette petite touche, ce je-ne-sais-quoi de défiance envers les savoirs qui caractérise l’équipe du Président de la République.

Beaucoup l’ont dit mais il est sans doute bon de le répéter : une réforme du lycée sans réforme du collège est en soi inepte. Au-delà de ce constat, c’est à une réalité pesante sur notre société qu’il faut s’attaquer : celui de l’inégalité territoriale. Qu’on se rassure, les lycéens du Lycée Pasteur de Neuilly, ceux d’Henri IV, souffriront peu ou pas du tout de la réforme de Luc Chatel. Il est certain que, dans notre pays, les inégalités se creusent entre établissements et particulièrement entre les établissements ruraux et ceux des centres-villes les plus aisés. C’est ce qui explique que les éternelles bonnes intentions manifestées en matière scolaire soient vouées à l’échec du point de vue de la réduction des inégalités. On peut vouloir – et c’est heureux - renforcer les langues ou la filière littéraire… cela ne fait pas une logique globale, encore moins une politique…

Il est évident que développer les options a un avantage immédiat : cela permet de réduire des «coûts», de renforcer le numerus clausus au CAPES et à l’Agrégation. Cela contribue efficacement à suivre le fil conducteur de la politique scolaire du gouvernement : réduire l’éventail de la carte des formations. «Optionnalisons !» tel semble être le mot d’ordre du pouvoir. Contribuant ainsi à établir une inégalité territoriale de plus en plus évidente dans notre pays, il a délibérément choisi la voie du déclin…

Jusqu’ici les langues rares (bien qu’il faille définir ce qui est une langue rare), les langues anciennes, les disciplines artistiques faisaient les  frais de cette politique. On appauvrit la carte des formations, on appauvrit l’Éducation nationale, on appauvrit le pays. Et l’on est en droit de se demander s’il n’y a pas une stratégie bien plus dangereuse à moyen terme. Une fois l’École amoindrie, affaiblie, une fois cette immense entreprise de paupérisation de l’École achevée, ne nous tiendra-t-on pas le discours de la «nécessaire» privatisation de celle-ci au nom de «l’efficacité» ? Mais aujourd’hui, on ne s’arrête plus au cœur des «humanités », on va plus loin, on s’attaque, insidieusement, au lien social…

Coup terrible, l’idée de rendre l’histoire optionnelle en Terminale S prend une toute sa signification. On s’apprête à sacrifier une matière fondamentale de la formation des lycéens sur l’autel d’une idée aussi vague que fumeuse dictée par la volonté de réduire des coûts. La culture générale est un coût pour un Président de la République avocat d’affaire et un Ministre directeur du marketing. Or, le lycée n’est pas le lieu de la formation de spécialistes. Il doit être le lieu de la formation de citoyens capables par une culture commune, par des connaissances suffisamment larges de s’insérer dans la société, de participer à la vie de cette communauté civique qu’est la nation, de prendre part à la vie de la cité… Rendre l’histoire optionnelle c’est un peu, à mon sens, comme vendre les collections du Louvre au motif qu’elles vaudraient beaucoup d’argent ou expulser les Rougon-Macquart de nos bibliothèques au motif qu’ils prennent trop de place…

L’École ce n’est certes pas qu’une question de  «moyens». Mais un pays qui investit massivement dans l’Education, dans la connaissance, de la maternelle à l’Université est un pays qui gagne en moral collectif. Au contraire de l’actuel gouvernement, à l’image de ce que les majorités socialistes et progressistes font dans les Régions, il est grand temps, en France, de faire le pari sur l’intelligence.

Philippe Baumel, maire PS du Breuil (Saône-et-Loire)
source : Marianne.fr - 10 décembre 2009


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Que ne l'a-t-on entendu

quand les socialistes détruisaient eux aussi...

"Cette immense entreprise de paupérisation de l’École" dénonce ce maire socialiste. Bien. Très bien.

Que ne l'a-t-on entendu quand les socialistes au gouvernement menaient, eux aussi, cette entreprise de paupérisation de l'école : création des IUFM par Jospin, "mettre l'enfant au centre", diminution drastique des heures de mathématiques, de français, un élève entre en 2e avec autant d'heures de français qu'un élève sortant de 5e il y a vingt-cinq ans...

En septembre 2008, 58 % des élèves de 2e ont obtenu zéro à une dictée de douze lignes qui n'était que le texte de la dictée du brevet des collèges de l'année 1976...

Merci à tous les ministres socialistes, leurs experts, leurs copains syndicalistes, leurs militants "parents d'élèves"... qui ont réclamé, imposé, accompagné, avalisé toutes ces réformes régressives, toutes ces réformes qui ont cassé l'école de la culture pour en faire un lieu de garderie des crétins...

La paupérisation socialiste de l'école a préparé toutes celles qui ont suivi.

