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Pour une école de la culture, contre l'inquisition pédagogiste - un blog de Michel Renard
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Pour une école de la culture, contre l'inquisition pédagogiste - un blog de Michel Renard
  • défense de l'école des savoirs et de la culture, pour que l'école instruise vraiment les enfants des milieux populaires non favorisés culturellement, contre les destructeurs de l'école (libéraux, pédagogistes, démagogues...)
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12 avril 2007

l'éditeur Belin cède devant l'obscurantisme islamiste

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l'éditeur Belin cède

devant l'obscurantisme islamiste




L'école de la culture est aussi menacée par l'obscurantisme des communautarismes. Un pas a été franchi - mais on ne s'en aperçoit que maintenant - par l'éditeur Belin en 2005. Cette manipulation est totalement inacceptable. Aucun professeur d'histoire ne saurait tolérer la censure des sources historiques.

Michel Renard

Information provenant du site atheisme.org :


L'éditeur Belin masque le visage de Mahomet dans un manuel d'Histoire Géographie de 5e

La couardise face au fanatisme musulman rassemble chaque jour plus de pleutres. Un an avant la mairie du VIe arrondissement de Paris qui, en 2006, avait supprimé le mot Allah du titre d'une pièce de théâtre, les Editions Belin s'étaient, avec la même complaisance, prosternées devant l'obscurantisme islamique.

Dans un livre d'Histoire Géographie de 5e édité en 2005, Belin a masqué le visage de Mahomet sur une miniature du 13e siècle conservée à l'Université d'Edimbourg. L'image était intacte dans l'impression d'avril 2005 mais le visage de Mahomet a été masqué dans celle d'août 2005. Elle est visible en page 27 du manuel. La référence complète du livre est la suivante : Histoire Géographie, 5e, Editions Belin, sous la direction de Eric Chaudron et Rémy Knafou, 2005.

Quelle mouche, ou quelle fatwa (ou peur d'une fatwa), a piqué les Editions Belin entre avril et août 2005 pour dissimuler le visage du gourou fondateur de l'islam ? Au nom du respect (pourtant injustifié) des croyances, les fascistes au croissant marquent sans cesse de nouveaux points grâce à la servilité de certains : l'autocensure est la pire des défaites en matière de liberté d'expression.

Merci à Bruno Doizy pour cette information

2 avril 2007


mahomet_avant_1
Visage intact, manuel d'avril 2005 (page entière 1,5 Mo)


mahomet_apres_1
Visage masqué, manuel d'août 2005 (page entière 900 Ko)


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Dans une dépèche AFP l'éditeur Belin s'explique :

"À la suite de la présentation de notre nouveau manuel à vos collègues professeurs d'histoire et géographie, dans de nombreux établissements, plusieurs d'entre eux nous ont fait part du caractère perçu comme provocant aujourd'hui d'une telle représentation du prophète Mohammed et par conséquent, de la difficulté d'enseigner sereinement dans des classes très hétérogènes".

L'éditeur affirme n'avoir subit aucune pression et s'est tenu aux seuls avis de trois enseignants des Yvelines.

Source : AFP

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Mahomet "flouté" dans  un manuel


d'histoire pour les collèges

         

LE MONDE | 07.04.07 | 12h54  •  Mis à jour le 07.04.07 | 12h54         

L'éditeur de manuels scolaires Belin est-il tombé dans le biais du "religieusement correct ?" Dans un manuel d'histoire-géographie de 5e, l'éditeur a flouté le visage du prophète Mahomet représenté dans une miniature du XIIIe siècle. L'information a été révélée par l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo dans son édition du 4 avril.

"Plusieurs enseignants d'histoire-géographie à qui nous avons présenté le livre en mai 2006 se sont inquiétés du fait qu'une telle représentation puisse susciter des réactions et compliquer leur enseignement dans des classes très hétérogènes", explique Marie-Claude Brossolet, PDG des éditions Belin. "Nous avons cru bien faire en prenant la décision de masquer le document. Il ne faut rien y voir d'autre qu'une décision destinée à faciliter le travail des professeurs", précise l'éditrice. Selon elle, le choix de supprimer le document et de le remplacer par un autre aurait entraîné une modification en chaîne de tout l'ouvrage. La solution du floutage a donc été retenue.

Edité à 30 000 exemplaires, cet ouvrage, qui est en usage depuis la rentrée 2006-2007, a provoqué la colère de plusieurs enseignants d'histoire-géographie du collège Léonard-de-Vinci, à Ecquevilly (Yvelines), surpris de recevoir à la rentrée un ouvrage différent du spécimen qu'ils avaient consulté. Ils ont alors écrit aux éditions Belin en novembre 2006, qui leur ont répondu que "ce choix, qui ne falsifie pas le document original, permettait d'en maintenir l'exploitation pédagogique, voire de provoquer un débat en classe".

Sylvie Mony, chargée du secteur contenu des enseignements au SNES, principal syndicat des enseignants du second degré, considère que la décision de l'éditeur est "curieuse".

"C'est la première fois, à ma connaissance, qu'un manuel est flouté sur une source historique, s'étonne-t-elle. C'est une démarche qui est complètement anormale pour un historien." Par ailleurs, poursuit Mme Mony, "le fait d'anticiper les réactions présumées de telle ou telle communauté est davantage susceptible de fabriquer ou de renforcer de l'intégrisme que de le combattre".

 

Catherine Rollot
Article paru dans l'édition du 08.04.07.

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- voir aussi : NouvelObs du 11 avril 2007

- une édition de nombreuses images de Mahomet, principalement d'origine musulmane (en langue anglaise)


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21 février 2007

Apprentissage de la lecture : le débat scientifique continue (Dr Wettstein-Badour)

Diapositive1



Apprentissage de la lecture :

le débat scientifique continue


Dr WETTSTEIN-BADOUR


Dans mon document faisant le bilan et traçant les perspectives au moment (le 15 novembre 2006) où prenait fin l’initiative de Monsieur de Robien, ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche, au sujet de l’enseignement de la lecture, voir le texte complet via le lien suivant:

http://appy.ecole.free.fr/actualites/gwb200611a.pdf

J’écrivais notamment :

…..«Le débat scientifique et technique a été beaucoup trop bref et donc très largement insuffisant mais il a permis toutefois une avancée importante : le coeur du débat a bien été identifié car le «mode opératoire» utilisé pour enseigner le code alphabétique a été mis en cause.»….

Où en est ce débat aujourd’hui ?

Il se concentre sur une question et une seule : quel est le «mode opératoire» optimum pour enseigner le code alphabétique ?

Une vingtaine de chercheurs en sciences psycho-cognitives, en psycho-linguistique ou en sciences de l’éducation ainsi qu’un certain nombre de pédagogues se sont prononcés sur cette question dans deux textes publiés, l’un en février 2006 puis dans le Monde de l’éducation en mars 2006, l’autre fin octobre 2006 publié sur le site de Monsieur Franck Ramus :

http://www.ehess.fr/centres/lscp/persons/ramus/

voir sur sa page d’accueil à : «mes contributions au débat sur les méthodes de lecture»

Voici ce que l’on peut y lire notamment :

- dans le texte de février 2006 :
«du moment que le déchiffrage est enseigné systématiquement, il importe peu que l’approche soit plutôt analytique (du mot ou de la syllabe vers le phonème) ou synthétique (du phonème vers la syllabe et le mot)»

- dans le texte d’octobre 2006 :
«Il faut enseigner les relations graphèmes-phonèmes (entre les lettres et les sons) de manière systématique et explicite, dès le début du cours préparatoire.
Il existe de nombreuses manières d'enseigner les relations graphèmes-phonèmes: des approches synthétiques, combinant les phonèmes pour construire les syllabes et les mots; des approches analytiques, décomposant les mots en syllabes et en phonèmes; et des approches combinant à divers degrés les deux précédentes. Les études d'évaluation ne font pas ressortir de différences significatives d'efficacité entre ces différentes approches (1)
Les résultats scientifiques actuels suggèrent donc d'écarter les méthodes qui n'enseignent pas les relations graphèmes-phonèmes, ou qui ne les enseignent pas de manière explicite et systématique, ou qui ne les enseignent pas suffisamment tôt (souvent appelées "méthodes globales", ou selon les acceptions, correspondant à une partie des méthodes globales). Toutes les autres méthodes semblent acceptables.»

Dès la publication du texte de mars 2006 j’avais publié la communication suivante, voir via le lien suivant :

http://www.orthomalin.com/accueil/index.php?m=actu&a=news&ID_news=545

Monsieur Ramus a répondu à cette communication par un message sur son site dont je n’ai eu connaissance par hasard que vers le 20 décembre 2006, voir:

http://www.ehess.fr/centres/lscp/persons/ramus/lecture/lecture.html#badour

 

Tout début janvier 2007 je lui ai fait parvenir un message et une communication que vous trouverez à :

http://www.orthomalin.com/accueil/index.php?m=actu&a=news&ID_news=76

Monsieur Ramus m’a fait savoir courtoisement à mi-janvier 2007 qu’il reprendra contact avec moi dès qu’il aura pu étudier la communication que je lui ai adressée.

Le travail de fond continue donc.

G Wettstein-Badour
12 février 2007

- contact :   gh.wettstein.badour@libertysurf.fr

(1) N’étant pas  statisticienne, j’indique simplement pour l’information complète du lecteur que cette affirmation est fondée sur un rapport publié aux USA par le National Reading Panel. Elle a été démentie par une étude de la junior entreprise de l’école nationale de la statistique et de l’administration économique, qui en a vérifié la validité à la demande de l’association Enseignement et Liberté, voir :

http://www.enseignementliberte.org/aplect13.htm


 


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29 janvier 2007

l'humour contre la régression scolaire (Éric)

(JPEG)
une école sans profs...? l'horizon pédagogique




l'humour contre la régression scolaire

Éric (site Les Mots-Tocsin)



- voir le site motstocsin-autonomie.org


                     
Bientôt incontournable!

      

présente PROF-BI
       
Le site des profs de demain
        (et demain c'est déjà aujourd'hui!)


- site Les Mots-Tocsin, Lettres et enseignements





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26 décembre 2006

Nouveaux collègues, surformatés par les IUFM

iufm2006




Nouveaux collègues,

surformatés par les IUFM

HERVÉ



Message commenté :  le libéralisme et le pédagogisme sont la méthadone des crétins

 

Les nouveaux collègues
Le plus grave étant effectivement l'arrivée massive de nouveaux collègues sur-formatés par les IUFM.
J'ai aussi constaté que de nombreux collègues ne s'intéressaient pas à leur matière pour elle même : pas de lecture, pas de discussion. Alors bien sûr leurs progressions sont "parfaites", leurs objectifs "dans la norme", mais pour ce qui est de prendre un peu de recul ou mettre en perspective.... rien !
À dire vrai, je crois la partie perdue, collectivement tout au moins car chaque syndicat est divisé et donc contraint à la "neutralité" qui est une forme de démission (sauf peut-être certains "petits" syndicats).

Hervé




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19 décembre 2006

le massacre annoncé de la filière Lettres

Diapositive1
après avoir accompagné le démantèlement de l'apprentissage du français et de la
littérature, l'Inspection Générale annonce la disparition de la filière Lettres. Logique...!




Rapport sur la filière L :

comment soigner en tuant le malade.

 

Le collectif Sauver les lettres a pris connaissance du rapport de l’IGEN, " Evaluation des mesures prises pour revaloriser la série littéraire au lycée ".

Nous prenons acte du constat d’une " baisse réelle du niveau de la plupart des classes de L " (p.24) dont les auteurs signalent le pendant : la baisse de niveau de la filière scientifique, devenue très " généraliste " (p.29), et dans laquelle grâce au jeu des coefficients " un élève peut réussir passablement et obtenir son baccalauréat avec des notes médiocres dans les matières scientifiques. Ceci explique sans doute en partie la crise du recrutement scientifique à l’université. " (p.44).

L’Inspection générale voit dans le déclin de la série L des causes sociologiques et non scolaires, et propose de faire coïncider plus nettement la filière littéraire avec ses débouchés professionnels, au besoin en faisant miroiter des contenus aux titres clinquants propres à attirer les familles.

 

Ce rapport en effet ne remet pas un seul instant en cause les réformes déjà infligées au français en primaire, au collège et au lycée, qui en réduisant les horaires au-delà du raisonnable, en interdisant tout apprentissage progressif et structuré de la grammaire, de l’orthographe et du vocabulaire, en desséchant la découverte des textes par des approches technicistes, ont détourné les élèves de la matière. Au contraire, il argue de la " réussite " de ce démantèlement pour continuer le massacre.  Ses auteurs en ont pourtant conscience lorsqu’ils écrivent, à propos des dernières réformes, qu’elles ont " aggravé le décalage […] entre les ambitions de la voie littéraire et le niveau socioculturel et linguistique d’une majorité des adolescents […] accueillis en L " (p.28). Pourquoi accabler les élèves de déficit social, quand il est dû à l’institution ? Pourquoi ne pas proposer le rétablissement des horaires permettant une " bonne maîtrise de la langue " alors qu’on sait qu’ils ont fondu de quelque 800 heures sur les neuf années de formation précédant le lycée ? Pourquoi, alors que les élèves réclament du sens, ne pas recentrer les programmes sur les oeuvres littéraires elles-mêmes et non sur un catalogue de discours, de genres et de registres techniques ? Pourquoi, enfin, réserver l'enseignement des langues anciennes à une élite, alors qu'elles pourraient constituer le pilier d'une formation grammaticale et littéraire rigoureuse ?

Les solutions proposées ne peuvent donc pas surprendre : puisque la littérature " [nécessite] une bonne maîtrise de la langue "(p.28) qui n’a pu être acquise par le plus grand nombre, autant proposer une série L qui ne serait pas centrée sur les Lettres !

Le rapport s’adapte ainsi à la situation que les réformes ont créée de toutes pièces, et propose de faire disparaître le français et la littérature dans des options aux titres ronflants qui sacrifient à la mode du jour. En prétendant satisfaire une demande sociale,  il répond aux projets ministériels : d’une part une stricte orientation des élèves selon les besoins du marché, d’autre part la fusion des enseignements dans des blocs pluridisciplinaires sans garantie de savoirs précis, s’adaptant parfaitement aux projets de changement du statut des professeurs, qu’on chargerait d’enseignements autres que leur discipline de recrutement. Et les auteurs de proposer ainsi (p.75) cinq " dominantes " ou " pôles " à répartir entre établissements d’un même " bassin de formation " : " Littératures et civilisations " (" Il s'agirait là du pôle proprement littéraire et " classique " "), " Arts et culture ", " Communication et maîtrise des langages ", " Sciences humaines ", " Institutions et droit ". " Des dominantes de ce type auraient l'avantage d'inciter les établissements à s'ouvrir à leur environnement et à travailler en lien étroit avec des partenaires locaux, ces partenariats contribuant à définir le profil de chaque lycée : établissement d'enseignement supérieur, institution ou entreprise culturelle, organe de presse, institution internationale ou judiciaire, collectivités territoriales… " Foin d’une culture du passé, coupée de son environnement, il s’agit de passer aux " humanités modernes " (p.89)…

En reconnaissant la nécessité absolue de préparer les élèves à leur avenir, Sauver les lettres pense au contraire qu’une formation générale littéraire, fondée sur une maîtrise accrue du français acquise dans des horaires suffisants, une connaissance approfondie de la littérature, et un éveil à la pensée critique, est la meilleure garantie qui soit pour former des humanistes " modernes ".

Sauver les lettres refuse une professionnalisation trop précoce des lycéens de Seconde, et condamne des propositions qui sous couvert de ne traiter que de la filière littéraire, prévoient une réorganisation du lycée selon des perspectives proches de celles du socle commun, qui diluent les enseignements sous des regroupements flous, et, sous les " pôles " d’enseignement par lycée et par académie, menacent le caractère national des programmes et des diplômes tout en réduisant la formation à des perspectives étroitement utilitaristes, sans recul réflexif.

Loin de penser que " les nouvelles pratiques interdisciplinaires représentent […] un véritable espoir pour les disciplines littéraires qui, par nature, s’épanouissent dans la transdisciplinarité " (p.50), Sauver les lettres rappelle son attachement à un enseignement approfondi des matières, seule caution de véritables savoirs, et à une organisation de l’école qui propose aux élèves, sur tout le territoire, une formation généraliste de qualité permettant l’accès ultérieur à des études variées.

Collectif Sauver les lettres, 12 décembre 2006



http://www.lyc-levigan.ac-montpellier.fr/images/images_pedagogie/cours/livres-farhenheit/livres-autodafe.jpg
(source)



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8 décembre 2006

Maths : problèmes de niveaux (Le Point)


source



Maths : problèmes de niveau


Marie-Sandrine SGHERRI (Le Point)


Le niveau des écoliers en fiin de primaire ne baisse pas en mathématique, selon un rapport de l'Inspection générale. Certes, les inspecteurs déplorent que les maîtres n'entraînent pas suffisamment leurs élèves au calcul mental, aux techniques des opérations ou aux problèmes tirés de la vie courante. Mais ils ont comparé des évaluations passées à vingt-cinq ans d'intervalle : les items ont changé, la population d'élèves n'est pas la même, et comparaison n'est pas raison, toutefois ils concluent que le système éducatif est plus performant aujourd'hui qu'en 1980. Les épreuves avaient exclu les élèves redoublants - donc les plus faibles -, ce qui n'est pas le cas de évaluations récentes.

Un satisfecit qui ne laissera perplexes ceux qui s'amuseraient à comparer les taux de réussite des élèves de sixième aux mêmes opérations entre 1990 et 2005 :

  • en 1990, 95,2% des élèves savent additionner 542 et 7 154. En 2005, ils ne sont plus que 77%.
  • en 1990, 72,1% savent multiplier 523 et 305. En 2005 : 55,9%.
  • En 1990, 69,4% des élèves parviennent à diviser 72 par 3. En 2005, 44,1% y arrivent encore.

Question subsidiaire : qui évalue le niveau des inspecteurs généraux ?

Marie-Sandrine Sgherri, Le Point, 30 novembre 2006


http://henk974.skyblog.com/pics/418879903_small.jpg


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4 décembre 2006

Le rapport Bentolila sur la grammaire (Collectifs Sauver les Lettres)

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Communiqué de presse du 30 novembre 2006

Un rapport qui redonne espoir


Le collectif Sauver les lettres a pris connaissance avec satisfaction du rapport d’Alain Bentolila (http://media.education.gouv.fr/file/68/3/3683.pdf) et des mesures qu’il préconise pour l'apprentissage de la grammaire, mais il doute de sa mise en oeuvre dans la situation politique actuelle.

Couverture de la 13e édition (1993)

Les propositions du linguiste ont le mérite de rappeler que le français est une discipline réclamant un enseignement à part entière, structuré, soumis aux exigences de la logique interne de la langue. Sa maîtrise ne saurait se satisfaire la "pratique transversale de la langue" (qui suppose que toutes les matières concourent à l'apprentissage du français). Cette pseudo-trouvaille pédagogique, constamment invoquée dans les nouveaux programmes de l'école primaire, ne fait que dissimuler la réduction des horaires consacrés spécifiquement au français. Les théories hasardeuses d’immersion sans apprentissage, ou d’observation sans mémorisation raisonnée, progressivement imposées depuis plus de vingt ans, ont conduit en effet au naufrage que les professeurs constatent lors des évaluations de début de sixième (http://www.sauv.net/eval2005redac.php).

Sauver les lettres salue également la proposition d’"une progression rigoureuse, allant du simple au complexe et du fréquent au rare", qui exclut de fait la pratique catastrophique du " décloisonnement " exigée par les programmes du collège. Actuellement, les apprentissages de grammaire sont en effet soumis au hasard de leur apparition dans les textes, ce qui conduit les élèves à un émiettement des connaissances grammaticales et à des lacunes les mettant dans l’incapacité de former correctement des phrases complexes et de formuler ou comprendre une pensée fine.

Enfin, la priorité accordée à la "grammaire de phrase", analysant les différentes composantes de la phrase indispensables à une bonne compréhension, évacue salutairement la "grammaire de texte", jargonnante et privilégiant des notions universitaires intéressantes mais inaccessibles et nuisibles dans l’enseignement scolaire. Le rapport souligne à juste titre qu’elle "pervertit la relation naturelle au texte et rend chaotique l’étude du système grammatical".

Sauver les lettres rappelle que la connaissance de la grammaire permet l’expression fine et structurée des sentiments et de la pensée, par le recul critique sur les énoncés auquel elle donne accès, et participe à ce titre à la formation d’une pensée libre et créatrice, que l’école doit donner aux élèves. Le rapport le dit bien : "une langue qui se priverait du pouvoir de la grammaire livrerait (…) ses énoncés aux interprétations banales et consensuelles fondées sur l’évidence, la routine et le statu quo. La grammaire apparaît ainsi libératrice alors qu’on la dit contraignante."

Cependant, la demande indispensable du rapport de laisser "toute sa place à l'observation, la manipulation et la réflexion", ne saurait être satisfaite sans un horaire suffisant. Sauver les lettres rappelle que les horaires de français n’ont cessé de se réduire depuis trente ans : actuellement, un lycéen entrant en

Seconde a reçu 800 heures de français de moins que son homologue de 1976, et a le niveau que ce dernier avait en milieu de Cinquième (http://www.sauv.net/horaires.php). Le déficit des élèves en français tient à l’abandon d’un apprentissage sérieux de la grammaire et aux désastreuses méthodes constructivistes mises en œuvre, mais aussi au déficit irrémédiable d’heures de manipulation de la langue.

