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une école dans les années 1960



C'est la "vieille école"

qui a effectué la démocratisation

sans baisse des exigences ni des connaissances

Michel DELORD



M. Sylvain Grandserre a écrit :

"Certains préfèrent les inventer, d'autres répéter ce qui a été fait et qui marchait si bien.... avec ceux qui y arrivaient !!! Comment peut-on avoir déjà oublié qu'au début des années 60, moins d'un jeune sur deux entrait au collège !"

M. S. Granserre, dites-moi si je me trompe mais vous semblez vouloir dire, sans le dire ce qui te permettra ensuite de dire que vous ne vouliez pas le dire , que l'école et les méthodes employées dans cette école étaient élitistes puisque elles ne permettaient , au début des années 60 qu" à moins d'un jeune sur deux d'entrer au collège".

Reprenons ( je peux donner les sources exactes ) :

"Au début des années 60, moins d'un jeune sur 2 entrait au collège".

On a heureusement les chiffres :
- pour l'année scolaire 60/61 : 46,4%
- pour l'année scolaire 61/62 : 47%
- pour l'année scolaire 62/63 : 55%

Donc, si il y a moins de 50% jusqu'en 1962, le cap des 50% est passé en 1962 sans baisse d'exigence des programmes.

Mais poursuivons, en 1969/70, donc avec des élèves qui ont commencé leur scolarité et leur CP en 1964 à l'époque ou 80% des élèves sortaient du CP en sachant lire et en connaissant les 4 opérations), ceux qui ont suivi les programmes et méthodes recommandées et en gros stables depuis 1880, le taux de scolarisation varie de 75% à 90% selon les départements.

Donc, on peut dire que c'est la "vieille école" et ses vielles méthodes qui ont effectué depuis les années 1900 où le passage en sixième était de l'ordre de moins de 10% (20 % en 1945) TOUTE la démocratisation de l'enseignement si ce mot a un sens, c'est-à-dire faire accéder à un niveau supérieur de connaissances une part croissante de la population, sans baisse des exigences ni des connaissances requises pour passer en sixième.
Ensuite, mais ces réformes sont préparées bien avant 68 sous l'influence des technocrates du régime, et notamment sous l'influence du mouvement Freinet (voir par exemple la part importante de ce mouvement dans la commission Rouchette), on assiste peut-être à une augmentation du taux de passages en sixième des élèves mais sur la base de deux facteurs qui n'existent pas auparavant :

a) la baisse des exigences :

1) en mathématiques avec les mathématiques modernes dont Prost, un des deux leaders principaux despr2262020957.08.lzzzzzzz reformes avec Louis Legrand, explique qu'il s'agit d'un allègement des programmes, mais que M. Prost trouve insuffisant (il doit être satisfait des programmes actuels) (Prost, Histoire de l'enseignement, T IV, p 174).

2) en français avec les conséquences de la commission Rouchette dont un des membres, Louis Legrand, explique qu'un des buts de la commission était "des propositions d'allégements sur le programme de grammaire qui, pratiquement, se voyait amputé du programme du CM2." (in Pour une politique démocratique de l'éducation, Louis Legrand, PUF ,1977. Chap. VIII - L'innovation sur les contenus et les méthodes : l'exemple du français à l'école élémentaire) [Louis Legrand persiste dans ses visées liquidatrices d'une école transmettant les savoirs : interview 1999 - MR].

cros4b) l'influence des gestionnaires qui sont affolés par "L'explosion scolaire" (titre du best seller de Louis Cros au début des années 60) dont ils pensent qu'elle va coûter très cher à cause du "baby boom" et de l'allongement de la scolarité. La solution est pour eux simple : s'il y a plus de liquide à faire passer dans un tuyau scolaire allongé, réduire les coûts signifie accélérer la circulation du liquide en supprimant les redoublements. Et ils sauront s'appuyer, pour réaliser cette volonté draconienne d'économie, sur divers mouvements pédagogiques qui leur apporteront la vaseline théorique pour faire passer leurs réformes.

Je n'insisterais pas non plus sur le fait que les expérimentations faites à l'époque montreront toutes que les "nouvelles pédagogies " non seulement aboutissent à une baisse de niveau mais de plus défavorisent les enfants des classes déjà défavorisées (si M. S. Grandserre veut des preuves et plus précisément des preuves données non par mon camp mais par les partisans des "nouvelles pédagogies", je peux les lui donner).
Vous avez une remarque , M. S. Grandserre ?

Michel Delord
20 novembre 2005

 

- 3 textes complètent ce sujet :

1) Note technique sur la massification, septembre 2004

2) Seuls 10% allaient au lycée, octobre 2003

3) Note à propos du texte de Gramsci sur la grammaire, décembre 2005

delordMichel Delord
Vice-président du GRIP
CA de la Société Mathématique de France
Board of advisors, Nonpartisan Education Review

 



- source de cet article : le forum de "Lire et écrire"

 

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