Michel Renard
professeur d'histoire

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mercredi 17 mai 2006

Combien d'élèves entraient-ils en 6e en 1962 ? (Michel Delord)

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1962-63 : classe de 6e du collège Jean Rostand
à La Rochefoucault en Charente


Combien d'élèves

entraient-ils en 6e en 1962 ?

le mensonge des théoriciens
d'une réforme à la baisse des programmes au nom
d'une massification des effectifs

Michel DELORD
professeur de Mathématiques




Seuls 10% allaient au lycée...
Dans la série des arguments fallacieux des théoriciens du niveau qui monte, figure en bonne place cette affirmation : "Vous comparez ce qui n'est pas comparable, seul 10% d'une classe d'âge allait au lycée". Réponses :

1°) Les comparaisons tirées de l'étude sur le passage du CEP comparent ce qui est comparable puisque le CM2 n'a pas été massifié.

2°) Dans ce texte je montrais que, alors que depuis de nombreuses années, on savait que à peu prés la moitié d'une classe d'âge avait le Certificat d'Etudes, les tenants du niveau qui monte sous-entendaient ou affirmaient clairement que c'était une minorité de l'ordre de 10 ou 20%. Le raisonnement est strictement sur le même sur le passage en sixième, confondue avec le passage en lycée pour le début des années 60, époque à laquelle on peut faire une référence comparative puisque les programmes de Cours Complémentaire et de premier cycle des lycées étaient forts semblables et de toute façon d'un niveau supérieur à ce qui est exigé maintenant.

3° ) Il y avait plus de 10% ...
En effet, nous disposions de toute l'information nécessaire depuis l'enquête de 1963 de la revue Populations. Cette enquête est loin d'être inconnue notamment de chercheurs comme Baudelot et Establet puisqu'elle est citée à la page 370 du tome IV de l'Histoire générale de l'enseignement et de l'Education en France, publié sous la direction de L'Institut National de Recherche Pédagogique, l'auteur en étant Antoine Prost.

Le tableau de la page 370 donne :

Entrée en sixième ( 1962) :
Sixième de lycée 27 %
Sixième de CEG 28 %
Non entrés en sixième 45%

Donc, en 1962, ce n'était pas 10% mais 55% qui passaient en sixième...

Michel Delord
5 octobre 2003

- source de cet article

- iconographie : photo de classe

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C'est la "vieille école" qui a effectué la démocratisation (Michel Delord)

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une école dans les années 1960



C'est la "vieille école"

qui a effectué la démocratisation

sans baisse des exigences ni des connaissances

Michel DELORD



M. Sylvain Grandserre a écrit :

"Certains préfèrent les inventer, d'autres répéter ce qui a été fait et qui marchait si bien.... avec ceux qui y arrivaient !!! Comment peut-on avoir déjà oublié qu'au début des années 60, moins d'un jeune sur deux entrait au collège !"

M. S. Granserre, dites-moi si je me trompe mais vous semblez vouloir dire, sans le dire ce qui te permettra ensuite de dire que vous ne vouliez pas le dire , que l'école et les méthodes employées dans cette école étaient élitistes puisque elles ne permettaient , au début des années 60 qu" à moins d'un jeune sur deux d'entrer au collège".

Reprenons ( je peux donner les sources exactes ) :

"Au début des années 60, moins d'un jeune sur 2 entrait au collège".

On a heureusement les chiffres :
- pour l'année scolaire 60/61 : 46,4%
- pour l'année scolaire 61/62 : 47%
- pour l'année scolaire 62/63 : 55%

Donc, si il y a moins de 50% jusqu'en 1962, le cap des 50% est passé en 1962 sans baisse d'exigence des programmes.

Mais poursuivons, en 1969/70, donc avec des élèves qui ont commencé leur scolarité et leur CP en 1964 à l'époque ou 80% des élèves sortaient du CP en sachant lire et en connaissant les 4 opérations), ceux qui ont suivi les programmes et méthodes recommandées et en gros stables depuis 1880, le taux de scolarisation varie de 75% à 90% selon les départements.

Donc, on peut dire que c'est la "vieille école" et ses vielles méthodes qui ont effectué depuis les années 1900 où le passage en sixième était de l'ordre de moins de 10% (20 % en 1945) TOUTE la démocratisation de l'enseignement si ce mot a un sens, c'est-à-dire faire accéder à un niveau supérieur de connaissances une part croissante de la population, sans baisse des exigences ni des connaissances requises pour passer en sixième.
Ensuite, mais ces réformes sont préparées bien avant 68 sous l'influence des technocrates du régime, et notamment sous l'influence du mouvement Freinet (voir par exemple la part importante de ce mouvement dans la commission Rouchette), on assiste peut-être à une augmentation du taux de passages en sixième des élèves mais sur la base de deux facteurs qui n'existent pas auparavant :

a) la baisse des exigences :

1) en mathématiques avec les mathématiques modernes dont Prost, un des deux leaders principaux despr2262020957.08.lzzzzzzz reformes avec Louis Legrand, explique qu'il s'agit d'un allègement des programmes, mais que M. Prost trouve insuffisant (il doit être satisfait des programmes actuels) (Prost, Histoire de l'enseignement, T IV, p 174).