La balle est donc dans le camp des politiques : sans le rétablissement d’un horaire conséquent de français à l’école primaire et au collège, sans l’abandon de l’audit sur les collèges (http://lesrapports.ladocumentat ionfrancaise.fr/BRP/064000774/0000.pdf), dont la logique scandaleusement comptable préconise une baisse supplémentaire de l’horaire des apprentissages fondamentaux, le rapport d’Alain Bentolila restera malheureusement lettre morte.

Collectif Sauver les lettres.




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30 novembre 2006

une école au service des «casseurs» de la République (Jean-Paul Brighelli)

http://blogsimages.skynet.be/images/002/823/313_7b844ede4fcc2269bb1c01501c91edc3.jpg




une école au service

des «casseurs» de la République

Jean-Paul BRIGHELLI


Jean-Paul Brighelli n'a pas besoin de mon blog pour diffuser ses idées. Le sien est très fréquenté... Mais je publie l'un de ces derniers messages en solidarité intellectuelle totale avec ses analyses.

Michel Renard


http://vignette.librairie.auchandirect.fr/livre_r?l_isbn=2350130509r


Cher Roger...

Roger Monjo, philosophe (de formation) dévoyé dans les sciences de l'éducation, enseigne entre autres à l'IUFM de Nîmes. De temps à autre, et en dehors des liens d'amitié qui nous rapprochent, il m'adresse sur son site des reproches forcément infondés, auxquels je répond de mon mieux.
Sa dernière salve est à la fois une analyse de mon dernier ouvrage — un peu superficielle, à mon goût —, et une critique de l'ensemble de mes propositions. Le lecteur la trouvera sur :

http://recherche.univ-montp3.fr/cerfee/article.php3?id_article=400

J'ai répondu à cette charge semi-amicale. Comme je préfère que rien ne se perde, je donne ci-dessous cette réponse — à laquelle lui-même renverra sur son site : ainsi espérons-nous établir une circularité qui, paradoxalement, pourrait faire avancer la réflexion…
Bonne lecture à tous, et pardon pour ceux qui arrivent ici pressés : ces deux lettres ouvertes prennent presque autant de temps au lecteur qu'elles en ont pris aux rédacteurs…

JP Brighelli



Cher (mais si, mais si !) Roger,

Ta lettre m’a fait une impression bizarre : j’ai dans l’idée que, plus que moi, c’est toi-même que tu tentes de convaincre. Tu voudrais enfoncer le clou — mais c’est ta paume que tu crucifies.
Comme si tu n’étais pas bien sûr de la validité de tes objections, et, encore moins, de la qualité de tes suggestions : ce n’est pas pour rien que tu les noies sous les chiffres, auxquels on a toujours fait dire ce que l’on veut. En fait, que ce soit par lettre ou en public, il faut toujours être convaincu pour être tout à fait convaincant.

Et convaincant, tu ne l’es pas — cela soit dit en toute amitié. Nous sommes à quelques mois d’une échéance électorale qui, si elle n’est pas primordiale sur le plan économique (tu sais comme moi que les arbitrages, en ce moment, se font davantage à Wall Street ou à Shanghai qu’à l’Elysée), sera déterminante sur le plan intérieur — dans cette proximité que constituent l’Ecole, la Justice, la sécurité, etc. Au fond, aux deux sphères traditionnelles dont je tente la dissociation dans mon dernier opus (Une école sous influence, ou Tartuffe-roi), il faudrait rajouter une troisième, celle des intérêts internationaux — et articuler les effets croisés de ces trois domaines hétéroclites. Il y a un prix Nobel à la clé pour celui qui analysera ce fonctionnement — le moment où le laisser-faire pédagogique (second cercle), en se combinant avec l’obscurantisme jusqu’auboutiste (niveau religieux : première sphère), sert, sans même y avoir pensé, les intérêts du capitalisme en phase mondialiste — troisième cercle.
L’Enfer, comme aurait dit Dante, est au centre de cette combinaison létale.

Nous voici donc au cœur du problème. Ce que j’appellerais Démocratie vs République vs Capitalisme international.
Rappel des faits. À une sphère privée (famille, traditions, origines, cultes ou préférences sexuelles) s’oppose une sphère publique (celle de la Cité au sens grec du terme : un langage, une culture, des habitudes politiques, et l’ensemble des corps constitués — à commencer par l’école ou la Justice — ou la Santé). Quant à la troisième sphère que j’évoquais à l’instant, elle est celle des intérêts supra-nationaux, des stratégies de conquête, économique ou militaire — elle est celle de la mondialisation, que ce soit la mondialisation des échanges ou celle des menaces.

L’Ecole appartient donc à la seconde sphère. Elle n’a pas à laisser y entrer ce qui ressort du premier cercle (c’était déjà l’opinion de Jean Zay avant-guerre, comme tu le sais), sous peine de s’assujettir aux intérêts exogènes de la troisième sphère. Ou, si tu préfères, donner la parole aux élèves (loi Jospin, article 10) sur des sujets personnels, des croyances ou des superstitions familiales ou ethniques, c’est détruire les Savoirs que doit promouvoir la sphère scolaire, en leur jetant à la figure la concurrence de pseudo-savoirs. Et c’est, à terme, jeter les malheureux, parfaitement désarmés, entre les griffes d’un système économique qui se soucie peu de l’individu, et le préfère inculte que revendicatif.

C’est si vrai que dans un roman tout récent, que je ne peux que conseiller aux âmes sensibles et naïves (Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte, Seuil, octobre 2006), Thierry Jonquet rappelle que dans la Social-démocratie allemande (1871), Marx et Engels évoquaient déjà cette «racaille» (Das Gesindel, pour les puristes — le mot n’a pas été inventé par Nicolas Sarkozy…), «cette lie d’individus déchus de toutes les classes» — la future base des Sections d’assaut hitlériennes. Les émeutes de novembre 2005, qu’il serait naïf d’imputer à des menées islamistes subversives (ils ont au contraire tout fait pour désamorcer la colère des banlieues) ne sont que le prurit de ces zones de non-droit, ces ghettos dans lesquels on a cru à tout jamais enfermer les problèmes — comme le dénonçait déjà Jean-Claude Michéa dans l’Enseignement de l’ignorance, en 1998.

L'Enseignement de l'ignorance de Jean-Claude Michéa, Éditions Climats

Et au cœur des ghettos sociaux se sont développés ces ghettos scolaires qui coïncident trop souvent avec les Zones d’Exclusion Programmée (en français, ZEP
J’avais déjà dénoncé ce mécanisme dans la Fabrique du crétin, en montrant que nous avons, au fond, l’école que mérite un certain état de la France. Le plus farce, c’est que ce sont des enseignants globalement de gauche qui se sont rendus objectivement complices de cette reddition à l’ennemi de classe.
Comment ?
Il y a dans l’existence d’une nation des dates-phares. Le 14 juillet 1789, 1936 et les congés payés, 1945 et le vote des femmes — il était temps… Et des dates d’apocalypse — août 14, le 17 juillet 42 et la rafle du Vel d’Hiv’, et 1989 — loi Jospin.

J’exagère ? Pas même.
Je vais reprendre quelques-uns de tes arguments, en tentant de démonter le mécanisme pervers qui, sous l’apparence d’une parfaite Raison, a fait dériver le système scolaire vers ce que nous connaissons aujourd’hui — et sur l’état duquel nous sommes à peu près tous d’accord. Pour tous, l’école va mal. Certains affirmeront que c’est parce que les «nostalgiques» de ma génération ne sont pas encore tous à la retraite — mais ça ne saurait tarder (1). D’autres parce que les plus opportunistes — ou les plus demeurés — des enfants du baby-boom ont trahi la cause même de l’école.

«80% d’une classe d’âge au niveau du Bac», dit un jour Chevènement. Des pédadémagogues en firent «80% d’une classe d’âge au Bac». Pas plus tard que le mois dernier, à la FNAC de Lyon où j’étais en débat avec lui, Philippe Meirieu annonça qu’il rêvait de 100% au Bac — «pourquoi pas 110 ?» demanda un loustic dans la salle, pourtant peuplée des créatures de l’IUFM voisin, venues applaudir leur ex-patron.
Surenchère dans la médiocrité — un Bac accordé au plus grand nombre voit son niveau réel baisser automatiquement, qu’on entende par là niveau des bacheliers ou valeur de l’examen — et, plus grave, creusement des inégalités.
Et c’est bien le cœur de ce que je peux reprocher à tes amis (2) : la sacro-sainte «égalité des chances», ce slogan creux ânonné par des crétins de droite et de gauche (mais surtout de gauche), a fabriqué en trente ans plus d’inégalités que jamais l’élitisme n’en engendra. Bien sûr, il y a des causes extérieures à l’école, trente ans de crise, une internationalisation du capitalisme que personne n’a, en France, clairement analysée, et une dérive de l’immigration. Mais l’Ecole aurait dû être, justement, le pilier d’une reconquête sociale. Elle a, au contraire, été au service des «casseurs» de la République.

«Au niveau du Bac», c’était valoriser, dans la pensée du «Che» de Belfort, toutes ces formations qui, des CFA aux Compagnons du Devoir, pouvaient être créatrices d’emploi — et que le slogan imbécile de «80% au Bac» a détraquées par anticipation. C’était dire que le «niveau» ne signifiait pas l’examen, mais une dignité équivalente. «80% au Bac», c’est créer cet engorgement si sensible en universités, c’est surtout dévaloriser le premier des diplômes du Supérieur, et, à terme, l’ensemble de ce qui suit. Tu notes toi-même que Marie Duru-Bellat et François Dubet, qui sont loin, très loin d’épouser mes thèses, jugent sévèrement un système universitaire qui produit des titres qui ne valent rien — ou pas grand-chose — sur le marché du travail. Parce qu’en définitive, et je suis un peu confus d’avoir à te le rappeler, ce n’est pas l’université, ni le gouvernement, qui décrètent la valeur d’un diplôme : c’est le marché — si bien que le Bac a aujourd’hui une pure valeur symbolique, et non marchande : à terme, on s’en passera fort bien. Mais qui s’en soucie vraiment parmi les Pédagogues, qui persistent à en faire le sésame d’entrée dans des universités qui crèvent de pléthore ?

L’extraordinaire pouvoir de nuisance de ces idéologues (dont, par parenthèse, les propres enfants disposent pleinement des meilleurs moyens de contourner la carte scolaire, d’avoir des aides à domicile et du para-scolaire en quantité) s’est déchaîné lorsqu’après l’invention des Bacs professionnels, ils ont arraché au ministère, qui n’en voulait pas à l’origine, la promesse que ce Bac très technique ouvrirait uniformément aux Facs.
Alors, puisque tu aimes les chiffres… Tu sais bien que 50% des étudiants inscrits en Première année ne passent pas en Seconde année. Mais surtout, tu dois savoir que ce chiffre, quand on le scrute en détail, révèle l’échec complet des bonnes intentions pédagogistes. Que si les étudiants issus de S n’échouent qu’à 30%, les L et ES à 50%, les STG et STI sont recalés à 70%, et les Bac-Pro à 95%.

95% ! Pas parce qu’ils sont stupides — aucun groupe n’est stupide dans une telle proportion. Mais parce que leur formation antérieure est notoirement insuffisante — tout simplement parce qu’on a voulu les préparer à des métiers, sans considération d’une formation générale moribonde depuis le CP. Sans se demander s’il était intelligent de former à des métiers qui n’existeraient plus, parfois, trois ans après — de la même manière que l’on n’a aujourd’hui aucune idée des jobs proposés dans la décennie à venir. Que seule une formation très généraliste prépare à l’impondérable — ce qui fait des Classes préparatoires, que tu voudrais supprimer, le modèle de ce qu’il faut faire — partout. Et que le patronat demande à qui veut l’entendre : «Donnez-nous des gens capables de s’exprimer, de dominer une culture, qui connaissent les mathématiques et les sciences et possèdent une ou deux langues étrangères. Pour ce qui est de la formation professionnelle, nous nous en chargerons…» C’était l’antienne de l’université d’été du MEDEF, fin août dernier : j’y étais, et pas un de tes amis, parce qu’ils méprisent complètement le monde de l’entreprise. À croire qu’ils n’ont à cœur que de former des fonctionnaires, à leur image. Ou qu’ils se savent déjà «héritiers», et géniteurs d’héritiers, au plus pur sens bourdieusien du terme — et entendent bien protéger leurs privilèges. Mais, plus globalement, c’est qu’ils ne sont pas dans le réel, mais, comme tu le dis toi-même, dans l’utopie : c’est joli sur le papier, mais ça ne donne pas à manger.

Des détails ? Nous allons crever d’avoir négligé l’apprentissage systématique de la langue française : un tiers d’heures de français en moins, de la maternelle au Bac, grâce à des artifices comptables et à la fameuse «transversalité» inventée conjointement par un énarque soucieux de rogner le budget et des pédagogues qui haïssent l’idée même du savoir. Et plus aucun apprentissage systématique de la grammaire, à tel point que les professeurs de langue s’arrachent les cheveux devant ces enfants incapables d’identifier un verbe dans une phrase. Nous allons crever de ne plus vouloir enseigner les maths — ça s’apprend, ça ne se devine pas, sauf quand on est Pascal. Nous allons crever de laisser passer dans la classe supérieure des gosses désorientés par la classe inférieure : le redoublement est, paraît-il, une violence (3). Mais qu’en est-il de ces malheureux qui se retrouvent cernés par des camarades qui comprennent, pendant qu’eux-mêmes tentent désespérément de s’accrocher ? Qu’en est-il de ces analphabètes qui se traînent jusqu’en Terminale en camouflant, toute leur vie, un handicap que leur a fabriqué une école laxiste ?
Ils brûlent des voitures, en novembre, 2005, et des autobus, avec passagers, en octobre 2006. Toute violence répond à une violence — action, réaction. Alors, bien sûr, violence des ghettos… Et ces ghettos éducatifs, fortifiés encore par une carte scolaire qui ne profite qu’aux riches, n’est-ce pas une forme de violence ?

Un exemple entre mille. On procède chaque année à des évaluations de Sixième. Mais on se garde bien de la faire fin CM2, ça ressemblerait à un examen de passage… Et, quelle horreur, on serait bien obligé de constater qu’on laisse passer 17% de gosses analphabètes : ce sont les chiffres officiels, et crois-moi, j’ai examiné ces «évaluations» à la loupe sur les cinq dernières années ; eh bien, on a modifié, toujours dans le même sens débilitant, les exercices et leur notation, pour tenter de contenir à 17% ce chiffre terrifiant des analphabètes que l’on ne rattrapera jamais. À l’arrivée, 160 000 enfants sortent de ce merveilleux système sans rien — sinon la rage d’avoir été méprisés par ces pédagogues pleins de jolis projets et de belles paroles.

D’ailleurs, ils ne se contentent pas de brûler des voitures : ils brûlent aussi l’école qui ne leur a rien appris. Accessoirement, ils agressent leurs profs à coups de couteaux.
Et ce ne serait rien, si en fait des méthodes mortifères («construire soi-même ses propres savoirs» ! Du néo-platonisme combiné à du néo-rousseauisme ! Qu’en dis-tu, philosophe de formation que tu es ?) n’avaient plébiscité l’expression immédiate, quitte à en faire un droit - article 10 de la loi Jospin de 1989 (4).
Et comment veux-tu qu’ils expriment quelque chose pour laquelle ils n’ont pas les mots ? Comment veux-tu qu’ils construisent une phrase claire, quand on refuse désormais de leur enseigner la syntaxe ? Comment veux-tu qu’ils ne se fassent pas lourder avant même le premier entretien d’embauche, quand leurs dossiers sont cloutés de fautes d’orthographe ?
Et surtout, comment veux-tu qu’ils n’aient pas la tentation de meubler leur tête creuse avec le premier prêt-à-penser qui passe ? Ne pas leur apprendre — quitte à leur apprendre par cœur —, c’est laisser le champ libre à tous les extrémistes.

Et c’est, en définitive, l’accusation la plus grave que je pourrais porter contre la Nouvelle Pédagogie — qui n’a rien de nouveau, au fond, parce qu’elle n’est qu’une réactivation de la vieille tendance à la collaboration. À grands coups de débats, de «discours» réputés tous équivalents, de refus de la hiérarchie dans la pensée, de démissions et de dénis, on a ouvert la porte de ces jeunes cervelles à des idéologies monstrueuses. Le rapport Obin, qui ne remonte qu’à 2004 (et qui vient opportunément de paraître, sous le titre L’Ecole face à l’obscurantisme religieux — avec quelques contributions intéressantes, toutes signées de femmes et d’hommes de la gauche républicaine, quand ce n’est pas d’extrême-gauche) dénonçait déjà la main-mise des extrémistes religieux de toutes farines sur des secteurs entiers de l’éducation.

On n’a pas légiféré en 2004 contre «quelques voiles», comme tu le dis : on a essayé de sauver la République. Mais ce que l’on a fait sortir par la porte — les signes religieux identitaires — est rentré par la fenêtre, parce que personne n’a le courage de s’opposer à des petits ignorants qui croient que le Jihad est un devoir sacré, ou que le 11 septembre est un jour de fête. Ou que la guerre d’Algérie fut menée par les bons (le FLN — voir ce qu’il est devenu, au pouvoir) contre les méchants (les Céfrancs). Et les 200 000 harkis massacrés dans des conditions ignobles par les «résistants» algériens de la onzième heure, ils étaient quoi ? L’Histoire est un produit dangereux à manipuler, et ce n’est pas sans raison que les Britanniques n’incluent pas dans leurs programmes scolaires celle des trente dernières années. Ni toi ni moi n’avons étudié la décolonisation — l’actualité de nos années-lycées —, ni la guerre froide. Cela ne nous a pas empêchés d’avoir sur ces événements des avis parfois fort lucides. Et sais-tu pourquoi ? Parce que nous étudiions alors l’Histoire antique bien plus que l’histoire moderne, et que le vrai apprentissage à la citoyenneté, il se trouve dans les écrits de Démosthène, de Xénophon ou de Cicéron bien plus que dans les articles dans le Monde de Tariq Ramadan (5), ce faux modéré qui prêche une suspension de la lapidation — et se fait applaudir par une gauche transie de culpabilité, alors qu’elle devrait voter son expulsion du territoire.

Si je pense qu’il est aujourd’hui urgent d’aborder ces problèmes, c’est justement pour ne pas les laisser aux mains de ceux qui, à l’extrême-droite, en tireront des thèmes passionnels — c’est-à-dire racistes. Ceux qui, à gauche, ne comprennent pas cette urgence sont objectivement complices d’un retour à la barbarie. On a commencé par ne plus apprendre le français (et il n’y en a qu’un, je te signale — il n’y a pas «diversité de langues» à l’intérieur d’une même culture) à des jeunes déboussolés, on a exalté la langue des cités au lieu d’apprendre celle de la Cité, on a caressé les abominations dans le sens du poil — pour quoi faire ? Pour qu’un jeune Juif se fasse enlever, séquestrer, torturer et finalement assassiner à Bagneux ? Pour qu’une jeune fille se fasse brûler vive ? Pour qu’un mari agresse l’obstétricien qui voulait examiner sa femme sur le point d’accoucher ?
Ce ne sont que des comportements minoritaires ? J’espère bien. Ils ont été produits en une quinzaine d’années de laxisme pédagogique et de démocratie loukoum. Leur nombre augmente chaque année de façon exponentielle. Alors, entendons-nous bien. Je n’en suis pas (pas encore ?) à retenir la leçon d’Oriana Fallaci dans la Rage et l’orgueil ou la Force de la raison. Mais qui ne voit que le manque d’autorité à l’école engendre des renoncements bien plus graves que nos querelles sur la «baisse de niveau» ?

Là est le vrai débat. Il ne s’agit plus de pédagogie, ni de nostalgie — je n’ai jamais pensé être nostalgique des coups de règle sur les doigts, et si j’ai appelé mon blog «bonnet d’âne», c’est par dérision — et auto-dérision (une qualité qui manque cruellement à certains de mes adversaires). Il s’agit de sauver ce qui peut encore l’être.
Et de même qu’Aragon chantait, à propos des exécutions d’Estienne d’Orves et de Gabriel Péri, «celui qui croyait au Ciel et celui qui n’y croyait pas», je rêve de rassembler, en ce combat urgent, celui qui croit en la pédagogie et celui qui croit au Savoir — toi et moi, et, j’espère, quelques autres.
Bien à toi, comme toujours — quoi que tu croies…

Jean-Paul Brighelli


Notes.

1. Tu sais que dans les cinq ans à venir, près de 350 000 enseignants feront valoir leur droit à la retraite. Tu sais aussi que nous n’avons pas les étudiants pour les remplacer — même si nous embauchions tout le monde, ce que j’espère que tu ne souhaites pas. Les CAPES bi-polaires (Robien vient de réinventer l’eau chaude et les PEGC) ne sont pas une réponse. La dilution des savoirs dans la pédagogie, avec des horaires peau de chagrin pour toutes les matières fondamentales (celles-là mêmes qui souffriront les premières grandes saignées, parce qu’elles existaient lors des recrutements massifs des années 60-70) est une option qu’u n prochain gouvernement examinera avec sérénité. Tu sais que «on ne se bat pas dans l’espoir du succès», comme dit Cyrano : à ma fin, c’est la Nouvelle pédagogie qui va triompher — parce qu’il ne restera rien de l’Ecole, ni, d’ailleurs, de la France. Certains des amis de tes amis (voir le «Journal d’école» de Lubin, http://journaldecole.canalblog.com/) s’en féliciteront, qui vouent une commune haine à l’idée de culture et à l’idée de discipline. Je me bats le dos au mur, comme ils se sont battus à Alamo (je n’y suis pour rien si, comme tu le sais, mes références sont héroïques au lieu d’être pédagogiques).

