15557
Peste, famine et guerre :
la mort emporte les vivants dans une danse macabre

L'école est aujourd'hui menacée par la peste pédagogique,
par la famine de savoir et par la guerre menée à la culture...!





Des pédagogues, délivre-nous Seigneur !

Michel RENARD




Face à la montée en puissance de la curieuse alliance libérale-libertaire unissant les libéraux qui, dans le cadre du fédéralisme européen, souhaitent "marchandiser" le service public d'éducation, et les libertaires-pédagogues qui ont toujours vomi l'école de la culture et des savoirs au profit de leurs théories sur "l'épanouissement de l'enfant" et son "auto-apprentissage", il faut se montrer vigilant.

Les pédagogues et autres "formateurs", tous ceux qui ne travaillent plus à l'école mais pontifient du haut de chaires où l'on ne fait plus que parler de l'école, ont poussé des cris d'orfraie à l'automne. Le ministre annonçait l'abandon des méthodes de "lecture globale" et "semi-globale". Ils ont répliqué qu'elles n'existaient plus depuis longtemps. Pourquoi alors tout ce foin ?

Aujourd'hui, où le même ministre envisage de statuer sur la "bivalence" des professeurs... on ne les entend plus, les pédagogues...! Point de tribunes vengeresses dans les Cahiers pédagogiques ni sur le site du Café pédagogique... Évidemment, la "bivalence", ça leur plaît : un "enseignant" de moins en moins professeur et de plus en plus animateur... De moins en moins de savoir et de plus en plus de "savoir-faire" et de "savoir-être"... Ils baignent d'aise..., en se délectant des projets les plus menaçants pour l'école. Ainsi cette citation d'une étude d'un sociologue belge, Christian Maroy sur "les évolutions du travail enseignant en Europe" :

"(...) partout en Europe le métier change par la diffusion d'un nouveau modèle professionnel correspondant à la fois à des politiques éducatives et à des changements sociaux et culturels. «Le discours modernisateur qui sous-tend nombre de politiques éducatives pourrait donc être abruptement résumé de la façon suivante. Grâce à des établissements plus autonomes, développant des projets éducatifs portés par des enseignants engagés dans une dynamique collective, grâce à des enseignants pédagogues, réflexifs et centrés sur l'apprentissage de l'élève, grâce aussi à un cadrage institutionnel où l'État régule et évalue les unités d'enseignement décentralisées, l'école devrait pouvoir affronter les défis auxquels elle est confrontée. Elle devrait devenir simultanément plus juste et plus efficace». Ce nouveau modèle d'Ecole demande une évolution du métier d'enseignant".

Des enseignants engagés dans une dynamique collective...? Qu'est-ce que cela veut dire ? Des enseignants pédagogues...? Diable ! Centrés (sic) sur l'apprentissage de l'élève...? Re-diable ! "De la peste, de la faim et de la guerre, délivre-nous Seigneur" imploraient les paysans du Moyen Âge... Ô Dieux de l'école... : de la peste pédagogique, de la famine de savoir et de la guerre menée à la culture, délivrez-nous donc !

Et laissez-nous exercer notre métier qui n'est pas "d'adapter la culture aux évolutions de la société et de la diversité des publics", mais d'adapter la société et les futurs citoyens à la culture. Ainsi que l'écrivait le philosophe Bachelard. Pour préserver notre civilité, pour préserver notre démocratie.

Michel Renard





la Société sera faite pour l'École

et non pas l'École pour la Société


- "Les sociétés modernes ne paraissent point avoir intégré la science dans la culture générale. On, s'enbachelard1 excuse en disant que la science est difficile et que les sciences se spécialisent. Mais plus une science est difficile, plus elle est éducatrice. Plus une science est spéciale, plus elle demande de concentration spirituelle ; plus grand aussi doit être le désintéressement qui l'anime. Le principe de la culture continuée est d'ailleurs à la base d'une culture scientifique moderne. C'est au savant moderne que convient, plus qu'à tout autre, l'austère conseil de Kipling. «Si tu peux voir s'écrouler soudain l'ouvrage de ta vie, et de remettre au travail, si tu peux souffrir, lutter, mourir sans murmurer, tu seras un homme mon fils.» Dans l'œuvre de la science seulement on peut aimer ce qu'on détruit, on peut continuer le passé en le niant, on peut vénérer son maître en le contredisant. Alors oui, l'École continue tout le long d'une vie. Une culture bloquée sur un temps scolaire est la négation même de la culture scientifique. Il n'y a de science que par une École permanente. C'est cette École que la science doit fonder. Alors les intérêts sociaux seront définitivement inversés : la Société sera faite pour l'École et non pas l'École pour la Société."

Gaston Bachelard, La formation de l'esprit scientifique,
Librairie philosophique Vrin, Paris, 1980, p. 252.
2711611507.08.lzzzzzzz



- le site du "Café pédagogique" qui cite Christian Maroy