2) en français avec les conséquences de la commission Rouchette dont un des membres, Louis Legrand, explique qu'un des buts de la commission était "des propositions d'allégements sur le programme de grammaire qui, pratiquement, se voyait amputé du programme du CM2." (in Pour une politique démocratique de l'éducation, Louis Legrand, PUF ,1977. Chap. VIII - L'innovation sur les contenus et les méthodes : l'exemple du français à l'école élémentaire) [Louis Legrand persiste dans ses visées liquidatrices d'une école transmettant les savoirs : interview 1999 - MR].

cros4b) l'influence des gestionnaires qui sont affolés par "L'explosion scolaire" (titre du best seller de Louis Cros au début des années 60) dont ils pensent qu'elle va coûter très cher à cause du "baby boom" et de l'allongement de la scolarité. La solution est pour eux simple : s'il y a plus de liquide à faire passer dans un tuyau scolaire allongé, réduire les coûts signifie accélérer la circulation du liquide en supprimant les redoublements. Et ils sauront s'appuyer, pour réaliser cette volonté draconienne d'économie, sur divers mouvements pédagogiques qui leur apporteront la vaseline théorique pour faire passer leurs réformes.

Je n'insisterais pas non plus sur le fait que les expérimentations faites à l'époque montreront toutes que les "nouvelles pédagogies " non seulement aboutissent à une baisse de niveau mais de plus défavorisent les enfants des classes déjà défavorisées (si M. S. Grandserre veut des preuves et plus précisément des preuves données non par mon camp mais par les partisans des "nouvelles pédagogies", je peux les lui donner).
Vous avez une remarque , M. S. Grandserre ?

Michel Delord
20 novembre 2005

 

- 3 textes complètent ce sujet :

1) Note technique sur la massification, septembre 2004

2) Seuls 10% allaient au lycée, octobre 2003

3) Note à propos du texte de Gramsci sur la grammaire, décembre 2005

delordMichel Delord
Vice-président du GRIP
CA de la Société Mathématique de France
Board of advisors, Nonpartisan Education Review

 



- source de cet article : le forum de "Lire et écrire"

 

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lundi 15 mai 2006

le difficile et très long arrachement au monde de l'inculture (Pierre Nora)

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Le Dictionnaire de pédagogie de Ferdinand Buisson
a connu deux éditions : 1878-1885 et 1911



le difficile et très long arrachement

au monde de l'inculture

Pierre NORA

une troupe de petits sauvages effrontés et timides,

grossiers et rusés, réduits aux rudes

instincts de l'égoïsme...

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De cette figure du maître d'école, une historiographie de haute qualité, à commencer par le petit livre de Georges Duveau, a fini par populariser, au bout d'un quart de siècle, une vision riche et précise, admirative et pourtant légèrement condescendante pour ces "saints sans espérance". (...)


 

Ferdinand Buisson (1841-1932)


... cette image folklorique et sentimentale nous occulte une mémoire plus profonde, moins haute en couleurs mais plus riche de vérité anthropologique et culturelle, faite de durée lente, quotidienne, répétitive et disciplinaire, comme tous les gestes de l'éducation, à une époque où l'écriture n'était pas loin de s'apparenter à un travail manuel, où l'acquisition des pleins et des déliés supposait le dur apprentissage de la calligraphie, le difficile et très long arrachement au monde de l'inculture.

Mémoire des gestes et des habitudes, la moins spectaculaire, la plus corporelle et certainement la plus vraie. C'est à elle que nous renvoie toute une série d'articles parmi les plus significatifs de ce Dictionnaire, les plus inattendus aussi comme "Égoïsme", "Propreté", "Volonté" (éducation de la), qui concernent tous l'éducation morale et corporelle et la formation des mœurs, ou, par exemple, le long et remarquable développement sur la "Politesse", malheureusement disparu de l'édition de 1911, où le Dr Élie Pécaut s'attachait à démontrer sur trois colonnes que l'ancienne politesse française n'était pas simplement une "œuvre d'art aristocratique", et que l'école primaire devait _cole_jumellesdonc être, entre autres choses, une école de politesse, parce qu'elle est avant tout une école de civilisation.

"Ce n'est pas une tâche commode. Et quand il vous arrivera de voir un maître ou une maîtresse d'école rurale qui a reçu des mains de la nature une troupe de petits sauvages effrontés et timides, grossiers et rusés, réduits aux rudes instincts de l'égoïsme, et qui rend à la société de petits hommes bien élevés, formés à la vie compliquée et supérieure de notre peuple, sachant se tenir, parler, se taire, montrant de la dignité, du tact, peut-être du goût, si vous assistez à ce spectacle, ne marchandez pas votre admiration : c'est l'un des plus grands que vous puissiez voir". (*)

Pierre Nora, article "Le «Dictionnaire de pédagogie» de Ferdinand Buisson",
in Les lieux de mémoire, 1. La République, éd. Quarto-Gallimard, 1997, p. 343-345.


(*) Aujourd'hui, de tels propos ne vaudraient-ils pas une mise en examen pour atteinte aux droits de l'enfant ? Et pourtant... (MR)


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