2. Au passage, je me souviens, dans l’un de ces débats, avoir dit à Meirieu que, tout adversaire qu’il fût, je le respectais dans ses convictions, et dans son talent d’orateur — c’est un manipulateur plus habile que moi, tu le sais bien. «Mais, ajoutai-je, n’avez-vous pas un peu honte d’avoir couvert de votre bienveillance, et de l’ample manteau des "sciences de l’éducation", tant de minables sous-diplômés, de Sylvain Grandserre à Pierre Frackowiack en passant par Roland Goigoux ou...» [ici, liste non limitative, que chaccun complètera au gré de ses expériences, de tous ceux qui ont trouvé en IUFM ou en Fac un refuge contre la dure condition de l’enseignant chahuté en collège ou en lycée]. Eh bien, il a souri, cet homme — tant il les connaît bien. Tant, au terme de son ambition, il est sur le point de passer de l’autre côté du miroir, là où l’on peut s’offrir le luxe d’être objectif — et légèrement méprisant.

3. Tu aimes les chiffres : tu sais bien que si l’on a supprimé pour l’essentiel les redoublements (et encore, la France est le pays d’Europe où l’on redouble le plus — c’est de ma faute, sans doute), c’est moins pour des raisons pédagogiques que pour des raisons comptables : un redoublant, cela coûte cher — deux fois le prix d’un élève ordinaire pour un an. Je pourrais affirmer sans trop me forcer que les pédagogues qui justifient désormais les passages systématiques dans la classe supérieure sont objectivement complices de calculs économiques qui arrangent des gouvernements que, souvent, ils récusent. Bel exemple de cohérence. Et d’ailleurs, ces mêmes Diafoirus de l’éducation réclament, sans cesse, plus de crédits — une antienne reprise en chœur par certains syndicats, accord a minima pour éviter de poser de vraies questions. Les budgets du Secondaire sont importants, et le retour sur investissement est, si je puis dire, inconséquent. C’est bien une preuve, parmi d’autres, que ce n’est pas prioritairement au niveau économique que doivent se prendre les futures décisions, mais au niveau des programmes, de la volonté de rétablissement d’un système aujourd’hui moribond.

4. Juillet 89, pour être précis. On fêtait le bicentenaire de la Révolution, et en même temps, on sortait une loi dont les résultats évidents sont la résurrection du servage et l’arrêt définitif de l’ascenseur social — une métaphore creuse peut-être, tout empreinte d’idéologie scolaire, mais qui signifie quelque chose pour ceux qui, comme moi, sont venus de rien. Sans parler des effets plus pervers encore, l’islamisation des collèges et des lycées, bientôt des écoles primaires : des millions de Musulmans qui ne demandaient qu’à vivre tranquilles ont été livrés en otages à quelques poignées de fondamentalistes qui, au nom du droit à l’expression, se sont empressés de bâillonner les autres — les filles, en particulier. Comme quoi une faute (cesser d’enseigner des savoirs sérieux) peut engendrer un crime.

5. Voir sur ce Frère Musulman camouflé l’excellent livre de Caroline Fourest, journaliste à Charlie-hebdo, Frère Tariq (Grasset, 2004). Et la Grande-Bretagne qui lui a si volontiers servi la soupe commence à se poser, par la bouche de Jack Straw ou de Tony Blair, de sérieuses questions sur l’incompatibilité du voile et du plum-pudding. Elle en arrive même à regarder l’exemple français — au moment où ici, des idéologues retardés persistent à lorgner vers l’Angleterre.


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21 septembre 2006

École : cessons de nous taire ! (Jacques Julliard)

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Jacques Julliard

  

École : cessons de nous taire !

Jacques JULLIARD

 

Il est étonnant que le palmarès des collèges et lycées les plus violents, publié la semaine dernière par Le Point, ait été vécu par les intéressés comme une mise au pilori. Quiconque a fréquenté une salle des professeurs sait que chacun met un point d'honneur à se déclarer personnellement à l'abri des chahuts, "incivilités" et violences qui émaillent désormais la vie des établissements. Il en est de même dans lesviolences_banlieue communes, quartiers, immeubles où survient un incident grave, crime, agression, viol, racket, séquestration, etc. : il s'agit chaque fois, au dire des responsables, d'un fait "exceptionnel", dans un lieu "sans histoires".

Au-delà de la mauvaise publicité, de la mauvaise réputation engendrée par l'événement, il n'est jamais agréable de se reconnaître impuissant face aux attaques dont on est l'objet. À plus forte raison chez "l'enseignant" à qui l'État, la société, l'inspection générale ne se lassent pas de répéter qu'il est aussi un "éducateur" et qu'il sera jugé sur son "autorité". Au passage, on se demande bien d'où il pourrait tirer cette dernière, dès lors qu'il est désormais censé partager le savoir avec ses élèves, qu'il ne dispose d'aucun moyen de sanction et qu'un mot vif, une punition symbolique, voire une baffe échappée à un moment d'exaspération sont considérés par les parents, leurs avocats, la société tout entière comme une nouvelle affaire Dreyfus.

Il existe désormais, à l'américaine, une bigoterie à l'égard de l'enfance qui témoigne moins du respect que l'on porte à celle-ci que d'une dilatation sans cesse croissante de l'ego de l'adulte plaignant. Conséquence : il faut se taire ! Il ne faut surtout pas dire ce qui se passe à l'intérieur !

C'est fou, le nombre de choses qu'il convient de cacher dans nos sociétés de transparence : les origines géographiques, ethniques, religieuses des citoyens et bientôt, paraît-il, l'identité des demandeurs d'emploi. Il ne sera un jour plus permis de demander à quelqu'un la mention de son sexe, sans passer pour pratiquer la discrimination. Qui ne voit que le pieux voile d'ignorance que l'on voudrait jeter sur toute relation sociale va à l'encontre du but que l'on se propose ? Lutter contre la discrimination, ce n'est pas nier qu'il puisse y avoir des Noirs, des Arabes, des femmes même, c'est imposer au contraire le droit à être noir, arabe ou femme. Au nom des droits de l'homme, on est en train de fabriquer une société orwellienne, cambodgienne, où il n'y aura plus d'individus, seulement des membres anonymes de l'espèce. Beau résultat !

C'est pourquoi, dans le cas de l'école, la violence ne doit pas être cachée ni sous-estimée, elle doit être dossier_violence_scolairedénoncée publiquement comme une défaite de la pensée. L'école n'a pas seulement pour but d'élever le niveau de connaissances de la jeunesse ; le but de toute culture est de maîtriser la violence primaire qui sourd de la société. Quand les maîtres ont peur de leurs élèves, c'est le début de la tyrannie, dit en substance Platon. Longtemps, c'est à la religion que la société délégua le soin de lutter contre cette violence endémique ; aujourd'hui, c'est à l'école qu'est dévolu ce rôle ; c'est pourquoi la pire violence sociale, c'est la violence scolaire. Celui qui la subit ne doit pas être tenu pour coupable mais pour victime ; il n'a pas à se cacher mais à demander des comptes.

Reste la grande question que je n'ai plus la place de traiter mais sur laquelle je reviendrai : d'où vient ce surcroît de violence ? La société ? Cela ne veut rien dire. L'échec scolaire ? Il a toujours existé. La panne de l'ascenseur social ? Mais l'école n'a jamais été un ascenseur social ! L'ennui ? Pas d'hypocrisie, il est constitutif de tout apprentissage ! La misère ? Ne me dites pas qu'elle est en augmentation ici et relisez le Jean Coste de Péguy.

Alors ? En vérité, il n'y a à mes yeux qu'une explication à ce mal qui est en train de détruire l'institution scolaire : l'atomisation sociale, le repli communautaire qui transforme la vie des collèges en une guerre de tribus. C'est plus grave que la guerre des boutons. Et cela va durer. Aussi longtemps que les diverses tribus qui composent la France n'admettront pas qu'elles forment une seule nation.

Jacques Julliard
Le Nouvel Observateur, 7-13 septembre 2006

 

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20 septembre 2006

Manifeste européen en défense de l’instruction et de la culture

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Érasme, par Holbein


texte à signer et faire signer



Manifeste européen

en défense de l’instruction et

de la culture


Nous, les soussignés enseignants, intellectuels et citoyens préoccupés de la situation de l’enseignement et de la culture au sein de l’Union Européenne,

MANIFESTONS AU PARLEMENT EUROPÉEN

1. Que les agents des systèmes éducatifs se doivent d’avoir comme principal but la promotion du plus haut niveau culturel possible parmi la population générale, et ne sauraient donc se contenter d’animer la simple scolarisation d’un groupe d’âge déterminé. Qu’ils doivent, afin de rendre l’enseignement efficace, inculquer la valeur de l’effort individuel et le respect au professeur. Que le système éducatif doit être orienté vers une évaluation des connaissances disciplinaires réellement acquises par chaque élève.

2. Qu’il est à cet égard indispensable de fournir aux élèves des bases suffisamment solides dès le début dehomework2 la scolarisation. De même, la hausse du niveau culturel de la population demande un renforcement de l’apprentissage scientifique et littéraire dans l’Enseignement Secondaire.

3. Que l’imposition, de la part de certains États, de politiques éducatives fondées sur la mal nommée "pédagogie moderne" et sur des notions telles que le "constructivisme" (qui, sous une apparence d’innovation, cachent le mépris des éléments fondamentaux de l’apprentissage et donc des élèves qui n’en reçoivent pas explicitement les clés) n’aura eu d’autre effet que de saper la transmission des connaissances.

4. Qu’il est besoin dans ce sens d’établir une différence nette entre Enseignement Primaire (instruction dans les domaines fondamentaux) et Enseignement Secondaire (renforcement significatif des connaissances scientifiques et littéraires). Que le Baccalauréat doit être reconnu dans l’ensemble de l’Union et jouir d’une identité propre ainsi que d’une durée de préparation suffisante, représentant bien plus qu’un simple seuil d’accès à l’Université ou aux études supérieures de Formation Professionnelle.

5. Enfin, que l’homologation des connaissances dans les différents États membres doit être fondée sur leur évaluation individuelle par les enseignants et les États au moyen d’épreuves générales à la fin des cycles secondaires.


Par conséquent, nous les soussignés,

PRÉSENTONS AU PARLEMENT EUROPÉEN

LA PÉTITION SUIVANTE :

Le Parlement Européen devrait presser les États membres à :

# Tenir compte des propositions éducatives des enseignants, seuls véritables professionnels de l’enseignement, sur tous les niveaux académiques, plutôt que de les charger, trop souvent au détriment de leur propre liberté pédagogique, de l’incessante programmation d’activités stériles. Promulguer la législation nécessaire pour qu’ils soient dûment respectés.

# Donner priorité à l’instruction dans les savoirs élémentaires, telles la langue officielle du pays et les mathématiques dès le début de la scolarisation. Favoriser l’acquisition efficace des connaissances liées à ces domaines, en garantissant notamment les horaires nécessaires à leur apprentissage.

# Garantir, tout au long de l’Enseignement Secondaire, une formation en sciences et lettres favorisant la connaissance européenne traditionnelle et partagée, et assurant la formation critique dans l’esprit des Lumières, contrairement aux préconisations de la "stratégie de Lisbonne" qui réduit l’école à un "service" et le savoir à un ensemble de "compétences" morcelées.

# Garantir, dans le cadre de la convergence européenne, un Baccalauréat avec une durée préparatoire minimale de trois ans, dont le diplôme soit homologué par les Administrations éducatives à travers un examen direct des connaissances des élèves, indépendant de leurs établissements d’origine et de leur contrôle continu.

    signer ce Manifeste : ici

___________________________


contact : http://www.sauv.net/meuro.php

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signer ce Manifeste : ici



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1 septembre 2006

Lettre ouverte du Dr Ghislaine Wettstein-Badour

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Dr Ghislaine Wettstein-Badour


Lettre ouverte aux parents

des élèves de grande section de maternelle

et de CP

Dr Ghislaine Wettstein-Badour

gh.wettstein.badour@libertysurf.fr

Août 2006



Madame, Monsieur,


Votre enfant va entrer en grande section de maternelle (*1) ou en CP. Il commencera donc à apprendre à lire et à écrire. Vous connaissez l’importance de cet apprentissage qui a pour conséquence de créer dans le cerveau des circuits dont la qualité conditionne le développement de l’intelligence et en particulier celui de la pensée conceptuelle
. 

Beaucoup d’entre vous sont probablement rassurés par les déclarations de M. de ROBIEN, ministre de l’éducation nationale et de la recherche, qui a exprimé sa volonté de voir disparaître, dès la rentrée de septembre 2006, les méthodes globales et apparentées en CP. Malheureusement, il n’en sera rien. La maladresse et, il faut bien le dire, l’incompétence avec laquelle a été abordé ce dossier très sensible ainsi que l’habileté des adversaires des méthodes alphabétiques (souvent qualifiées, à tort, de «syllabiques»), ont abouti à la signature par le ministre d’un arrêté, publié au journal officiel du 30 mars dernier, qui légitime les méthodes qu’il voulait interdire et rend pratiquement impossible l’usage de celles qu’il voulait promouvoir (*2) ! Ses opposants ne s’y sont pas trompés puisqu’ils ont déclaré que ce texte entérinait le statu quo et que les maîtres pourraient continuer à enseigner la lecture avec les mêmes pédagogies et les mêmes ouvrages. Ceci est, hélas, exact et c’est bien la seule opinion que je partage avec eux !

 
Cette situation ubuesque va mettre les parents au cœur d’une désinformation massive. Elle est savamment orchestrée et vous en serez victime dès le début de septembre. Les différents protagonistes de cette lamentable situation se recrutent à plusieurs niveaux. Au premier rang d’entre eux vient le ministre qui a adressé aux maîtres, ainsi qu’à tous les députés et sénateurs, une «brochure publicitaire grand public» qui devrait être également remise aux parents lors des réunions de classes de rentrée et  dans laquelle il affirme que les méthodes qu’il appelle « syllabiques » seront proposées dès cette année aux élèves de CP. Curieusement, - se serait-il aperçu de son erreur ? - il a omis, dans ce document, de faire référence à la phrase-clé de son arrêté qui réduit à rien son initiative (*2).


Pourtant, si le ministère s’était livré à une enquête sur les intentions des maîtres pour la prochaine rentrée, il aurait constaté que la très grande majorité d’entre eux n’a porté aucun intérêt à ce texte qui contredit la loi qu’il a lui-même édictée le 24 mars et continuera à utiliser les pédagogies mises en place antérieurement. En second lieu, les chercheurs en pédagogie ont, dès décembre 2005, multiplié les interventions pour déclarer haut et fort que les pédagogies actuelles, rebaptisées «intégratives» pour leur donner une apparence de nouveauté et bannir le mot «semi-global», sont celles qui conviennent le mieux aux besoins de l’ensemble des enfants. Ils vont, dans les mois qui viennent, poursuivre l’action entreprise pour dénoncer l’introduction des neurosciences, dont ils nient l’intérêt dans ce débat. Ils savent, en effet, que c’est de là que viendra inévitablement, un jour, le rejet définitif des pédagogie qu’ils imposent. Enfin, les éditeurs, directement tributaires des choix des pédagogues, lorsqu’ils présentent sur leur site Internet leurs méthodes d’apprentissage de la lecture commencent leur exposé par ces mots : «cette méthode n’est pas globale». Pourtant, il suffit de consulter ces ouvrages pour constater qu’ils répondent à tous les critères des «méthodes globales ou apparentées» que vous vous attendiez tous à voir disparaître.

 
Les pressions qui vont s’exercer sur les enseignants vont probablement atteindre cette année un niveau encore inégalé. L’objectif est de les amener à convaincre les parents que les pédagogies actuellement utilisées sont très proches des pédagogies alphabétiques en tentant de les persuader qu’après une période, selon eux incontournable, d’apprentissage de mots présentés dans leur entier, ou même pendant cet apprentissage, on associe un travail portant sur la correspondance entre les lettres et les sons.

1970_1971_CP_Mme_TARDIEU
un cours préparatoire, 1970-1971


Pour ne pas vous laisser abuser
, il est donc indispensable que vous puissiez avoir les moyens de juger par vous-même de la méthode proposée à votre enfant sans vous laisser troubler par des présentations fallacieuses. Vous trouverez dans le tableau ci-dessous les principales caractéristiques de chaque groupe de méthodes. Il vous suffira de comparer les supports employés à l’école avec les indications mentionnées ici pour identifier clairement la pédagogie utilisée pour apprendre à lire à votre enfant.


                               
 
Méthodes globales et apparentées

(globales, semi-globales, mixtes, naturelles,   intégratives)

 
 
Méthodes alphabétiques

(ou synthétiques ou phono-graphèmiques)

 
 

Apprentissage du code alphabétique par «deux approches complémentaires» : analyse de mots entiers en unités plus petites, synthèses de mots à partir de leurs constituants.

 
 

Apprentissage du code alphabétique à partir du lien qui unit chaque graphème (lettre ou groupe de lettres) au phonème (son) qu’il représente.

 
 

Présence de phrases dès les premières pages du livre de lecture.

 
 

Apprentissage débutant par les voyelles.

 
 

Étude de graphèmes dans des associations de lettres qui en modifient le sens phonologique (ex : a dans des mots contenant les graphèmes an, au, eau).

 
 

Apprentissage séparé de chaque graphème.

 
 

«Mots-outils» à mémoriser dans chaque leçon pour les «reconnaître» ensuite dans d’autres phrases.

 
 

Pas de mémorisation de mots. La progression choisie permet de lire très vite des mots et des phrases.

 
 

Introduction de mots contenant des graphèmes connus et inconnus.

 
 

Mots et phrases contenant uniquement des graphèmes connus ou en cours   d’apprentissage.

 
 

Présence de mots se terminant par des lettres muettes.

 
 

Pas de mots se terminant par des lettres muettes avant de pouvoir en expliquer la raison d’être.

 
 

Découverte du sens par hypothèses formulées à partir du contexte.

 
 

Lecture par compréhension du mot. Aucune hypothèse de sens n’est tolérée.

 


Si vous constatez que la pédagogie utilisée par l’école de votre enfant se classe dans le groupe des «méthodes globales ou apparentées», que pouvez vous faire ? Deux solutions s’offrent à vous.

Vous pouvez dès le début de l’année scolaire opter pour une méthode alphabétique utilisée à la maison en sachant que l’expérience montre que ce travail, totalement différent de ce qui est pratiqué en classe, ne perturbera en rien votre enfant.
Vous pouvez aussi décider d’attendre et d’observer la manière dont il réagira lors du déroulement de son CP. Sachez que les vacances de la Toussaint représentent, lors de cette année scolaire, un cap décisif. C’est pourquoi, il est indispensable que vous sachiez reconnaître les symptômes révélateurs de difficultés d’adaptation à la pédagogie proposée. Ceux qui le désirent peuvent, à ce propos, consulter les chapitres 7 et 8 de mon dernier ouvrage (*3). Bien informés et vigilants, vous pourrez alors agir et éviter à votre enfant de s’enfoncer dans l’échec et d’entrer dans la spirale d’une médicalisation souvent injustifiée de ses difficultés. Vous lui donnerez ainsi les moyens d’apprendre à lire et à écrire et d’optimiser le développement de son potentiel intellectuel. N’est-ce pas ce que vous attendez de son CP ?
 

En vous apportant ces informations et ces conseils de vigilance, mon objectif est de vous aider à y parvenir.
Bien cordialement. 

G Wettstein-Badour

 

(*1) Le problème du choix de la pédagogie se pose désormais dès les classes maternelles où la lecture est abordée avec des pratiques pédagogiques d’inspiration entièrement globale (apprentissage des prénoms, de mots-outils, usage d’étiquettes porteuses de mots « à reconnaître », etc.).

 (*2) La phrase suivante figure dans l’arrêté du 24 mars 2006 : «Pour ce faire (déchiffrer), on utilise deux types d’approches complémentaires : analyse de mots entiers en unités plus petites référées à des connaissances déjà acquises, synthèse à partir de leurs constituants, de syllabes ou de mots réels ou inventés» . Cette phrase, d’une part, décrit parfaitement les méthodes globales ou apparentées utilisées actuellement qu’elle pérennise donc, mais, d’autre part, elle interdit les méthodes alphabétiques. En effet, celles-ci partent de l’apprentissage des graphèmes pour les combiner entre eux et jamais des mots entiers ; elles ne peuvent donc pas répondre à cette exigence de complémentarité et sont donc exclues des approches citées dans cet arrêté qui a force de loi. (cf analyse détaillée de ce texte dans mon article du 31 mars 2006 : «Apprentissage de la lecture : l’arrêté ministériel du 30 mars 2006 pérennise les pédagogies actuellement utilisées et maintient hors la loi les méthodes alphabétiques !»).

 (*3) Bien parler, bien lire, bien écrire. Donner toutes leurs chances à vos enfants, publié aux éditions Eyrolles en novembre 2005. (disponible en librairie ou sur le site internet de votre choix en recherchant avec les mots clefs «bien parler bien lire bien écrire» ).

- ce texte est également publié sur le site appy.ecole


9782708134546

contact éditions Eyrolles

 

Ghislaine Wettstein-Badour

Biographie

Ghislaine Wettstein-Badour est médecin généraliste et exerce en libéral depuis plus de 35 ans. Elle a consacré la plus grande partie de sa carrière à l'accompagnement d'enfants d'âge scolaire et notamment de ceux qui sont en difficulté.

Pour leur venir en aide, elle a mis au point des méthodes optimisées d'apprentissage de la lecture et de l'écriture, puis, en partenariat avec France Badour, de l'orthographe. Ces pédagogies respectent la manière dont le cerveau apprend la langue écrite, et leur efficacité est reconnue pour tous les élèves très jeunes ou adultes, qu'ils soient ou non dyslexiques.


Présentation du livre

Pour que son intelligence se développe, l'enfant doit d'abord apprendre à bien parler, à bien lire et à bien écrire. Les parents jouent un rôle irremplaçable dans cet apprentissage fondamental, qui commence dès la petite enfance et se poursuit jusqu'à l'adolescence.

Afin de les aider dans leur rôle éducatif, ce petit guide pratique leur donne des conseils précieux pour :

  • apprendre à leurs enfants à bien parler et comprendre ce qui leur est dit
  • les accompagner dans l'acquisition de la lecture, de l'écriture et de l'orthographe
  • prévenir les difficultés qu'ils risquent de rencontrer
  • diagnostiquer rapidement les éventuels signes d'échec
  • apporter des solutions concrètes si cela est nécessaire

En s'appuyant sur les découvertes médicales les plus récentes concernant le fonctionnement du cerveau, l'auteur donne aux parents des informations précises pour comprendre les étapes et les enjeux de ces apprentissages et il leur propose des exercices qu'ils pourront facilement mettre en oeuvre pour développer l'intelligence de leurs enfants.

Au sommaire

  • Introduction
  • Comment le cerveau apprend à lire et à écrire
  • Le développement du langage oral chez l'enfant
  • Faciliter l'apprentissage du langage oral et en corriger les imperfections
  • Le développement du graphisme et de la latéralisation
  • Faciliter le développement du graphisme et de la latéralisation et en corriger les imperfections
  • Quelles sont les différentes méthodes d'apprentissage de la lecture et comment les identifier ?
  • Les manifestations de l'échec dans l'apprentissage de la lecture, de l'écriture et de l'orthographe chez l'enfant
  • Les différentes causes de l'échec dans l'apprentissage du langage écrit
  • Les pédagogies optimisées de la lecture, de l'écriture et de l'orthographe
  • Comment aider un enfant en difficulté dans l'apprentissage de l'écrit, en fonction de son âge et de son niveau
  • Conclusion
  • Bibliographie
  • Index

9782708134546

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19 mai 2006

École : le pavé dans la mare de Sarkozy

24353
dans une même ville, un établissement pourra
être spécialisé dans les matières littéraires, un autre dans
le sport, un troisième dans les mathématiques... (!!!)



École : le pavé dans la mare de Sarkozy

Le ministre se prononce pour une
"différenciation" des revenus des enseignants et veut supprimer
à terme la carte scolaire


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Après Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy : une nouvelle attaque

contre l'école de la culture par un effarant libéralisme,
dont les conséquences remettraient en cause le principe même
d'instruction scolaire égale pour tous

       


Les "rémunérations (des enseignants) doivent être différenciées", a estimé dans un entretien au Figaro le ministre de l'Intérieur et président de l'UMP Nicolas Sarkozy, dont le parti organise ce mercredi une "Convention Education" à Paris.
"Il faut revaloriser leur métier d'enseignant, qui est essentiel et difficile. Les rémunérations doivent être différenciées. Celui qui fait le plus d'heures, qui va au contact des élèves les plus difficiles doit être mieux payé. Et les enseignants qui veulent travailler plus doivent pouvoir le faire", a déclaré Nicolas Sarkozy.
Il a assuré qu'il fallait "plus de liberté pour les enseignants. On n'enseigne pas la lecture et l'orthographe de la même manière à tous les enfants. La clef c'est l'adaptation. L'enseignant qui a eu le temps en vingt ans de mettre au point ses propres techniques doit être jugé sur ses résultats et non sur ses méthodes".


"Mi-temps sportif"
Nicolas Sarkozy s'est également prononcé en faveur "de la suppression à terme" de la carte scolaire. "Je suis pour la suppression à terme de la carte scolaire. A terme, parce qu'elle n'est possible que dans le cadre d'une autonomie renforcée des établissements", a déclaré le ministre de l'Intérieur et président de l'UMP.
"Le social, selon Nicolas Sarkozy, n'est pas l'apanage des établissements publics. Les établissements privés ont une longue pratique et des réponses originales en la matière. L'enseignement privé déborde d'ailleurs de demandes d'inscriptions. Je n'accepte pas que la liberté de choix de l'école soit réservée à ceux qui habitent dans les beaux quartiers".
"Je crois au libre choix" a-t-il insisté, précisant que "dans une même ville, un établissement pourra être spécialisé dans les matières littéraires, un autre dans le sport, un troisième dans les mathématiques. La liberté de choix, c'est aussi la possibilité pour tout enfant qui le souhaite de faire un mi-temps sportif".

Handicapés
Il souhaite aussi "que les 50% d'enfants handicapés actuellement non scolarisés dans le milieu ordinaire, contrairement à ce que prévoit la loi, le soient. C'est fondamental pour l'esprit de tolérance et d'ouverture aux autres que l'école doit développer chez tous les enfants".
Le ministre de l'Education nationale, Gilles de Robien, ouvrira mercredi matin les travaux d'une "Convention Education" organisée par l'UMP, qui sera clôturée par Nicolas Sarkozy.

- source de cet article : Nouvel Obs.com, 22 février 2006.
- texte de l'interview de Sarkozy dans Le Figaro

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la carte scolaire dans la commune de La Garenne-Colombes


17 mai 2006

Combien d'élèves entraient-ils en 6e en 1962 ? (Michel Delord)

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1962-63 : classe de 6e du collège Jean Rostand
à La Rochefoucault en Charente


Combien d'élèves

entraient-ils en 6e en 1962 ?

le mensonge des théoriciens
d'une réforme à la baisse des programmes au nom
d'une massification des effectifs

Michel DELORD
professeur de Mathématiques




Seuls 10% allaient au lycée...
Dans la série des arguments fallacieux des théoriciens du niveau qui monte, figure en bonne place cette affirmation : "Vous comparez ce qui n'est pas comparable, seul 10% d'une classe d'âge allait au lycée". Réponses :

1°) Les comparaisons tirées de l'étude sur le passage du CEP comparent ce qui est comparable puisque le CM2 n'a pas été massifié.

2°) Dans ce texte je montrais que, alors que depuis de nombreuses années, on savait que à peu prés la moitié d'une classe d'âge avait le Certificat d'Etudes, les tenants du niveau qui monte sous-entendaient ou affirmaient clairement que c'était une minorité de l'ordre de 10 ou 20%. Le raisonnement est strictement sur le même sur le passage en sixième, confondue avec le passage en lycée pour le début des années 60, époque à laquelle on peut faire une référence comparative puisque les programmes de Cours Complémentaire et de premier cycle des lycées étaient forts semblables et de toute façon d'un niveau supérieur à ce qui est exigé maintenant.

3° ) Il y avait plus de 10% ...
En effet, nous disposions de toute l'information nécessaire depuis l'enquête de 1963 de la revue Populations. Cette enquête est loin d'être inconnue notamment de chercheurs comme Baudelot et Establet puisqu'elle est citée à la page 370 du tome IV de l'Histoire générale de l'enseignement et de l'Education en France, publié sous la direction de L'Institut National de Recherche Pédagogique, l'auteur en étant Antoine Prost.

Le tableau de la page 370 donne :

Entrée en sixième ( 1962) :
Sixième de lycée 27 %
Sixième de CEG 28 %
Non entrés en sixième 45%

Donc, en 1962, ce n'était pas 10% mais 55% qui passaient en sixième...

Michel Delord
5 octobre 2003

- source de cet article

- iconographie : photo de classe

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19 mai 2006

La fin de l'école républicaine ? (Philippe Mallard)

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Philippe Mallard, professeur d'Histoire


La fin de l'école républicaine ?

Philippe MALLARD


Une analyse de Philippe Mallard (2001), professeur d'Histoire à Bergerac (Dordogne), sur le site du Comité laïcité-République de la Vallée de la Dordogne. Excellent "démontage" de la connivence entre les théories pédagogiques et les objectifs patronaux et "européens" de marchandisation des services publics scolaires, d'adaptabilité des individus aux stratégies économiques néo-libérales.


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Bille en tête, peinture de Grégoire Debailly (source)


Extrait :

La fin des savoirs

L’Ecole n’a plus à transmettre des contenus, des savoirs - seuls garants d’émancipation - mais des compétences utilitaristes. Les réformes engagées en Europe (France, Belgique…) vont dans le même sens d’une atomisation de l’enseignement, avec un abandon de savoirs de haut-niveau au profit de multiples compétences garantissant “l’adaptabilité”, la “flexibilité” du futur employé.

C’est ainsi que le ministre Claude Allègre, comme ses confrères et consoeurs européens, déclarent les programmes “surchargés” de connaissances, qu’on évoque l’empilement des savoirs signe d’un archaïsme de l’institution. On assiste alors à la collusion de deux mondes qui vont se rapprocher pour l’occasion : l’idéologie néo-libérale et certaines doctrines pédagogiques “de gauche”. Ces doctrines font - consciemment ou non - le jeu des partisans de la libéralisation du Service Public d’Education.

La récupération du discours pédagogique anti-élitiste (l’élève au centre du système, diminution d’horaires disciplinaires au profit d’activités pluridisciplinaires à l’évaluation hasardeuse - TPE, ECJS), et sonlogo1 détournement permet de mettre de côté la mission d’instruction et, cela, au nom d’une certaine “conception de l’éducabilité” : on met en avant les compétences (savoir-faire) et la “citoyenneté” (savoir-être) seules garants de “l’employabilité”. C’est donc bien au nom de la volonté patronale (camouflée derrière l’idée de pratiques pédagogiques recentrées sur l’élève afin de lutter contre “l’échec scolaire”) que les objectifs cognitifs sont relégués à l’arrière-plan. Ainsi les enseignants sont invités à inculquer les compétences réclamées par les entreprises : moins de connaissances générales, de culture et plus de compétences “adaptatives”.

Le contenu des matières est donc perçu comme secondaire par rapport aux compétences “transversales”. Et c’est ainsi que l’ECJS ou les TPE supplantent les contenus disciplinaires. Ces heures précieuses dévolues à l’acquisition de compétences transversales flexibles et rapidement exploitables sont prises sur des enseignements “inutiles” car non productifs : Histoire-Géographie, Science et Vie de la Terre, Philosophie, …



L’éducation du futur travailleur par le “ savoir-être ”

Le second rôle que l’entreprise attribue à l’Ecole, c’est l’acquisition de comportements sociaux “conformes”. Ces “compétences sociales” (ou “savoir-être” dans le langage pédagogique) doivent permettre de socialiser le futur travailleur. Les “capacités citoyennes” (dialogue, gestion des conflits, communication, flexibilité, sens social, disponibilité...) doivent ainsi assurer l’employabilité de l’élève... et sa soumission.

Le philosophe J.-P. Le Goff, dans son ouvrage La Barbarie Douce a bien montré comment les 9782707130327fsméthodes de management des entreprises privées étaient reprises par les politiques éducatives.

C’est ainsi que le ministre de l'Éducation nationale et celui de l’Emploi ont mis au point une méthode de “gestion prévisionnelle des compétences”. Par ex. en ce qui concerne l’emploi de magasinier, toute une série de compétences permettent de cibler l’activité. À la rubrique “manière d’être” dans la partie “Réception/Stockage”, les compétences attendues sont :

- être patient pour tolérer l’aspect routinier des manipulations et l’attitude des clients.
- être minutieux pour éviter la casse…

L’activité est atomisée en plusieurs dizaines de compétences et devient ainsi une “machinerie fonctionnelle”. Ces théories de management libérales propres aux entreprises privées sont réinvesties dans le champ éducatif facilitant ainsi l’adéquation école/entreprise.

Par exemple, en Cycle I de l’Ecole primaire le livret d’évaluation ne comprend pas moins de 89 compétences. Ces grilles produites par des spécialistes des Sciences de l’Education sont surtout des compétences opérationnelles. Toutes ces compétences doivent être utiles, efficaces. L’enseignement devient ainsi mécanique, la finalité de l’Ecole devient adaptative.

Philippe MALLARD
professeur d'Histoire

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Les horreurs de la pédagogie : savoir-être et machinerie fonctionnelle


* site personnel de Philippe et Nathalie Mallard : Thucydide

* Grégoire Debailly

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17 mai 2006

C'est la "vieille école" qui a effectué la démocratisation (Michel Delord)

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une école dans les années 1960



C'est la "vieille école"

qui a effectué la démocratisation

sans baisse des exigences ni des connaissances

Michel DELORD



M. Sylvain Grandserre a écrit :

"Certains préfèrent les inventer, d'autres répéter ce qui a été fait et qui marchait si bien.... avec ceux qui y arrivaient !!! Comment peut-on avoir déjà oublié qu'au début des années 60, moins d'un jeune sur deux entrait au collège !"

M. S. Granserre, dites-moi si je me trompe mais vous semblez vouloir dire, sans le dire ce qui te permettra ensuite de dire que vous ne vouliez pas le dire , que l'école et les méthodes employées dans cette école étaient élitistes puisque elles ne permettaient , au début des années 60 qu" à moins d'un jeune sur deux d'entrer au collège".

Reprenons ( je peux donner les sources exactes ) :

"Au début des années 60, moins d'un jeune sur 2 entrait au collège".

On a heureusement les chiffres :
- pour l'année scolaire 60/61 : 46,4%
- pour l'année scolaire 61/62 : 47%
- pour l'année scolaire 62/63 : 55%

Donc, si il y a moins de 50% jusqu'en 1962, le cap des 50% est passé en 1962 sans baisse d'exigence des programmes.

Mais poursuivons, en 1969/70, donc avec des élèves qui ont commencé leur scolarité et leur CP en 1964 à l'époque ou 80% des élèves sortaient du CP en sachant lire et en connaissant les 4 opérations), ceux qui ont suivi les programmes et méthodes recommandées et en gros stables depuis 1880, le taux de scolarisation varie de 75% à 90% selon les départements.

Donc, on peut dire que c'est la "vieille école" et ses vielles méthodes qui ont effectué depuis les années 1900 où le passage en sixième était de l'ordre de moins de 10% (20 % en 1945) TOUTE la démocratisation de l'enseignement si ce mot a un sens, c'est-à-dire faire accéder à un niveau supérieur de connaissances une part croissante de la population, sans baisse des exigences ni des connaissances requises pour passer en sixième.
Ensuite, mais ces réformes sont préparées bien avant 68 sous l'influence des technocrates du régime, et notamment sous l'influence du mouvement Freinet (voir par exemple la part importante de ce mouvement dans la commission Rouchette), on assiste peut-être à une augmentation du taux de passages en sixième des élèves mais sur la base de deux facteurs qui n'existent pas auparavant :

a) la baisse des exigences :

1) en mathématiques avec les mathématiques modernes dont Prost, un des deux leaders principaux despr2262020957.08.lzzzzzzz reformes avec Louis Legrand, explique qu'il s'agit d'un allègement des programmes, mais que M. Prost trouve insuffisant (il doit être satisfait des programmes actuels) (Prost, Histoire de l'enseignement, T IV, p 174).

2) en français avec les conséquences de la commission Rouchette dont un des membres, Louis Legrand, explique qu'un des buts de la commission était "des propositions d'allégements sur le programme de grammaire qui, pratiquement, se voyait amputé du programme du CM2." (in Pour une politique démocratique de l'éducation, Louis Legrand, PUF ,1977. Chap. VIII - L'innovation sur les contenus et les méthodes : l'exemple du français à l'école élémentaire) [Louis Legrand persiste dans ses visées liquidatrices d'une école transmettant les savoirs : interview 1999 - MR].

cros4b) l'influence des gestionnaires qui sont affolés par "L'explosion scolaire" (titre du best seller de Louis Cros au début des années 60) dont ils pensent qu'elle va coûter très cher à cause du "baby boom" et de l'allongement de la scolarité. La solution est pour eux simple : s'il y a plus de liquide à faire passer dans un tuyau scolaire allongé, réduire les coûts signifie accélérer la circulation du liquide en supprimant les redoublements. Et ils sauront s'appuyer, pour réaliser cette volonté draconienne d'économie, sur divers mouvements pédagogiques qui leur apporteront la vaseline théorique pour faire passer leurs réformes.

Je n'insisterais pas non plus sur le fait que les expérimentations faites à l'époque montreront toutes que les "nouvelles pédagogies " non seulement aboutissent à une baisse de niveau mais de plus défavorisent les enfants des classes déjà défavorisées (si M. S. Grandserre veut des preuves et plus précisément des preuves données non par mon camp mais par les partisans des "nouvelles pédagogies", je peux les lui donner).
Vous avez une remarque , M. S. Grandserre ?

Michel Delord
20 novembre 2005

 

- 3 textes complètent ce sujet :

1) Note technique sur la massification, septembre 2004

2) Seuls 10% allaient au lycée, octobre 2003

3) Note à propos du texte de Gramsci sur la grammaire, décembre 2005

delordMichel Delord
Vice-président du GRIP
CA de la Société Mathématique de France
Board of advisors, Nonpartisan Education Review

 



- source de cet article : le forum de "Lire et écrire"

 

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16 mai 2006

de Robien a déclaré la guerre...! Profs bivalents au collège

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Gilles de Robien ne sait pas compter... un professeur d'histoire-Géographie,
étant déjà bivalent, deviendrait... trivalent...!





archipmf382Revoilà la "primarisation" du Collège...! Très mauvais exemple brandi par le ministre : le cas de l'Histoire-Géographie. Il faut, en effet, de nombreuses années avant qu'un professeur n'acquière la culture nécessaire à l'enseignement des deux disciplines qui, de toute façon, ne sont jamais transmises avec la même compétence selon que le professeur est historien ou géographe de formation (je ne parle pas de l'instruction civique...). Il doit certainement en aller de même avec la physique-chimie, et avec les sciences de la vie et de la terre (biologie et géologie)... En tout cas, de Robien ne sait visiblement pas compter... puisque ces professeurs, qui sont déjà "bivalents", deviendraient alors trivalents si on leur ajoutait une discipline (par exemple, les Lettres pour les historiens-géographes)...!

Michel Renard (janvier 2006)





Les profs bivalents réservés au Collège


Gilles de Robien a exclu d'étendre l'enseignement de deux matières aux enseignants de lycées, revenant sur ses propres positions d'il y a deux jours
Gilles de Robien, ministre de l'Education nationale, souhaite que la bivalence (enseigner deux matières) ne soit réservée qu'aux enseignants du collège. "Je souhaiterais que la 'bivalence' se passe pour les professeurs de collège. Personne ne s'étonne qu'un professeur enseigne l'histoire et la géographie!" a précisé le ministre mardi 10 janvier, sur Canal plus. Il avait pourtant relancé voilà deux jours son souhait d'étendre cette mesure aux enseignants du lycée.
Il a par ailleurs rappelé que 16% des enseignants inscrits au Capes 2006 (le concours de recrutement des enseignants de collèges-lycées) avaient choisi de passer une "mention complémentaire", c'est-à-dire d'avoir une seconde matière qu'ils pourront enseigner.

L'élève sera moins surpris
En sortant du primaire "un enfant passe d'un seul professeur à huit ou neuf profs au collège". Avec la bivalence, "il aura au collège trois ou quatre professeurs, il sera moins surpris car il aura des profs moins nombreux", a dit le ministre.
Il s'agit aussi, selon Gilles de Robien, d'une "simplification pour les enseignants dans leurs affectations".

"Ils auront un choix de plus (dans leur nomination) et donc ce sera un confort de plus. Cela donne de la souplesse pour les effectifs", a-t-il ajouté.
Le principal syndicat des enseignants des collèges-lycées, le Snes-FSU, a jugé lundi "très négative" la bivalence des enseignants tandis que le SE-Unsa a dénoncé une mesure "gestionnaire d'économie".

Le NouvelObs.com, 10 janvier 2006

- source de cet article

17 mai 2006

Royaume d'Ubu : Jean-Paul Brighelli viré puis réintégré... en 48 h

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Royaume d'Ubu :

Jean-Paul Brighelli viré, puis réintégré

en 48 heures...!



Je n'ai même pas eu le temps de lui adresser un message de soutien... Jean-Paul Brighelli a été "débarqué", le 10 mai, du jury de Capes de Lettres par le président de celui-ci : Alain Pagès. Le 12 mai, l'Inspection générale lui expliquait qu'il s'agisssait d'un malentendu : il était réintégré. Et ce M. Pagès, thuriféraire dualain_pag_s_11 pégagogisme dévastateur, sera-t-il blâmé pour ses tendances inquisitoriales ? Ne pourrait-on désigner un réel défenseur de la littérature à la présidence du jury de Capes de Lettres ...? (Michel Renard, 12 mai)

                                                                                                            Alain Pagès

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sur le blog de Jean-Paul Brighelli

10 mai 2006

Règlements de comptes

Je viens, aujourd'hui 10 mai, de me faire débarquer du CAPES de Lettres Modernes - pour délit d'opinion.
Le président du jury, Alain Pagès, flanqué du vice-président, l'Inspecteur Général Jean Jordy, m'a interrompu au milieu du classement des copies que nous venions de ramener à Tours, centre de concours. Il y avait apparemment urgence... Il m'a expliqué que depuis septembre dernier, juste après la parution de la Fabrique du crétin, plusieurs membres du jury, particulièrement ceux de l'épreuve de didactique (dite pudiquement "épreuve sur dossier") avaient exprimé leur difficulté à siéger désormais dans un concours qui m'hébergeait. Une pétition a commencé à circuler entre ces honorables enseignants, pour la plupart IPR ou chargés de cours en IUFM. Le mouvement s'est accentué après la parution de À bonne école, où j'ai le malheur d'interroger le bien-fondé de la part de plus en plus grande de la didactique dans les concours de recrutement - cette avancée sournoise de la pensée unique pédagogiste. Désormais, m'a-t-on expliqué, je ne pouvais plus être présent à l'oral - ni à l'écrit, alors même qu'après enquête (!), je donnais toute satisfaction à ce niveau, cette année comme l'année dernière.

Mon cas personnel est peu de chose. Mais il faut être attentif à un point : je suis viré pour délit d'opinion - et c'est tout. Cette fois, c'est moi. La prochaine fois, tel autre membre qui aura eu la naïveté de mettre en avant les savoirs fondamentaux dans la matière que l'on est censé enseigner, et non l'art délicat de l'enseigner conformément à la Vulgate des IUFM, fera les frais de la hargne de ses colistiers. Quand les universitaires ou les profs de prépas seront priés de rester eux-aussi au vestiaire, le ménage sera fait. Et les néo-certifiés seront calibrés au plus juste des ambitions de la sacro-sainte pédagogie...

Bonne chance à tous les résistants du moment. Je ne perds pas courage. Ce n'est qu'un début...

Jean-Paul Brighelli


12 mai 2006

Reddition en rase campagnelogo_men

Chers tous, l'Inspection générale vient de me téléphoner — longuement. "Tout cela n'était qu'un malentendu, apaisons les esprits." Le président du jury a suivi, par mail : réintégration immédiate.
Ceux qui voulaient ma peau et avaient pétitionné pour mon éviction doivent manger leur chapeau.

C'était une manière de me tester, et surtout de tester mes amis, la presse, et sans doute le ministre, dont les services ont réagi avec une célérité inattendue, en disant le droit — sans commentaires.

Mille mercis à toutes celles et tous ceux qui m'ont soutenu, sur ce blog et ailleurs. Et nous le savons désormais, si nous l'avions oublié : en cas d'attaque, seule une riposte massive peut décourager l'agresseur. Hasta la victoria siempre !

Jean-Paul Brighelli


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- La fabrique du crétin. La mort programmée de l'école, Jean-Paul Brighelli, éd. Jean-Claude Gawsewitch, 2005.

- À bonne école, Jean-Paul Brighelli, éd. Jean-Claude Gawsewitch, 2006.

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- forum de débat sur la Fabrique du crétin : e-litterature.net


15 mai 2006

J'appelle à un bilan des "maths modernes à l'école" (Marc Le Bris)

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avec des petits, il faut partir de choses concrètes,
de paquets de bonbons, de pommes, d'argent, il faut réhabiliter
l'arithmétique qui manipulait des objets, des quantités, des grandeurs et des unités





J'appelle à un bilan

des "maths modernes à l'école"


Marc LE BRIS

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Il s'est passé en calcul ce qui s'est passé en lecture...
les mêmes inversions de sens du travail, la même tentative de saut
direct à l'abstraction, les mêmes refus de la transmission orale,
la même négation de la mémoire, de l'apprentissage,
de la structuration, de l'apport culturel par l'adulte



Puisque, selon les modernes, l'enfant doit lui-même construire son savoir, il doit lui-même construire ses raisonnements. Reprenons des exemples simples. Comment un enfant va-t-il savoir, dans un problème à une seule opération, laquelle utiliser ? Pour nos modernes, il va tout simplement s'y entraîner seul. Et vérifier seul si c'est bon. Ce sont les fameuses "situations-problèmes autocorrectives". Mais grâce à l'intervention des mêmes modernes sur les programmes, il ne connaîtra les quatre opérations qu'en fin de CM1, année de l'apparition de la division dans la scolarité actuelle [vous le saviez, vous qui avez quitté l'école il y a longtemps, ou dont les enfants n'y sont pas encore...???!!?? - c'est de la régression généralisée !! MR]. Au CM2, il connaît enfin les quatre opérations, il peut travailler pendant un an à choisir laquelle est la bonne parmi les quatre.

Lorsqu'il est entré au CE2, il ne connaissait que l'addition - sauf obstination des instituteurs à faire, malgré tout, ce qui leur semble nécessaire. "À la fin du cycle 2 (CP-CE1), seule la technique opératoire de l'addition est exigible" (1). Les enfants modernes sont tellement imprégnés de l'addition seule qu'ils confondent longtemps le mot "opération" avec le mot "addition". À chaque question du maître sur ce qu'on doit faire pour trouver quelque chose, ils répondent "l'opération", puisqu'ils n'en connaissent qu'une. À force de tout remettre à demain, on ne peut plus rien faire.

Je voudrais seulement que les élèves aient assez vite les quatre opérations sous la main. Avant la fin du CP. Un partage simple par 2 ou 5, ritualisé dans la division verticale, est tout à fait envisageable, comme cela se faisait avant la circulaire des "maths modernes à l'école" de 1970, première vraie modification des programmes depuis 1887. Pour que ne s'installent pas les tactiques simplistes qui permettent de trouver à coup sûr un résultat exact parmi seulement deux opérateurs (résultat plus petit = soustraction). Maintenant, nous ne sommes pas bien avancés sur le "comment choisir la bonne opération".

J'ai quelquefois l'impression que les enfants modernes en sont réduits à utiliser simplement leur liberté de choix pour décider quelle opération va le mieux. On ne leur a jamais montré de type de raisonnement. On n'a pas défini les opérations par les types de services qu'elles peuvent rendre comme, par exemple, la1960_61_8eme2 division nombre de parts et la division valeur de la part – voir le vieux livre de CE1 évoqué plus haut (Ardiot, Warnauld, Budin, Calcul. Cours élémentaire, Hachette, 1960). Puisque les enfants ont déduit eux-mêmes à quoi elles servaient et comme on a uniquement favorisé leur tâtonnement expérimental, ils se débrouillent comme ils peuvent. La méthode la plus fréquente issue de ce tâtonnement expérimental est celle-ci : l'enfant applique les quatre opérateurs aux deux nombres du problème puis il compare les quatre résultats obtenus pour choisir celui qui "va le mieux", selon son bon sens ou son estimation naturelle : on retrouve les mêmes aberrations que pour la lecture. Cette façon de faire, à mes yeux très néfaste, n'est même pas combattue car elle est censée favoriser l'autonomie. Elle est considérée comme une méthode parmi d'autres.

Pour bien décrire jusqu'où tout cela mène, il faut parler ici de l'utilisation encouragée des calculettes dans les classes modernes, puisque la pratique manuscrite des opérations est stupide et lourde. Le problème est posé, l'élève tape sur la calculette les quatre calculs possibles en une demi-minute, puis il choisit le résultat qui lui plaît le mieux. Un de mes collègues appelle ça le "zapping mathématique". Nous en sommes là.

Toujours pour raison de "construction autonome des savoirs", les enfants n'abordent pas directement la soustraction, mais ce qu'on appelle l'addition à trou. Livrés à eux-mêmes, ils trouvent combien il manque de bonbons dans le paquet de 25 qui n'en contient plus que 17 en utilisant l'addition : 17 plus combien égale 25 ? Et il leur suffit de compter de 17 jusqu'à 25 en levant un doigt à chaque nombre pour arriver au résultat. C'est bien, c'est vrai, c'est une première approche de la soustraction comme l'inverse de l'addition. Mais voilà, les modernes prétendent que cette étape suffit, que l'enfant qui a compris l'addition à trou a compris le "sens" de la soustraction. (Cf. Une addition différente : la soustraction, film réalisé par l'équipe ERMEL-CNDP). C'est-à-dire qu'ils suppriment, comme d'habitude, ce que l'adulte apporte à l'enfant : la technique éprouvée de la soustraction, son algorithme général de résolution. L'enfant reste un autodidacte, il ne disposera donc pas de cet outil fondamental qu'est la soustraction. Il ne s'y frottera pas. À chaque "situation soustractive", il refera la raisonnement d'inverser l'addition. La soustraction ne fera pas partie de culture.

J'appelle à un bilan des "maths modernes à l'école". Comme pour la lecture globale, il y a eu un apparent retour en arrière. On a enlevé les éléments les plus outrageusement impossibles, on a enlevé les bases exotiques, les ensembles, mais on a gardé l'abstraction des nombres, la défiance contre le calcul mental, le rejet de l'arithmétique, la volonté de retarder les techniques opératoires dans les programmes, la domination exclusive des tableaux de proportionnalité, sans qu'aucun bilan véritable en soit jamais tiré.

Je ne dis pas que les "mathématiques modernes", celles de Bourbaki, sont ou seraient mauvaises ou inutiles. Elles sont peut-être bien précieuses aux grands mathématiciens. Je dis seulement que ce qu'on a appelé les "maths modernes à l'école" était une folie. Je dis seulement qu'avec des petits, il faut partir de choses concrètes, de paquets de bonbons, de pommes, d'argent, et que dans ce but il faut réhabiliter l'arithmétique qui manipulait des objets, des quantités, des grandeurs et des unités. On a perdu dans ce domaine une foule de savoir-faire qu'il va bien falloir reconstruire.

On s'entraîne aux raisonnements en les effectuant suffisamment souvent pour les transformer en outils. Je pense qu'ils se retiennent et se mémorisent, et qu'une sorte de typologie des raisonnements s'installe quand on les a suffisamment pratiqués par des procédés neurologiques complexes que nous ne connaissons pas. Ce disant, je subordonne un peu l'intelligence à la mémoire et le travail de la mémoire est particulièrement renié par l'école contemporaine ; ou plutôt, je réduis l'intelligence à la qualité de l'organisation de la mémoire. En fait, j'avance que les mémorisations nombreuses sont nécessaires à la construction de l'intelligence. Il n'y a jamais eu de qualité dans l'organisation de peu de choses. Pour qu'il y ait qualité, il faut la quantité. Je dis qu'il faut faire beaucoup de problèmes, similaires et différents.

L'enseignant apporte alors des "modèles" de raisonnement, éprouvés par des siècles de réflexion, à l'enfant qui, lui, apprend à s'en servir avant d'inventer les siens. Il aura à reconnaître, dans un énoncé, le modèle de raisonnement qui s'applique. Et ce ne sera jamais mécanique ; une fois le modèle bien installé, arrivent les exceptions, les variantes, les subtilités. Après, pas avant. La règle avant les exceptions. Pas tout en vrac, comme les modernes le pratiquent dans toutes les activités d'enseignement.

Il s'est passé en calcul ce qui s'est passé en lecture. Les points communs sont nombreux. Ce sont les mêmes inversions de sens du travail, la même tentative de saut direct à l'abstraction, les mêmes refus de la transmission orale, la même négation de la mémoire, de l'apprentissage, de la structuration, de l'apport culturel par l'adulte. La même négation de la réalité de l'enfance. Le même recul politique apparent de la théorie, pour mieux se perpétuer et continuer à dominer sous d'autres noms. Les "maths modernes à l'école" sont la méthode globale appliquée au calcul, et la méthode globale ressemble bien à une sorte de "maths modernes" pour la lecture. Alors, ce n'est pas tant la méthode globale seulement ou les "maths modernes à l'école" toutes seules qui ont détruit l'école mais bel et bien un plan d'ensemble, lancé depuis les années 1970 sur la lecture et le calcul ; c'est une théorie unique et générale de la pédagogie, une théorie d'ensemble.

Marc Le Bris, Et vos enfants ne sauront pas lire... ni compter !
La faillite obstinée de l'école française
, Stock, 2004, p. 9699.



(1) Documents d'application des programmes ; mathématique, cycle 2, appliqués à la rentrée 2002, CNDP.

2234056756.08.lzzzzzzz1

- le livre de Marc Le Bris, Et vos enfants ne sauront pas lire ni compter !


- le site de Michel Delord, professeur de mathématiques, membre du GRIP


14 mai 2006

Comment être stagiaire de lettres à l'IUFM

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École Normale d'Instituteurs, promotion 1908-1911







Comment être stagiaire de lettre

à l'IUFM




L'avenir de l'étudiant en Lettres étant désormais tout tracé (papa en a marre de payer le loyer de2020007096.08.lzzzzzzz l'appartement), le jeune Licencié a décidé de passer son CAPES. Ayant obtenu le concours, il brandit le précieux certificat, ce sésame qui lui ouvre les portes de l'Enseignement, en pensant qu'il va pouvoir dispenser son savoir. Grosse erreur : il faut maintenant valider la formation théorique, montrer qu'on est un pro du terrain.

Afin d'aider nos jeunes collègues, voici quelques instructions qui pourront leur rendre service et leur permettront d'être certifiés conformes. Ce mode d'emploi a été élaboré à partir d'expériences et de témoignages authentiques ; il se situe donc parfaitement dans la lignée de cette noble institution qu'est l'IUFM. Si vous suivez les quelques conseils prodigués ci-dessous, nul doute que vous obtiendrez l'Appellation d'Origine Contrôlée.2070302458.01.lzzzzzzz Nous pouvons même gager que cette traçabilité permettra de gérer pour longtemps la chaîne d'approvisionnement. Il n'y a point à balancer, il faut tout donner.



1 - Pour trouver l'IUFM.

1) Chercher l'adresse de l'IUFM sur le net. En profiter pour consulter le site de l'IUFM et s'apercevoir qu'il n'y a presque rien sinon des organigrammes et des intitulés de stage. Lire les intitulés de stage et s'interroger en même temps que le Spécialiste : “Comment combattre l'ilettrisme ?” (sic) Se rassurer : il existe des “ pratiques innovantes ”.

2) Prendre sa voiture et partir à l'I.U.F.M. Se perdre un peu dans la ville car ce n'est pas là que vous avez 2070380513.08.lzzzzzzzétudié. Ah ben oui, Monsieur, on ne choisit pas son affectation.

3) Se dire que l'on est sans doute sur la bonne voie quand toutes les automobiles Renault qui vous précédent ont un autocollant MAIF sur le pare-brise arrière. Se dire que d'ailleurs on en changerait bien d'automobile. (On apprendra par la suite que la CASDEN est présente à l'IUFM et que la charmante jeune fille qui tient le stand est disposée à vous accorder un prêt à des conditions exceptionnelles : elle est pas belle la vie ?)

4) Arriver à l'IUFM. Chercher une place pour se garer. Apercevoir une vieille pancarte rouillée dans un coin : “Ecole Normale”. Contempler les belles enluminures qui dorent le blason de 2253005436.08.lzzzzzzzl'Institut.

5) Retrouver quelques copains de fac. Interroger les copains : “Et toi t'es où ?”. Comparer mentalement le classement au concours et l'affectation obtenue. Se dire que les premiers, décidément, seront les derniers.



2 - Pour la formation disciplinaire.

1) Ecouter le formateur (c'est le monsieur qui fume la pipe pendant la pause en parlant de sa jeunesse sartrienne) et la formatrice (c'est la dame très bien décorée qui ne fume pas et qui, elle, n'aime pas2253160687.08.lzzzzzzz Sartre).

2) Entendre les quelques “trucs et ficelles” pour les premières heures de cours. Se dire que c'est bizarre d'avoir ces conseils après les premières heures de cours devant les élèves. Regarder vos condisciples s'effondrer parce qu'ils n'ont pas fait comme ça. Entamer la thérapie de groupe. Ecouter chacun raconter sa petite anecdote : les réveils réglés cinq heures à l'avance, les holala c'est grand comme bahut et on m'a prise pour une élève. Compatir.

3) Ne JAMAIS parler de littérature (sujet tabou).2070308790.01.lzzzzzzz

4) Repérer une jeune femme hystérique qui veut venir en aide aux jeunes car c'est notre mission et noter toutes ses interventions pour faire rigoler votre copine à la maison. La regarder opiner du chef devant le discours (mot à surligner, très important) du formateur. Trouver qu'elle ressemble aux petits chiens mécaniques à l'arrière des voitures. Se rappeler à ce propos d'aller voir la nana de la CASDEN.

5) Comprendre ce qu'est une séquence. Comprendre que c'est l'Unique, la Vraie, la Nouvelle manière de travailler. Décloisonner. Décloisonner. Décloisonner.

6) Inventer une séquence. Dire n'importe quoi pourvu que l'élève soit mis en activité. Valoriser l'oral. Ne balzacpas se soucier de l'exactitude des connaissances. Entendre le formateur parler d'une2070364682.01.lzzzzzzz approche citoyenne du texte. Souffrir en silence quand la petite chienne hystérique affirme que Balzac, c'est de la littérature à papa et que les jeunes ça ne les intéresse pas. Regarder sa bouche se tordre d'ignorance. Pleurer un peu le soir. Faire étudier Une Ténébreuse Affaire en cachette .

7) Débiner les collègues plus âgés qu'on a dans son établissement et qui eux eh ben y travaillent même pas en séquences. Sourire d'un air entendu. Se dire qu'on est plus fort et qu'ils disparaîtront bientôt vu qu'ils ne résisteront pas au nouveau public.

2070372022.01.lzzzzzzz8) Considérer que la majorité présente a toujours raison. Ne pas se compliquer la vie, ne pas citer de texte, ne pas débattre mais stigmatiser. Demander invariablement au réactionnaire de service “Et les élèves dans tout ça ?” d'un ton réprobateur. Froncer les sourcils tous ensemble puis faire une moue ironique en regardant le réac de biais.

9) Apprendre le nouveau vocabulaire tellement mieux. Interroger la pertinence des textes officiels. Attendre la réponse. Comprendre que c'est mieux parce que c'est comme ça et que vous êtes fonctionnaire.
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10) Faire semblant de lire les IO parce qu'on va faire une synthèse au rétroprojecteur ! Pendant ce temps corriger les copies de vos élèves de quatrième. Se dire qu'il est urgent de leur réapprendre à conjuguer un verbe. Se dire que la progression à thème dérivé, finalement ça ne sera pas pour tout de suite.

11) A propos des progressions thématiques, se rendre compte que la formatrice en parle mais qu'elle n'a jamais lu une seule ligne de Combettes.

12) Commencer à rigoler parce que vous ne pouvez plus vous retenir. Apprendre que le rire est une2070423581.08.lzzzzzzz stratégie d'évitement et que vous ne voulez sans doute pas vous avouer quelque chose. Recommencer à rire. Expliquer ce qu'il y a de comique. Entendre parler de validation. Arrêter de rigoler.

13) Recevoir un coup de fil des formateurs afin d'éviter tout malentendu. Ecouter leurs aveux qu'on ne peut pas faire à tout le monde.


3 - Pour la formation commune.

1) Chaque matin se laver les dents avec du dentifrice didactique pour avoir une haleine pédagogiquementcolette_portrait_250 correcte. Faire des exercices devant sa glace pour n'articuler qu'une seule et unique phrase : “l'élève au centre”.

2) Ne pas s'étonner qu'un éminent pédagogue vous donne des scénarii pédagogiques destinés à maintenir l'attention des élèves et développer l'appétence des savoirs sans parvenir à intéresser son propre auditoire.

3) Aller voir la direction de l'IUFM pour signifier votre refus de faire de la gym dans le cadre du “ Potentiel psycho-récepteur de l'enseignant ”. Entendre encore parler de validation. Aller voir votre médecin.
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4) Chercher des titres de “mémoire professionnel” et de “rapports de pratique pédagogique”. En vérifier l'efficacité auprès de vos amis qui ne sont pas enseignants : s'ils sentent que cela parle d'école mais qu'ils ne parviennent pas à identifier le sujet exact, c'est que votre titre est bon. Astuce pour rédiger son mémoire : dans Word, utiliser la commande “remplacer” du menu édition pour substituer au terme “élève” l'expression “apprenant en phase d'autonomisation”. Appliquer le même procédé pour tous les mots clés (ex : “connaissances” se transformera en “capacités cognitives réparties selon les modalités d'évaluation : savoirs, savoir-faire, savoir-être”), vous économiserez un temps précieux. Attention cependant aux accords sujet-verbe.

5) S'inscrire à divers ateliers : poterie, verroterie, vidéo. Bien savoir qu'on peut être amené à tout enseigner, que c'est le Progrès et qu'on innove.

6) Passer deux jours sur l'orientation des élèves. Prendre son mal en patience devant le descriptif de chaque filière. Ne pas s'endormir. Ne pas craquer. Se souvenir de tous ces petits jeux inventés à l'école (morpion, bataille navale). En inventer de plus complexes, faire des études lexicométriques (fréquence des termes “jeune” et “autonomie” par exemple).

7) Se former aux NTIC. Bien comprendre que c'est l'avenir. Apprendre donc à utiliser word alors que vous savez programmer un site. Faire un petit film avec la caméra qu'on vous a prêtée. Se demander quel est le rapport avec l'enseignement de la grammaire et de la littérature.

4 - Pour quitter définitivement l'I.U.F.M.
Relever la tête.


texte de l'association 2070302393.01.lzzzzzzzSAUVER LES LETTRES








- source seconde : le-sages.org

- les lectures des Normaliens, un sondage : la promotion 1928-1931


14 mai 2006

Les "jeunes" remplaçant les "élèves", à quoi bon des professeurs ? (Dany-Robert Dufour)

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Les élèves et leur professeur, lycée Gambetta à Cahors en 1907



Les "jeunes" remplaçant les "élèves",

à quoi bon des professeurs ?

Dany-Robert DUFOUR


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Ce sont pour l'essentiel ces «enfants de la télé» qu'on retrouve désormais à l'école. On comprend dès lors pourquoi de nombreux professeurs en sont réduits à faire l'amer constat selon lequel ceux qu'ils ont devant eux «ne sont plus des élèves», «n'écoutent plus (1)». Ils ne parlent probablement plus non plus. Non qu'ils seraient devenus muets, bien au contraire, mais ils éprouvent les plus grandes difficultés à s'intégrer dans le fil du discours qui distribue alternativement chacun à sa place : celui qui parle, celui qui écoute. Ils ne peuvent plus rentrer dans le discours qui, à l'école, permet à l'un (le professeur) d'avancer des propositions fondées sur la raison (soit un savoir multiple accumulé des générations antérieures et constamment réactualisé), et à l'autre (l'élève) de les discuter autant qu'il le faut.

Il est bien évident que de nombreux professeurs ne comptent pas leur peine et se dépensent, souvent au-delà de leurs forces (2), pour tenter de faire rentrer les jeunes dans la position de l'élève, de façon à pouvoir faire leur métier de professeur. Mais la nouveauté est là : comme les élèves ont été empêchés de devenir élèves, les professeurs sont de plus en plus empêchés de faire leur métier. Depuis trente ans de réformes dites «démocratiques», responsables politiques et experts en pédagogie n'ont cessé de leur dire qu'ils devaient abandonner leur archaïque prétention à enseigner. L'ex-ministre Claude Allègre admonestait ainsi les professeurs de renoncer à leur «tendance archaïque», résumée par ses bons soins en «ils n'ont qu'à m'écouter, c'est moi qui sais». Et il introduisait à la place du terme «élève» cette nouvelle catégorie, «les jeunes», en disant d'eux : «Les jeunes (...), ce qu'ils veulent, c'est inter-réagir (3)».

Au nom de la démocratie à l'école, on entérine ainsi le fait qu'il n'y a plus d'élèves. Pourquoi faudrait-il encore des professeurs ? Dans le discours des responsables et des experts en pédagogie, le modèle éducationnel qui prévaut contre ce supposé «archaïsme», c'est, en fin de compte, celui du talk show télévisé où chacun peut «démocratiquement» donner son avis.

Tout devient ainsi une affaire intersubjective. Il n'y a plus d'effort critique à faire pour quitter sans cesse son propre point de vue afin d'accéder à d'autres propositions un peu moins bornées, moins spécieuses et mieux construites. Ce qui est devenu intolérable, c'est le professeur qui entraîne et pousse sans cesse les élèves à la fonction critique. C'est l'ennemi à abattre car il ne respecte pas le point de vue du «jeune». Nombre d'experts en pédagogie « expliquent » ainsi la violence à l'école : les «jeunes» réagiraient à l'autorité indue des professeurs.

S'ils se retrouvent contraints à la violence et sujets au rapport de forces, c'est qu'aucune autre issue ne leur a été rendue possible : ils ont été produits pour échapper au rapport de sens et à la patiente élaboration discursive et critique. En ce sens, on peut sans peine prédire, à l'inverse du procès pédagogiste accusant le maître de violence, que moins les élèves entreront dans la relation professeur-élève, plus ils seront sujets à la violence.

Ce qui se met en place à travers l'abandon du rapport de sens et le déchaînement du rapport de forces, ce n'est rien de moins, selon Jean-Claude Michéa, que l'«école du capitalisme total (4)». C'est-à-dire une école qui devra former à la perte du sens critique de façon à produire un individu flottant, ouvert à toutes les pressions consommatoires. Dans cette école du plus grand nombre, «l'ignorance devra être enseignée de toutes les façons concevables».


Modeler des crétins procéduriers ?

Les enseignants devront donc être rééduqués sous la houlette d'experts en pédagogie montrant qu'il ne faut plus rien enseigner pour s'en remettre à ses seuls sentiments du moment et à leur gestion gagnante. Il s'agit donc d'imposer les conditions, selon Michéa, d'une «dissolution de la logique» : ne plus discriminer l'important du secondaire, admettre sans broncher une chose et son contraire...

C'est ainsi qu'on voit, à l'université même, tout un courant pédagogique se mettre en place refusant de demander aux «jeunes» de penser. Il faudrait d'abord les distraire, les animer, les laisser «démocratiquement» zapper à leur guise au gré des interactions, leur faire raconter leur vie, leur montrer que les acquis de la logique ne sont que des abus de pouvoir. Il faudrait surtout montrer qu'il n'y a rien à penser, qu'il n'y a pas d'objet de pensée : tout serait dans l'affirmation de soi et dans une gestion relationnelle de l'affirmation de soi qu'il conviendrait de défendre, comme tout bon consommateur doit savoir le faire. S'agit-il de fabriquer des crétins procéduriers, adaptés à la consommation ?

Il est probable que les pédagogues ne veulent pas ça : ils ne veulent que s'adapter à l'état dans lequel ils trouvent les «jeunes» à l'école. Ce faisant, au nom même de la compassion, ils contribuent à aggraver la situation et à détruire encore plus l'école. Cet usage des services des pédagogues fournit un nouvel exemple de la façon dont le néo-libéralisme a su utiliser à son profit les schémas libertaires des années 1960 (5).

Les institutions scolaires, université incluse, accueillent donc des populations flottantes, dont le rapport au savoir est devenu une préoccupation très accessoire. Un type nouveau d'institution molle, dont la post-modernité a le secret, à mi-chemin entre maison des jeunes et de la culture, hôpital de jour et asilage social, assimilable à des sortes de parcs d'attraction scolaire, est en train de se mettre en place. Elle n'exclut pas certaines zones résiduelles de production et de reproduction du savoir, où les nouvelles technologies sont appelées à devenir prépondérantes («Toutes les tâches répétitives du professeur vont être enregistrées, stockées», promettait allègrement l'ex-ministre dans l'entretien déjà cité).

Pendant ce temps, la formation et la reproduction des élites (autre fonction décisive de l'«école du capitalisme total») deviennent de plus en plus exclusivement assurées par les grandes écoles et assimilées dans les meilleures écoles et universités privées des Etats-Unis (où les frais annuels de scolarité atteignent 30 000 dollars). Ces formations-là, qui continuent de fonctionner selon un modèle critique dur, ne sont nullement concernées par les dérives pédagogistes destinées au plus grand nombre.

La fabrique d'un individu soustrait à la fonction critique et susceptible d'une identité flottante ne doit donc rien au hasard : elle est parfaitement prise en charge par la télévision et l'école actuelles. Le rêve du capitalisme n'est pas seulement de repousser le territoire de la marchandise aux limites du monde (ce qui est en cours sous le nom de mondialisation), où tout serait marchandisable (droits sur l'eau, le génome, les espèces vivantes, achat et vente d'enfants, d'organes...), mais aussi de faire rentrer les vieilles affaires privées, laissées jusqu'alors à la disposition de chacun (subjectivation, sexuation...), dans le cadre de la marchandise.

Nous vivons à cet égard un tournant capital car, si la forme sujet est atteinte, ce ne sera plus seulement les institutions que nous avons en commun qui seront en danger, ce sera aussi et surtout ce que nous sommes. Plus rien alors ne pourra endiguer un capitalisme total où tout, sans exception, fera partie de l'univers marchand : la nature, le vivant et l'imaginaire.

Dany-Robert Dufour,
Le Monde Diplomatique, novembre 2001.
Dany-Robert Dufour est directeur de programme
au Collège international de philosophie à Paris,
professeur en sciences de l’éducation à l’université de Paris VIII
auteur de : On achève bien les hommes,
2207256618.01.lzzzzzzzDenoël, Paris, 2005.










(1) Lire Adrien Barrot, L'Enseignement mis à mort, Librio, Paris, 2000.2290308021.08.lzzzzzzz
(2) Cf. les nombreux cas de «déprime enseignante» que l'ex-ministre Claude Allègre affectait de prendre pour des abus de congés médicaux.
(3) In Le Monde, 24 novembre 1999.
(4) Jean-Claude Michea, L'Enseignement de l'ignorance, Climats, Castelnau, 1999.
(5) Sur l'intégration de la contestation libertaire dans le néo-libéralisme, lire Luc Boltanski et Eve Chiapello, Le Nouvel Esprit du capitalisme, Gallimard, Paris, 1999. Lire aussi Serge Halimi, «Eternelle récupération de la contestation», Le Monde diplomatique, avril 2001


2841581217.08.lzzzzzzz

 
















- source de cet extrait d'article

 

14 mai 2006

Des pédagogues, délivre-nous Seigneur ! (Michel Renard)

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Peste, famine et guerre :
la mort emporte les vivants dans une danse macabre

L'école est aujourd'hui menacée par la peste pédagogique,
par la famine de savoir et par la guerre menée à la culture...!





Des pédagogues, délivre-nous Seigneur !

Michel RENARD




Face à la montée en puissance de la curieuse alliance libérale-libertaire unissant les libéraux qui, dans le cadre du fédéralisme européen, souhaitent "marchandiser" le service public d'éducation, et les libertaires-pédagogues qui ont toujours vomi l'école de la culture et des savoirs au profit de leurs théories sur "l'épanouissement de l'enfant" et son "auto-apprentissage", il faut se montrer vigilant.

Les pédagogues et autres "formateurs", tous ceux qui ne travaillent plus à l'école mais pontifient du haut de chaires où l'on ne fait plus que parler de l'école, ont poussé des cris d'orfraie à l'automne. Le ministre annonçait l'abandon des méthodes de "lecture globale" et "semi-globale". Ils ont répliqué qu'elles n'existaient plus depuis longtemps. Pourquoi alors tout ce foin ?

Aujourd'hui, où le même ministre envisage de statuer sur la "bivalence" des professeurs... on ne les entend plus, les pédagogues...! Point de tribunes vengeresses dans les Cahiers pédagogiques ni sur le site du Café pédagogique... Évidemment, la "bivalence", ça leur plaît : un "enseignant" de moins en moins professeur et de plus en plus animateur... De moins en moins de savoir et de plus en plus de "savoir-faire" et de "savoir-être"... Ils baignent d'aise..., en se délectant des projets les plus menaçants pour l'école. Ainsi cette citation d'une étude d'un sociologue belge, Christian Maroy sur "les évolutions du travail enseignant en Europe" :

"(...) partout en Europe le métier change par la diffusion d'un nouveau modèle professionnel correspondant à la fois à des politiques éducatives et à des changements sociaux et culturels. «Le discours modernisateur qui sous-tend nombre de politiques éducatives pourrait donc être abruptement résumé de la façon suivante. Grâce à des établissements plus autonomes, développant des projets éducatifs portés par des enseignants engagés dans une dynamique collective, grâce à des enseignants pédagogues, réflexifs et centrés sur l'apprentissage de l'élève, grâce aussi à un cadrage institutionnel où l'État régule et évalue les unités d'enseignement décentralisées, l'école devrait pouvoir affronter les défis auxquels elle est confrontée. Elle devrait devenir simultanément plus juste et plus efficace». Ce nouveau modèle d'Ecole demande une évolution du métier d'enseignant".

Des enseignants engagés dans une dynamique collective...? Qu'est-ce que cela veut dire ? Des enseignants pédagogues...? Diable ! Centrés (sic) sur l'apprentissage de l'élève...? Re-diable ! "De la peste, de la faim et de la guerre, délivre-nous Seigneur" imploraient les paysans du Moyen Âge... Ô Dieux de l'école... : de la peste pédagogique, de la famine de savoir et de la guerre menée à la culture, délivrez-nous donc !

Et laissez-nous exercer notre métier qui n'est pas "d'adapter la culture aux évolutions de la société et de la diversité des publics", mais d'adapter la société et les futurs citoyens à la culture. Ainsi que l'écrivait le philosophe Bachelard. Pour préserver notre civilité, pour préserver notre démocratie.

Michel Renard





la Société sera faite pour l'École

et non pas l'École pour la Société


- "Les sociétés modernes ne paraissent point avoir intégré la science dans la culture générale. On, s'enbachelard1 excuse en disant que la science est difficile et que les sciences se spécialisent. Mais plus une science est difficile, plus elle est éducatrice. Plus une science est spéciale, plus elle demande de concentration spirituelle ; plus grand aussi doit être le désintéressement qui l'anime. Le principe de la culture continuée est d'ailleurs à la base d'une culture scientifique moderne. C'est au savant moderne que convient, plus qu'à tout autre, l'austère conseil de Kipling. «Si tu peux voir s'écrouler soudain l'ouvrage de ta vie, et de remettre au travail, si tu peux souffrir, lutter, mourir sans murmurer, tu seras un homme mon fils.» Dans l'œuvre de la science seulement on peut aimer ce qu'on détruit, on peut continuer le passé en le niant, on peut vénérer son maître en le contredisant. Alors oui, l'École continue tout le long d'une vie. Une culture bloquée sur un temps scolaire est la négation même de la culture scientifique. Il n'y a de science que par une École permanente. C'est cette École que la science doit fonder. Alors les intérêts sociaux seront définitivement inversés : la Société sera faite pour l'École et non pas l'École pour la Société."

Gaston Bachelard, La formation de l'esprit scientifique,
Librairie philosophique Vrin, Paris, 1980, p. 252.
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- le site du "Café pédagogique" qui cite Christian Maroy

14 mai 2006

L'idéologie soixante-huitarde fait école (Rachel)

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Christian Bruel et Anne Bozellec, Les chatouilles,
Paris, éditions Etre, 1997





L'idéologie soixante-huitarde fait école

RACHEL


Un album pour enfants nous a été présenté, en cours de Français, en début d'année ; cet album s'appelleamphibatignolles Les chatouilles. Lorsqu'il a circulé dans la classe, cet album a suscité quelques réactions étonnées, voire choquées. Il semblait étrange à certains d'entre nous de voir représentés deux enfants dans des positions rappelant un peu trop des ébats amoureux d'adultes.
La formatrice a surpris nos réactions et a tenu à prendre le rôle de la femme libérée face à de pauvres stagiaires aliénés, enfermés dans de vieux préjugés. «Ce livre vous choque ? a-t-elle dit, nous l'aimons beaucoup. Les enfants aussi l'aiment beaucoup. Mais hélas, le corps est encore tabou à l'école.» Vous pouvez mesurer, d'après cette petite phrase, dans quelle sorte de discours je baigne depuis que je suis entrée en formation à l'IUFM.


Un nouveau moralisme
Mes parents étaient dans la mouvance soixante-huitarde (ils étaient à Paris lors des événements de mai) et j'ai croisé, toute mon enfance, des adultes des milieux dits «gauchistes». Cependant, j'ai eu peu de récits de la part des acteurs de cette période. Je n'en ai gardé que le souvenir d'une ambiance particulière, de certaines phrases ou attitudes-types, que je retrouve (caricaturées et perverties) chez les formateurs de l'IUFM. Ces derniers ne savent pas à quel point je les connais, à quel point leur discours me choque, non pas parce qu'il me surprend et m'est inconnu, non pas parce que je suis une vieille réactionnaire aliénée, mais parce que je connais trop bien, pour en avoir fait les frais personnellement, les effets de leur discours.

Lors de l'épreuve de l'oral professionnel du concours, j'ai eu à répondre à des questions portant sur la «libération de la femme et de l'enfant» (sic), sur la regrettable «infantilisation de la femme et de l'enfant» (sic) et sur le rôle de l'école dans ces graves questions. Pendant les trente minutes d'entretien, il me démangeait sans cesse de dire à la féministe intégriste, présidente du jury, qui m'asticotait, que je connaissais personnellement les douloureux effets d'une éducation cherchant à nier la différence sexuelle et qu'il était peut-être temps d'arrêter les dégâts. J'ai fini par «avouer» (pour m'en mordre les doigts aussitôt) que je me voyais mal, en tant qu'enseignante, interdire la poupée aux filles et les voitures aux garçons. J'ai alors dû me fâcher pour préciser que non, je ne croyais pas que la différence de comportement entre garçons et fille était d'«origine génétique». J'ai curieusement eu une bonne note à l'entretien. Peut-être est-ce ma colère qui me l'a value. Je serais la dernière à dénigrer l'activité intellectuelle, artistique et politique des années post-soixante-huit, mais, pour avoir fréquenté d'assez près certains acteurs du mouvement, je garde une dent contre certaines dérives (comme, par exemple, le refus de l'autorité qui va jusqu'au refus de la responsabilité), et je suis d'autant plus outrée de les retrouver dans les discours de mes formateurs. Ces gens sont dangereux. Pour les stagiaires dans un premier temps, pour les élèves dans un deuxième temps.


Un individu conforme
Il m'a semblé comprendre que le problème du discours de ces soi-disant libérateurs était de définir et d'appeler de leurs vœux, non pas la liberté et les conditions de la liberté, mais le profil type d'un individu conforme à leur idéal : l'individu doit être autonome et donc penser et agir d'une façon précise. Tous ceux qui pensent et agissent autrement, qui ne correspondent pas aux critères de l'individu autonome, sont à abattre, pourrait-on ajouter... On ne peut rêver plus autoritaire.
Les discours que j'entends à l'IUFM présentent les mêmes caractéristiques. Il ne s'agit pas, pour nos formateurs, de définir les contenus d'enseignement, l'ensemble des savoirs à transmettre et de réfléchir sur la meilleure façon de les transmettre, mais de définir l'élève-type, l'élève-idéal : il doit être «autonome», «acteur de ses apprentissages». Un élève libéré [qui n'est pas le bon élève appliqué qui demande des savoirs] est défini comme fut définie la femme libérée. On surveille donc, dans ce cadre, non pas ce que sait un élève, en lui laissant le secret des moyens par lesquels il s'approprie le savoir, mais ses démarches, ses attitudes, ses pensées.
«L'enfant doit être au centre du système éducatif». Je comprends cette expression de la façon suivante : s'acharner sur l'enfant, le dresser, le manipuler, jusqu'à ce que son comportement soit conforme à celui d'un enfant «autonome», «responsable», «acteur de ses apprentissages». «Mettre l'enfant au centre du système éducatif» semble n'avoir d'autre but que de le rendre le plus passif possible.

Le même autoritarisme s'exerce à l'égard des stagiaires : la formation a moins pour but de nous procurer des savoirs utiles à notre métier (contenus disciplinaires, didactique, psychologie de l'enfant, sociologie, histoire de l'institution, etc.) que de nous formater l'esprit jusqu'à ce que nous soyons conformes en opinions et attitudes au profil idéal du professeur des écoles. Nous devons croire à la «pédagogie scientifique», au socio-constructivisme, à la «pédagogie de projet», nous devons comprendre que nous ne sommes plus des transmetteurs de savoirs mais des animateurs de groupe-classe qui se bornent à aider les enfants à découvrir par eux-mêmes, à communiquer entre eux. Gare à celui qui met en doute les «démarches d'apprentissage» prescrites. Tous les stagiaires le savent : quand il nous a été demandé de nous «exprimer librement», le signal de la dissimulation a sonné. Chacun se tait sur ce qu'il pense et cherche à dire ce qu'on attend de lui.

Une mise en condition
Malgré une certaine résistance des stagiaires, la pédagogie moderne marque des points par le jargon. Les stagiaires reprennent, de plus en plus au cours de l'année, tous les termes de «projet», «acteurs dans l'apprentissage», «faire émerger les savoirs», «pédagogie de groupe», «pédagogie différenciée», «évaluation», «autonomie», «recueil de conceptions», etc. Je me suis, personnellement, rigoureusement interdit, tout au long de l'année, de reprendre le jargon. J'ai cherché à rester maître de mes propres paroles. Cela demande beaucoup de vigilance.

ferry_tete2Pour être des pédagogues parfaits, nous devrions non seulement reprendre le jargon pédagogiste et adhérer à l'idéologie socioconstructiviste, mais encore dénigrer l'école de Jules Ferry comme une monstruosité militariste et élitiste, cracher sur la Révolution française, soupçonner nos futurs collègues d'être des réactionnaires aigris et fumistes, considérer les parents d'élèves d'être des empêcheurs de tourner en rond et clamer haut et fort que nous nous sommes terriblement ennuyés à l'école et à la fac, où les «cours magistraux» ne nous ont rien appris. Un tel temps est consacré au matraquage idéologique que nous n'apprenons rien de substantiel. Nous arrivons en stage complètement démunis.
Je suis atterrée du niveau d'irresponsabilité des formateurs et des concepteurs de la formation qui osent envoyer dans les écoles des «professeurs des écoles» aussi peu formés sur le plan disciplinaire et pédagogique. Le dernier mois de l'année scolaire a révélé d'un coup tous les travers et dysfonctionnement graves de la formation. Certains en ont passablement souffert et sont maintenant assez en colère pour tenter quelque chose contre l'IUFM. La façon dont se déroule la formation mérite amplement d'alerter le public. Nous cherchons aussi le moyen d'avertir nos collègues de l'année suivante sur ce qui les attend, afin de leur éviter les dépressions et souffrances que trop d'entre nous ont connues.

Rachel, stagiaire à l'IUFM de Cergy
Novembre 2000

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- source de ce texte

14 mai 2006

L'imposture pédagogique - IV (Bernard Berthelot)

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La pédagogie moderne congédie les disciplines d'enseignement
au profit des savoir-faire et savoir-être



L'imposture pédagogique - IV

Le sacrifice des contenus

Bernard BERTHELOT


Daniel Hameline souligne à plusieurs reprises que "l'entrée dans la pédagogie par les objectifs n'est pas innocente". On ne peut qu'être d'accord avec cette affirmation ; il faudrait même dire qu'elle est lourde de conséquences, et que la plus importante est la mise en cause des contenus disciplinaires et des programmes d'enseignement, tels qu'ils sont traditionnellement conçus. D'Hainaut rappelle cette conception et indique pourquoi, selon lui, elle ne peut être maintenue :

- "Un programme est en principe une liste de matières à enseigner accompagnée "d'instructions méthodologiques" qui la justifient éventuellement et donnent des indications sur la méthode ou l'approche que ses auteurs jugent la plus pertinente pour enseigner ses matières".

De fait, cette idée d'un programme disposant des matières à enseigner ainsi que des indications méthodologiques pour chacune d'entre elles, articulant des disciplines d'enseignement dans un ensemble cohérent, disposant une configuration en évolution certes, mais cependant relativement stable, semble à bien des égards indissociable d'une perspective d'enseignement. Or, D'Hainaut lance, sans autre forme de procès :

- "Cette conception est périmée, dépassée, insatisfaisante d'un point de vue rationnel et inadéquate sur le plan pédagogique. Il faut lui substituer la notion de "programme pédagogique opérationnel" qui comprend non plus une liste de matières, mais une liste d'activités, de savoir-faire, de compétences, de savoir-être que les élèves devraient manifester au terme de l'enseignement projeté".

Ce passage est on ne peut plus clair : il congédie sans aucune justification, et avec la plus grande brutalité, les disciplines d'enseignement, en même temps que les savoirs qu'elles délivrent, pour leur substituer des savoir-faire et des savoir-être.

On peut observer qu'à chaque fois que l'on met en cause les programmes et les disciplines d'enseignement, c'est pour dévaloriser les savoirs au profit des savoir-faire et des savoir-être. Il y a là une constante : le reproche régulièrement adressé à l'enseignement dit "traditionnel" est de trop valoriser les savoirs par rapport aux savoir-faire, alors que les adeptes de cette prétendue modernité pédagogique, se bornant aux comportements observables, s'en tiennent pour l'essentiel aux savoir-faire et aux savoir-être. La "pédagogie par objectifs", en même temps qu'elle valorise une certaine "raison pragmatique", manifeste un notable mépris du savoir. Elle donne toute son acuité à l'antagonisme entre technique et culture.

Les "initiés" auront reconnu dans cette terminologie l'un des fleurons de la "pédagogie moderne", le fameux triptyque "savoirs/savoir-faire/savoir-être", recouvrant les domaines "cognitif/psychomoteur/affectif". Les programmes nouvellement rédigés, en particulier dans l'enseignement technique, le sont selon ces catégories. On parle alors de "référentiel", et ce terme correspond bien à ce que D'Hainaut appelait de ses voeux, à savoir "un programme d'objectifs opérationnels", ou comme il le dit encore, "un guide plus opératoire pour l'action pédagogique et son évaluation", dont beaucoup d'enseignants éprouveraient, selon lui, le besoin. On voit bien alors les termes de l'opposition, ainsi que leurs présupposés :

- centrer l'enseignement sur les contenus, c'est mettre au premier plan les savoirs, et partir de la question inaugurale : "quels savoirs transmettre ?" Cette question a la culture pour enjeu, et c'est dans la culture qu'elle peut trouver sa réponse. La question qui vient ensuite : "comment transmettre ces savoirs ?", appartient à la pédagogie comprise comme art.

- entrer dans la pédagogie par les objectifs, c'est bien, comme on l'a vu, procéder à un "renversement". C'est également procéder à une occultation. C'est, d'abord, ne plus se demander ce qui vaut d'être transmis pour ne plus regarder que ce qui donne l'assurance que l'on a transmis quelque chose ; c'est ne plus considérer que les effets pragmatiques de l'éducation. Ces effets, il faut les observer, et le béhaviorisme se tue à répéter que l'on ne peut observer que des comportements !

On se montrera d'autant plus satisfait qu'on aura pu prévoir par avance quels comportements doivent être observés au terme de la "séquence d'apprentissage". Ce serait là, en effet, un gage de "scientificité" et c'est l'un des grands principes de la technologie des objectifs : s'il s'avère qu'un comportement donné est produit conformément à un objectif donné, ou modifié conformément à cet objectif, on peut conclure à la réalité et à l'efficacité de l'action éducative.

Il va sans dire que, dans une telle perspective, la production des objectifs importe seule, ou dans le meilleur des cas, importe davantage que la considération des fins et qu'il n'est plus alors question de culture.

Il faut partir du principe que chaque enseignant est attaché à la discipline qu'il enseigne, et pénétré de sa valeur culturelle, être convaincu par ailleurs que toutes les disciplines enseignées dans un établissement scolaire font partie d'un héritage culturel qu'il importe de transmettre, que c'est là la responsabilité première de l'enseignant car il y va de sa responsabilité dans le processus d'humanisation au cours duquel l'homme éduque l'homme. Il doit être clair que l'humanité de l'homme ne saurait se réduire à des comportements : nous verrons que c'est tout le contraire. C'est en assimilant les savoirs constitués par les hommes qui l'ont précédé que l'homme peut être institué dans l'ordre de l'humanité. J'ai bien dit savoirs, et non pas savoir-faire, et encore moins savoir-être !

Et c'est sur ce point précis qu'il faut dénoncer la grande mystification des "sciences de l'éducation", de la "pédagogie par objectifs", et de ses autres avatars pédagogiques. Alors qu'elles prétendent centrer leur démarche sur les "apprenants", alors que l'enseignement dit "traditionnel" est accusé de se préoccuper essentiellement des savoirs à transmettre, au préjudice de l'apprenant, on se rend compte que la "pédagogie par objectifs" se soucie en réalité des "compétences" et "performances" que "l'apprenant" doit développer pour s'adapter à un état donné de société. Ce passage de V. & G. De Landsheere est exemplaire de la démarche :

- "Il est important d'enseigner les comportements, les façons de penser, de sentir et d'agir qui ont une valeur dans notre société et aident l'individu à en devenir un membre effectif. Quelles compétences exige-t-elle de ses membres ? Quelles sont, en particulier, ses caractéristiques en ce qui concerne la santé, la famille, les loisirs, le travail, la religion, et les affaires civiques ? La position est donc utilitariste, fonctionnelle. Elle est assortie d'une considération méthodologique visant à éviter le hiatus entre l'école et la vie. Autant que possible, l'enseignement devrait être planifié de façon que les étapes initiales de l'apprentissage soient franchies sous la direction de l'école, mais que cet apprentissage continue et soit renforcé en dehors de l'école".

Point de vue utilitariste : voilà donc la fameuse question "A quoi ça sert ?" Quelques remarques : de quelle "utilité" s'agit-il donc ? De celle de "l'apprenant", comme on le prétend le plus souvent, ou de la société ? On dira, sans doute, que c'est la même chose ? Y aurait-il donc, entre les deux, une harmonie préétablie, et de quelle société s'agit-il ? Pose-t-on seulement la question ? Prenons donc l'exemple d'une société esclavagiste, ou dans laquelle règne l'apartheid ! La fonction essentiellement adaptative attribuée à l'enseignement impose alors de former chacun à la fonction qu'il aura à remplir dans la société, pour son plus grand bien, cela va de soi, le maître à commander, l'esclave à obéir. C'est sans doute ce que l'on appelle "l'ouverture de l'école sur la vie" !

On dira peut-être que cette objection n'est pas de mise, que les sociétés dont il s'agit sont démocratiques, et que dans de telles sociétés, il s'agit de former des citoyens, et non pas des maîtres et des esclaves.

Si l'on se borne au passage cité, c'est loin d'être évident. Il y est certes question de "notre société", mais cette formulation, tirée de son contexte, désigne n'importe quelle société. En outre, un esclave est un "membre effectif" de la société dans laquelle il vit, à un certain rang et avec un certain statut, mais indispensable à son fonctionnement ! Enfin, la manière qu'ont les auteurs de parler de la "démocratie" prête, pour le moins, à discussion.

Selon eux, l'éducation ne serait qu'un fait de culture, au même titre d'ailleurs que les philosophies et les idéologies éducatives ; d'où cette idée que les fins éducatives ne se déduisent pas d'une vérité rationnelle et universelle de l'homme, mais des nécessités de l'action, de la contingence. On voit encore de quelle rationalité s'autorisent les "sciences de l'éducation". On voit bien que toute cette conception de l'éducation se fonde sur le "relativisme culturel", et qu'il y a, de ce point de vue, autant de valeurs et de normes éducatives que de sociétés, qu'il n'y a donc pas de vérité en matière d'éducation.

Ce relativisme, on le retrouve au sein d'une même société sous la forme du "pluralisme", constamment présupposé, comme s'il était indiscutable qu'une société démocratique soit "pluraliste" et "pragmatique", comme si l'on devait renoncer, sans discussion, à trouver une quelconque universalité dans les principes éducatifs. L'unanimité n'est jamais posée comme un possible produit de la raison, mais seulement comme un "accord spontané", que les sociétés traditionnelles réalisaient, mais que les sociétés modernes et démocratiques, pluralistes et pragmatiques, ne sauraient plus trouver. Ce qui caractérise de telles sociétés, selon V. & G. De Landsheere, notamment, c'est que "l'unanimité spontanée à propos des buts plus ou moins implicites de l'éducation disparaît."

Dans de telles "démocraties", il est donc nécessaire d'expliciter les buts de l'éducation, sous forme d'objectifs univoques, afin de les négocier, puisqu'aucun d'entre eux ne peut être fondé en raison. Faute de pouvoir s'entendre sur les fins et sur les valeurs de l'éducation, il resterait à clarifier les objectifs, et à les négocier. Tant qu'on est dans l'ordre des fins, on serait dans l'ordre de l'équivoque, du "philosophique", que l'on confond d'ailleurs allègrement avec l'idéologique. Il s'agirait alors de se raccrocher à la technologie des objectifs comme à une planche de salut, afin de trouver l'univocité et la transparence, de retrouver l'unité perdue.

livvdl2D'où un curieux paradoxe, que V. & G. De Landsheere ne sont pas, d'ailleurs sans remarquer : alors que les fins qu'il s'agit de réaliser, seraient plurielles et relatives, les techniques de production des objectifs seraient rigoureuses, et par suite exigeantes, voire tatillonnes dans la formalisation. La manière dont ils rendent compte de cette bizarrerie est elle-même plutôt "bizarre" :

- "La plupart des sciences passent par quatre stades : la magie, l'empirisme artisanal, le positivisme, et enfin, le relativisme".

L'on attend encore une esquisse d'argumentation ! Au lieu de quoi, les auteurs renchérissent ensuite sur ce relativisme mâtiné de positivisme, qui marquerait les "sciences de l'éducation" :

- "Actuellement, le relativisme pédagogique est atteint sur le plan philosophique, théorique, mais la pratique entre encore avec peine dans la forme positiviste".

On peut alors comprendre, sans approuver si peu que ce soit cette "explication", que, dans cet esprit, la "pédagogie par objectifs", qui est censée entrer dans la "phase positive", constitue un notable progrès par rapport à la "pédagogie traditionnelle", qui reste fixée au stade de "l'empirisme artisanal". A ce "progrès" correspondrait un autre progrès, théorique celui-là, qui consisterait dans le passage du dogmatisme au relativisme pédagogique.

Il n'était pas inutile de mettre en pleine lumière ces présupposés, dès lors qu'ils ont pour fonction de justifier une pédagogie "centrée sur l'apprenant". Daniel Hameline oppose, dans cette perspective, deux systèmes, l'un où l'apprenant est assujetti, l'autre où il est sujet de sa formation :

- "Le "sujet" peut être "l'assujetti" d'un système prédéterminé où il lui faut prendre la place assignée sans négocier son adhésion. Ce peut être aussi l'individu, en tant qu'il est l'initiateur de sa propre action, le "preneur" de sa propre formation : négociation, coopération, coproduction de ses connaissances et de ses compétences, des connaissances et des compétences d'autrui".

Et Hameline d'indiquer que la "pédagogie par objectifs", ou comme il le dit, "l'entrée par les objectifs", pose l'apprenant comme le "lieu" prioritaire de la transaction, parce que :

- "c'est lui qui intègre, c'est lui qui apprend, c'est lui qui se détermine. C'est donc autour de lui que se construit le dispositif".

Que l'on ne se méprenne pas ! Il n'est pas dans mes intentions de faire un éloge de la "pédagogie par objectifs". La citation doit simplement aider à comprendre comment on a pu se laisser abuser par ce type d'arguments, et comment une telle "pédagogie" exploite outrageusement les déboires et angoisses des enseignants.

Il n'est pas si facile de susciter l'intérêt des élèves. Il m'est arrivé, à moi aussi, comme à tout enseignant, de déplorer le manque d'intérêt de mes élèves pour la question abordée, ou pour le texte étudié. J'ai souvent souhaité qu'ils adoptent une attitude plus active, plus "participative", qu'ils s'investissent davantage, qu'ils contribuent par leurs questions, par leurs objections, leurs interventions, au progrès de la réflexion commune, et je n'ai jamais renoncé à obtenir ce surcroît de participation. Mais il m'est arrivé, dans les moments de découragement, dans ces moments où j'ai eu le sentiment d'imposer un cours, sans obtenir la moindre adhésion, de me demander si ce n'était pas faute d'en avoir explicité les objectifs et de les avoir négociés. Réaction de mauvaise conscience, fréquente chez les enseignants ("ai-je bien fait tout ce qu'il y avait à faire, ne suis-je pas entièrement responsable de l'échec ?"), qui contribue sans doute à expliquer le succès des modes pédagogiques les plus contestables, celles qui offrent des recettes, un prêt-à-penser pédagogique.

L'argument de Daniel Hameline ne peut donc être soutenu : il repose, encore une fois, sur une confusion entre "enseignement", et "formation", et encore le terme de "formation" doit-il être compris dans son sens le plus utilitaire. Si l'on demandait à l'enfant de négocier les enseignements qu'il désire recevoir, il est douteux qu'il choisisse ceux qui lui permettront de s'accomplir pleinement; sans doute opterait-il (et ses parents), pour ceux qu'il se représente comme les plus utiles. Qui ferait alors du Latin, du Grec, ou de la Philosophie ?

Cette "pédagogie" prétendument "centrée sur l'apprenant" suppose chez lui des capacités de choix, et un discernement que seul peut conférer l'enseignement en question. En réalité, l'argument invoqué ne vaut que comme alibi : une telle pédagogie se borne, en fait, à adapter l'individu aux besoins de la société. Le propos de Louis D'Hainaut, lorsqu'il se propose de préciser le résultat attendu de l'action éducative, est parfaitement clair :

- "On procédera à une analyse des rôles, des fonctions et des tâches que devra pouvoir remplir l'enseigné. Cette analyse s'accompagnera d'une recherche des situations dans lesquelles il devra jouer ces rôles, remplir ces fonctions et accomplir ces tâches. Il faudra également, à cette occasion, déterminer les attitudes nécessaires et souhaitables que devra pouvoir manifester l'enseigné et les valeurs qu'elles sous-tendent".

Et l'on ose parler d'une pédagogie centrée sur l'apprenant ! De même, lorsque V. & G. De Landsheere abordent cette question, ils citent Durkheim, et cette citation montre à quel point la pédagogie en question est centrée sur l'apprenant :

- "L'homme que l'éducation doit réaliser en nous, ce n'est pas l'homme abstrait, idéal, une perfection humaine vue à travers une philosophie éternelle, mais l'homme tel que la société veut qu'il soit et elle le veut tel que le réclame son économie intérieure".

Comment mieux dire qu'éduquer, c'est conditionner, et qu'au regard d'une telle entreprise, le béhaviorisme est la technique appropriée ? (...)

Bernard Berthelot

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14 mai 2006

L'imposture pédagogique - V (Bernard Berthelot)

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Pour apprendre l'anglais à Julie, il faut d'abord connaître l'anglais.
Énoncé insuportable pour la "modernité pédagogique"...!



L'imposture pédagogique - V

Un anti-humanisme désolant

Bernard BERTHELOT


La conséquence, on l'a vu, est une dévalorisation des savoirs au profit des savoir-faire et des savoir-être. Or, cette trilogie, véritable "tarte à la crème" des "sciences de l'éducation", est très contestable, de l'aveu même de Daniel Hameline, trop étroitement dépendante selon lui, d'une "coupure héritée de la vieille psychologie des facultés de l'âme" et reconduisant "honteusement" la distinction, marquée "au coin du bon sens" entre le "sentir", le "connaître" et le "faire".
Nous ne discuterons pas cette critique "Hamelinienne" de la trilogie, remarquant seulement qu'on pourrait lui adresser bien d'autres reproches, mais nous nous étonnerons de l'argument par lequel Hameline maintient ce que, par ailleurs, il dénonce-:

- "L'ensemble de la littérature sur les objectifs avalise cette trilogie. Je ne peux donc que la proposer à la sagacité critique du lecteur comme un instrument dont la médiocrité est insigne, dont la saturation idéologique est évidente, mais qui marche".

Autrement dit, plus c'est mauvais, mieux cela vaut, par l'unique raison que ça marche !! Voilà bien les misérables sophismes pragmatiques, et la misérable conception de la vérité à laquelle il nous est demandé d'adhérer : "est vrai ce qui marche" !

Quelques questions cependant : Est-ce que ça marche vraiment ? Comment ça marche ? Pourquoi ça marche ? Et peut-être surtout, pour qui ça marche ? Et enfin, la question de fond : peut-on sacrifier ainsi la vérité à l'efficacité, l'efficacité et l'utilité peuvent-elles reposer tout entières sur l'erreur ?

Le débat est très ancien : c'est celui des orateurs et des sophistes contre Socrate. Le discours d'Hameline,gorgias de D'Hainaut, des De Landsheere et consorts est le même que celui de Calliclès lorsqu'il recommande à Socrate de laisser de côté la philosophie, à savoir la recherche de la vérité, au profit de ce qui marche.

- "Crois moi, mon bon ami, renonce à tes arguties, cultive la belle science des affaires, exerce-toi à ce qui te donnera la réputation d'un habile homme. (...) Prends pour modèle les gens qui ont du bien, de la réputation, et mille autres avantages".

En matière d'enseignement, faut-il donc faire le choix de Calliclès, ou celui de Socrate ? Certes, dans tous ces ouvrages, aucun des adeptes de la "pédagogie par objectifs" ne se réfère à Platon. Certains, parfois, se réfèrent à Rousseau, mais ce qu'ils en disent ferait plutôt douter de leur connaissance de l'auteur. D'autres se risquent à citer Kant, en ignorant ou en feignant d'ignorer que la doctrine kantienne de l'éducation constitue la réfutation la plus cinglante de la démarche des objectifs.

Dans le Gorgias également, et à propos de la rhétorique, Platon réfute par avance, et radicalement, cette distinction oiseuse entre savoirs, savoir-faire, et savoir-être. A Gorgias qui prétendait qu'il ne fallait pas imputer à la rhétorique le mauvais usage qu'en faisaient certains orateurs, Socrate objecte ce principe général :

- "Celui qui a appris un art n'est-il pas tel que le fait la connaissance de cet art ? Celui qui a appris la charpenterie, est-il charpentier - ou non ? Celui qui a appris la musique n'est-il pas musicien ?"

Que faut-il donc apprendre ? La musique, ou être musicien ? Peut-on être musicien si l'on n'a pas appris la musique ? Apprendre la musique, cela ne confère-t-il pas nécessairement une capacité musicienne ? Autrement dit, peut-on "faire un musicien" autrement qu'en lui apprenant la musique, et à jouer d'un instrument, en agissant par exemple sur le "comportement" de l'individu, en modelant un hypothétique "être-musicien" ? Question certes saugrenue, mais qui en rappelle furieusement une autre, par laquelle quelques "pédagogues" inspirés prétendent montrer qu'éduquer n'est pas ce qu'on croit :



"Que faut-il connaître pour apprendre le latin à Paul" ?

La raison, ainsi que le plus solide bon sens, suggèrent qu'il faut impérativement connaître le latin et que c'est à cette condition qu'on peut l'enseigner à Paul, à Pierre, et à quiconque. Réponse irrecevable, pour les tenants de la modernité pédagogique ! Réponse renvoyée à une "pédagogie traditionnelle" dépassée, parce qu'axée sur les contenus et ignorante de la situation de Paul, de ses perspectives, de ses attentes, de ses difficultés etc..., de sorte que le latin, dans cette affaire, devient accessoire.

Et l'on ne se tirera pas d'embarras en concédant que la connaissance de Paul peut n'être pas tout-à-fait inutile. L'approche systémique, toute puissante en Amérique du Nord, et qui gouverne les "sciences de l'éducation", interdit que l'on aborde la question éducative avec une telle naïveté. La "théorie des systèmes" commande, au contraire que l'acte d'apprendre soit étudié comme "le sous-système enseigner-apprendre" d'un système plus vaste, ou d'une imbrication de systèmes faisant intervenir une foule d'acteurs, dont je citerai au hasard, et dans le désordre, le législateur, le ministre, les parents d'élèves et leurs associations, les pouvoirs économiques, les inspecteurs, la famille, les camarades, les syndicats... Je n'en ai pas fini de citer tous les acteurs censés intervenir dans le processus éducatif et dans l'acte d'enseigner le latin à Paul : je renvoie les intéressés à l'organigramme qui se trouve dans l'ouvrage d'Hameline déjà cité, p 61.

La théorie des systèmes raffole de ces organigrammes qui figurent les relations entre les éléments duthesenet281 système par des flèches en tous sens qui, outre qu'elles rendent les tableaux confus, dispensent de tout effort de conceptualisation à propos de ces relations, sous prétexte "qu'un bon schéma vaudrait mieux qu'un long discours". La multiplication des organigrammes, avec le type de formalisation qui les caractérisent, confère certes à ces ouvrages un petit air "scientifique" qui n'est pas fait pour déplaire aux adeptes de l'approche systémique et des prétendues "sciences de l'éducation". En outre, l'explicitation de ces relations requiert la participation d'un nombre important de spécialistes : du sociologue, du psychologue, du psychopédagogue, du socio-pédagogue, du statisticien..., bref de l'ensemble des disciplines censées contribuer à l'explicitation du sous-système enseigner-apprendre, et constituer les "sciences de l'éducation". Mais, bon sang, qui apprendra donc le latin à Paul ?

De quoi s'agit-il au fond ? Et vers quel type de réponse nous achemine, tout doucement, l'approche envisagée ? Il s'agit de prendre acte, notamment de l'état d'esprit de Paul, de sa "psychologie", afin de s'interroger sur le sens que pourrait avoir sa demande, ou son refus du latin, de considérer son milieu sociologique, afin de se pencher sur les influences qui s'exercent sur lui, à propos du latin. Aura-t-il besoin du latin ; ses parents ont-ils appris le latin ? Est-ce, comme le dit Brel, pour être pharmacien (parce que papa ne l'était pas), que le jeune Paul pourrait se retrouver sur les bancs de l'école, à ânonner les "rosa-rosa-rosae" ou, pour citer la même chanson, pour "apprendre dès son enfance tout ce qui ne lui servira pas" ? Est-ce donc à Paul d'en décider, ou faut-il le négocier avec lui ?

La réponse est plus simple, et le sociologue, ainsi que l'économiste, auront tôt fait de nous éclairer : Paul apprendra le latin s'il fait partie "des Jules et des Prosper qui f'ront la France de demain"; sinon quel besoin aurait-il donc d'apprendre le latin ? Soyons pragmatiques. Et comme il n'y a plus guère aujourd'hui de Jules et de Prosper, et que la "France de demain" est bien difficile à discerner, il n'y a plus besoin d'apprendre le latin ! Si la société de cette fin de siècle décide qu'il n'est plus utile d'apprendre le latin, cette discipline pourra disparaître des matières d'enseignement. Cette disparition sera d'autant plus indolore et discrète qu'on se sera accoutumé à ne plus se préoccuper des contenus disciplinaires, mais à "former utile". C'était bon pour Jules et pour Prosper d'apprendre le latin, le grec, la philosophie et l'histoire, d'apprendre les mathématiques pour autre chose que pour la vie quotidienne. Aujourd'hui, il faut être pragmatique, et ne plus perdre de temps au "loisir de penser".

Qui ne voit que tourner le dos au savoir et à la culture, que déclarer les "humanités" et l'humanisme qui en est inséparable, obsolètes, au nom d'une quelconque "culture technologique" censée les remplacer, c'est perdre quelque chose de l'homme, c'est perdre le sens de l'humain ?

Histoire fiction ? Perspective apocalyptique et irréaliste ? Comment la France, pays de grande tradition culturelle, pourrait-elle se laisser entraîner à de telles conceptions et à une telle politique scolaire, dans un tel oubli d'elle-même ? On se rassurera autant que l'on voudra, mais il faut dire que le processus est en marche, et que les perspectives évoquées et dénoncées ici, n'évoquent pas un avenir lointain et hypothétique, mais un avenir imminent et certain, si rien n'est fait pour l'empêcher !

Une conception authentiquement démocratique et humaniste de l'enseignement oblige à dire qu'il faut apprendre le latin à Paul, dès lors que ce travail et cette culture collaborent à une promotion de son être; ce n'est pas à l'école, ni à aucune autre instance extérieure de dire ce que Paul doit être, mais c'est à l'école que revient d'abord la tâche de donner à Paul les moyens d'être tout ce qu'il peut être, et c'est précisément ce qui s'appelle éduquer. C'est asservir un homme que d'intervenir directement sur son être, en usant de méthodes qui sont nécessairement des techniques de conditionnement. Les techniques d'apprentissage, fondées sur le béhaviorisme, dégradent l'enseignement en entreprise d'asservissement.

Les béhavioristes s'indignent, bien entendu, d'une telle accusation, même les plus virulents, même les plus sectaires. Mais il suffit de se pencher sur leurs conceptions éducatives, sur ce qu'ils préconisent en matière d'éducation, et sur leurs méthodes pour savoir à quoi s'en tenir sur leurs protestations indignées.

En premier lieu, les béhavioristes ne se sont jamais bornés à leurs études de psychologie expérimentale, skinnermais se sont toujours mêlés, et aujourd'hui plus que jamais, de réformer l'enseignement. Ainsi, Skinner (photo ci-contre), l'un des chefs de file du béhaviorisme contemporain et spécialiste de l'apprentissage, déclare sans ambages :

- "Ce que nous savons, à la lumière des travaux de laboratoire, des mécanismes de l'apprentissage, devrait nous pousser à nous attaquer aux réalités de la classe et à les changer radicalement. L'éducation scolaire est sans doute la branche la plus importante de la technologie scientifique. Elle influence profondément la vie de chacun. Nous ne pouvons plus tolérer que les conditions défavorables de fait fassent obstacle aux progrès extraordinaires aujourd'hui réalisables. Il faut changer la situation de fait".

C'est donc bien à l'enseignement que les béhavioristes entendent s'attaquer, et qu'ils se proposent de changer radicalement, au nom d'une technologie scientifique et des mécanismes de l'apprentissage. Or, Skinner, qui a étudié ces mécanismes chez l'animal, se propose, purement et simplement, de les appliquer à l'homme :

- "Les nouvelles méthodes visant à modeler le comportement et à le maintenir en vigueur représentent unfig_1 progrès considérable sur les procédés classiques en usage chez le dresseur d'animaux".

L'on pourrait certes s'indigner de trouver de tels propos dans un ouvrage consacré à l'enseignement, mais c'est Skinner qui s'étonne que l'on puisse mettre en cause cette manière de traiter l'enfant comme un animal. Il se défend en disant qu'il ne prétend pas qu'une chose vraie pour le pigeon le soit nécessairement pour l'homme. Il reconnaît qu'il y a d'énormes différences entre le comportement de l'homme et celui du pigeon, mais il justifie par ailleurs sa démarche en mettant l'accent sur des "éclairantes similitudes dans les mécanismes de base du comportement".

Il y a bien un antagonisme fondamental et irréductible entre une telle conception et une approche humaniste de l'éducation. Concédons même à Skinner qu'il y ait des similitudes dans les mécanismes de base du comportement, et que l'expérimentation sur les pigeons ou les rats de laboratoire permette de mettre en évidence d'intéressantes analogies, il reste que jamais l'éducation ne pourra s'analyser en termes de comportements. Jamais les questions posées par Skinner dans son livre, ne pourront être posées par un éducateur digne de ce nom, et qui sait ce qu'éduquer veut dire :

- "Quel comportement veut-on installer ? De quels renforcements dispose-t-on ? Quelles conduites déjà existantes sont utilisables pour amorcer un programme d'apprentissage progressif qui achemine, par approximations successives, à la forme finale de comportement souhaitée ? Comment faut-il programmer les renforcements pour entretenir le plus efficacement possible le comportement ?"

Et ici, il ne s'agit plus du dressage de l'animal, il ne s'agit plus de trouver "un champ d'application dans la production d'animaux dressés à des fins commerciales". Skinner dit, d'une part que ces méthodes ont été employées pour des démonstrations dont l'intérêt dépasse très largement le domaine spécialisé du psychologue de l'apprentissage, et il prétend qu'il n'est guère "difficile d'imaginer des contingences de renforcement complexes qui peuvent produire différentes formes de comportements sociaux".

Il affirme, d'autre part, que les questions qui ont été posées doivent l'être "lorsqu'on envisage le problèmeskinner de l'enfant abordant l'école primaire." La question n'est même pas de savoir si le conditionnement ainsi conçu peut être efficace, et si les connaissances acquises sur les processus de l'apprentissage, et qui découlent des recherches sur l'animal, "demeurent étonnamment applicables au sujet humain"; la question est de savoir si une telle démarche est légitime, s'il est humainement, et pas seulement techniquement, pertinent de poser la question de l'éducation en terme de comportement et de proposer de l'enseignement ce genre de définition, que Skinner n'hésite pas à donner :

- "Enseigner quelque chose, c'est inviter l'élève à s'engager dans de nouvelles formes de comportement, clairement définies, dans des occasions clairement définies elles aussi. Il ne suffit pas de savoir ce que nous voulons enseigner. Notre souci essentiel est que le comportement approprié se présente à coup sûr au bon moment, problème qui, dans une optique traditionnelle, relèverait de la motivation".

La perspective que Skinner déclare nouvelle, mais qui en réalité, remonte au début du siècle et aux premiers travaux béhavioristes, exclut radicalement toute référence aux contenus de conscience et donc aux désirs, aux motifs, aux raisons : le béhaviorisme interdit absolument d'ouvrir la fameuse "boîte noire", boîte de Pandore d'où risqueraient de s'échapper tous les faits de conscience, reliquats d'une subjectivité honnie ! Aussi faut-il impérativement traduire en comportements tout ce qui pourrait renvoyer à la conscience et à la subjectivité, directement ou indirectement, et Skinner compte pour cela sur la "science triomphante" qui doit permettre de substituer aux formulations traditionnelles cette perspective nouvelle :

- "la pensée humaine doit se définir en termes de comportements réels, qui méritent d'être traités pour eux-mêmes comme les objectifs concrets de l'éducation".

Il n'est pas étonnant alors que la pensée soit définie en termes de "comportements", de même que le langage ou la communication, ainsi d'ailleurs que les "traditionnelles" disciplines d'enseignement, telles que l'orthographe ou l'arithmétique.

skinner_1Enseigner l'orthographe, c'est simplement modeler des formes de comportement complexe.

Skinner soumet au même traitement l'histoire, la géographie, car, quelle que soit la discipline concernée, la définition qu'il donne de l'enseignement ne varie pas :

- "Il s'agit toujours de susciter des formes de comportements spécifiques et de les amener, par renforcement différentiel, sous contrôle de stimuli spécifiques".

On pensera peut-être que nous avons trop cité Skinner, que nous avons fait déjà trop de concessions en se plaçant sur ce terrain et en entrant dans cette perspective, alors qu'il aurait suffi de lui donner congé en la déclarant irrecevable. Certes, mais il est important de comprendre où la "pédagogie par objectifs" prend ses racines, ne serait-ce que pour ne pas se laisser mystifier par les justifications qu'elle avance. Certains enseignants peuvent être flattés de voir l'ancien "art d'instruire" transformé en une "science comportementale" : c'est sans doute plus impressionnant ! D'autres sont rebutés par une telle "métamorphose", mais ce n'est pas parfois sans une pointe de mauvaise conscience, qu'ils imputent à une incapacité de "s'adapter aux progrès de la science". Cet argument ne doit pas impressionner : cette "scientificité", dont les pédagogues "new age" se pavanent n'est rien d'autre qu'un bluff. Il ne faut pas se laisser entraîner sur le terrain des ratiocinations techniques dont ils se sont fait une spécialité, et qu'ils affublent d'une phraséologie pédante.

Tous ces ouvrages s'accordent sur la démarche, tous se réclament du béhaviorisme et de la science comportementale, tous admettent les mêmes présupposés, même s'ils peuvent diverger sur tel point de détail. On reprochera, par exemple, sa brutalité à Skinner dans l'exposé de ses intentions et dans sa dénonciation de la "pédagogie traditionnelle" ; autrement dit de vendre la mèche, alors qu'il serait nécessaire d'amortir le choc provoqué par ces "nouvelles recherches", afin de ne pas "faire perdre confiance dans le métier d'éducateur", qualifié démagogiquement comme "l'un des plus anciens et des plus difficiles de tous les temps". Mais il reste que s'il convient d'amortir ce choc, c'est pour "insérer en douceur la science comportementale dans la pratique scolaire traditionnelle".

Il est d'autant plus indispensable de remonter aux sources et de démasquer les présupposés de ces "sciences de l'éducation" qu'elles s'efforcent d'amadouer, de séduire un nouveau public, de recruter de nouveaux adeptes et de rallier les récalcitrants. Or, il faut le dire clairement : avec cette optique, il n'y a pas de compromis possible ! Faire de la pédagogie une "science comportementale", c'est se méprendre totalement sur la nature de l'homme, et de l'éducation. La "pédagogie par objectifs" est coupable d'un contresens majeur sur l'homme.

Certes, il y a en l'homme du "comportemental", c'est-à-dire du mécanique et de l'instinctif, et qu'il soit possible d'agir sur le mécanisme, de programmer à partir d'une séquence de stimuli une série de réponses, toutes les techniques totalitaires de conditionnement l'attestent. Ce serait cependant une erreur de réduire l'homme à ce qui lui est commun avec l'animal ; ce serait de plus une faute de faire de l'éducation une technique de conditionnement. Ce serait enfin le comble de l'hypocrisie que de commettre cette erreur et cette faute au nom de l'homme, et de la démocratie.

Décidément, on ne peut éduquer qu'en s'adressant à l'intelligence et à la raison de ceux que l'on éduque, en "formant leur jugement", c'est-à-dire en les instruisant, comme l'avait si bien vu Montaigne, et en leur permettant de bien juger de "la valeur des choses qu'ils auront à se donner pour fins", comme le disait Kant.

Il n'y a pas de compromis possible avec la "pédagogie par objectifs" et ces techniques comportementales, parce qu'il ne peut y avoir d'éducation qu'au delà du comportement, à tel point que je définirais volontiers l'éducation comme ce qui permet d'élever l'homme des comportements à la conduite.

Bernard Berthelot

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13 mai 2006

Ni Robien, ni Meirieu (Collectif "Sauver les Lettres")

19449
Contre les pédagogistes de gauche et contre les politiques de droite !
Faire notre métier : transmettre des connaissances.
photo : Xavier de Glowczewski, professeur d'Histoire-Géographie
au lycée Faidherbe à Lille (L'Express, 16 mai 2005)






Ni Robien, ni Meirieu

Collectif "Sauver les Lettres"


Résister,
c'est exiger des programmes nationaux proposant
des contenus consistants et sérieux (et non des pseudo-méthodes)



Des milliers d'enfants quittent aujourd'hui l'école primaire sans pouvoir lire pertinemment un texte simple. Des milliers de collégiens, en sortant de 3ème, ne savent toujours pas conjuguer complètement le moindre verbe, et de nombreux enfants intellectuellement déficients, qui voient fermer l'une après l'autre les classes spécialisées auxquelles ils ont pourtant droit, se trouvent catapultés dans des collèges où personne ne peut correctement s'occuper d'eux. Des milliers d'adolescents quittent le lycée sans pouvoir parler dix minutes avec un peu de goût et d'intelligence de Montaigne, de Flaubert ou de Boris Vian, et des milliers d'étudiantsmontaigne abandonnent leur cursus dès la première année, soit que leur manque de méthode et de bases culturelles se révèle soudain trop criant, soit que la nécessité de subvenir à leurs besoins matériels les empêche de poursuivre. Force est donc de constater que les politiques éducatives et économiques menées depuis une trentaine d'années se soldent pour ces dizaines de milliers de jeunes par un échec.

Les mesures et perspectives gouvernementales (socle commun, apprentissage à quatorze ans, réforme des ZEP à moyens constants, remplacements et bivalence des enseignants, suppression massive des postes aux concours du CAPES et de l'agrégation, loi sur les bienfaits du colonialisme) ne font qu'aggraver la situation en réduisant encore pour les élèves l'accès au savoir et la formation de l'esprit critique. Elles ignorent d'ailleurs toujours superbement la revendication étudiante d'une allocation qui compenserait l'insuffisance des revenus parentaux, et n'envisagent pas davantage la remise à un niveau décent des horaires disciplinaires au collège et au lycée.

Mais pourquoi donc ces horaires ont-ils baissé ? Sous des gouvernements classés à gauche (sous les ministères Allègre et Lang en particulier), et sous l'égide d'un certain Philippe Meirieu, soi-disant expert en "sciences de l'éducation", se sont mis en place divers dispositifs destinés à "enseigner autrement", et qui dans la pratique ont abouti à ces diminutions : les horaires des IDD au collège (itinéraires de découverte) et des TPE au lycée (travaux personnels encadrés) se sont en effet installés au détriment des disciplines, en particulier du français. IDD et TPE s'inscrivent ainsi dans la lignée d'une nouvelle pédagogie qui, toute ronflante de son jargon, a pour moteur un principe constructiviste que la loi Jospin de 1989 a officiellement enraciné dans l'école française : il s'agit pour l'élève de «construire lui-même son propre savoir», principe on ne peut plus inéquitable puisque, ne recevant plus explicitement à l'école les clés que d'autres reçoivent chez eux, les enfants les plus défavorisés par leur entourage culturel se trouvent les plus lésés.

En ce sens, ces "pédagogistes" (nom que l'on donne aux adversaires de la transmission explicite des connaissances) n'auront pas peu participé à la dégradation récente de l'école, et sont tout aussi coupables que le gouvernement de droite qu'ils s'empressent maintenant d'attaquer pour mieux faire oublier avec quel zèle ils lui ont préparé le terrain. Du reste, les anciens collaborateurs du ministère Allègre poursuivent de belles carrières dans le système éducatif.

Dans ses voeux pour l'année 2006, M. Meirieu, fidèle à sa ligne, demande d'ailleurs la suppression d'une heure de français et de mathématiques en seconde pour nourrir... les TPE. Toujours moins d'école à l'école, tel est décidément le sempiternel mot d'ordre. On ne saurait mieux favoriser la reproduction des inégalités sociales qu'en donnant ainsi toujours moins à tous, et en particulier à ceux qui ne peuvent compter que sur l'école ; on ne saurait mieux aider un ministre (que l'on prétend combattre !) à supprimer des postes ; on ne saurait mieux contribuer au système libéral qui, dans une continuité traversant imperturbablement les alternances, n'a de cesse de déléguer aux officines privées le soin d'instruire la jeunesse.

Ce désengagement public va se poursuivre par l'application de la LOLF, Loi Organique relative aux Lois de Finance co-signée en 2001 par MM. Chirac, Jospin et Fabius, votée par tous les groupes parlementaires sauf le PC, et dont la logique, dans le droit fil de l'AGCS, aboutit à livrer au secteur privé un grand nombre d'activités. Ainsi la santé et l'éducation, désormais comprises comme des «services» commerciaux, deviendront payantes et soumises à la concurrence. En même temps, ce qui restera "public" sera géré selon des critères managériaux favorisant la précarité des personnels, et par conséquent la réduction très sensible du nombre des professeurs comme de celui des options offertes aux élèves. La LOLF a en effet elle aussi pour objectif avoué de modifier «les pratiques pédagogiques», et son expérimentation de 2003 à 2005 dans les académies de Bordeaux et Rennes en a montré les méfaits : suppression de nombreuses sections parthenon_acrde latin, de grec et d'allemand, et dotation de certains établissements réduite de moitié quand ce ne sont pas des menaces de fermetures d'établissements entiers.

Alors oui, il nous faut résister, mais en refusant tout amalgame. S'opposer aux mesures de Robien, ce n'est pas cautionner les méthodes de lecture dérivées de la globale, qui ont fait la preuve de leur nocivité. Réprouver la précarité ou la bivalence des enseignants, ce n'est pas approuver les IDD ou les TPE. Ce n'est ni renoncer à l'histoire littéraire, ni se plier aveuglément au dogme de la séquence (méthode de montage du cours de français imposée par les programmes de 2002, et qui a laminé la grammaire de phrase, l'orthographe, la conjugaison). Résister, c'est exiger des programmes nationaux proposant des contenus consistants et sérieux (et non des pseudo-méthodes) ; c'est aussi exiger, pour toutes les disciplines, à la fois des moyens horaires décents et une liberté pédagogique réelle au service de ces programmes.

Collectif «Sauver les lettres»

- pour signer la pétition : cliquez ici


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