vendredi 12 mai 2006

Le niveau a baissé (Jean-Paul Brighelli)

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Mesure prioritaire : rétablir les horaires des matières fondamentales,
en particulier l'apprentissage du français


 


Le niveau a baissé

Jean-Paul BRIGHELLI

Jean-Paul Brighelli est Normalien, agrégé de lettres, auteur de nombreux ouvrages scolaires, essais,jean_paul_brighelli1 romans. Professeur de Lettres à Montpellier, il fait partie de l'association nationale "Sauver les lettres" - interview parue dans le Midi-Libre, le 26 novembre 2004.


- Faut-il défendre l'orthographe ?
- Bien sûr, parce que l'orthographe fait partie de notre patrimoine. Dire qu'elle n'a aucune importance, c'est priver ceux qui ont le moins accès à ce patrimoine de toute chance d'y parvenir. C'est couper un peuple de son Histoire, de sa mémoire !
Sous l'influence des nouveaux pédagogues et "didacticiens", l'école a renoncé à jouer son rôle d'intégration, à pallier les insuffisances sociales et familiales. Quand j'étais à Normale Sup', 5% des élèves étaient issus de milieux modestes, et c'était déjà bien peu. Aujourd'hui, moins de 0,5%. Nous sommes devant un monde d'héritiers. L'éducation ne favorise plus la promotion.

- Que reprochez-vous aux méthodes pédagogiques dominantes ?
- Au prétexte qu'il ne faudrait pas que les enseignants exercent de pouvoir sur les enfants, l'école a renoncé à toute pédagogie coercitive.
Ce qu'on fait à nos enfants, on ne le ferait pas à une bête. L'enfant, c'est "celui qui ne parle pas". Croire qu'il peut "produire" un texte spontanément sans avoir effectué les apprentissages de base de la langue est une imposture d'inspiration rousseauiste.
La gauche, en renonçant à combattre l'inégalité devant la langue, a détruit le système éducatif français qui était l'un des meilleurs du monde. Aujourd'hui le niveau a baissé dramatiquement et, dans les comparaisons internationales, nous sommes devenu un pays de 15ème ordre. L'explosion de l'édition parascolaire se nourrit des ratés du système scolaire, entretenant l'angoisse chez les élèves et les parents.
Un modèle, c'est ce que l'on peut casser pour être libre. Encore faut-il apprendre à le dominer. Sinon, on se résigne à ne pas former des citoyens mais des consommateurs dont une bonne partie du cerveau restera disponible pour Coca Cola, comme dit le pédégé de TF1.

- Comment sortir de cette situation ?
- Il faut organiser des états généraux de l'école, hors des circuits hiérarchiques ou syndicaux, parce que les enseignants, lorsqu'ils sont encadrés, sont souvent tentés par le conformisme. Loin des rapports officiels lénifiants, on entendra alors la vraie parole des enseignants. L'une des mesures prioritaires serait de rétablir les horaires des matières fondamentales, en particulier l'apprentissage du français. Et il faut se préparer au départ à la retraite de 150 000 enseignants.

- Et la dictée de Pivot ?
- C'est l'exhibition annuelle d'une espèce en voie de disparition, le bon élève. Le téléspectateur applaudit d'autant plus volontiers à ces jeux du cirque qu'il est déjà coupé de sa propre langue.

Propos recueillis par Gérard Dupuis.

- collectif Sauver les Lettres :
http://www.sauv.net/midilibre20041126.php


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- La fabrique du crétin. La mort programmée de l'école, Jean-Paul Brighelli, éd. Jean-Claude Gawsewitch, 2005.

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Cinq objectifs pour l'enseignement des Lettres en France

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magasin de bibliothèque à Nice




Cinq objectifs pour l'enseignement

des Lettres

en France dans une perspective européenne


La tribune ci-dessous, élaborée par L'APL et l'APFLA-prépa en décembre 2004, puis signée par sept personnalités, chacune éminente en son domaine, a paru dans Le Monde daté du dimanche 4 septembre 2005*.

Roger Balian est physicien, membre de l'Institut.

Lucien Israël est professeur émérite de cancérologie, membre de l'Institut.

Laurent Lafforgue est mathématicien, médaille Fields 2002.

Marc Philonenko est philosophe, membre de l'Institut.

Éric Rohmer est cinéaste.

Jacqueline de Romilly est helléniste et romancière, membre de l'Académie française.

Jean Tulard est historien, membre de l'Institut.

 

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grammaire grecque, 1798


L'enseignement du français et des langues anciennes en France est à la dérive : contrairement à ce qu'on entend dire, ce n'est pas l'époque qui est en cause, ni la société, encore moins les élèves, mais la volonté de toutes sortes de décideurs, y compris de nombreux professeurs, depuis plus de trente ans. On retiendra avec une attention particulière les méfaits de ceux qui se réclament des «sciences de l'éducation», vecteurs de l'idéologie de «l'élève au cœur du système», ainsi que la mainmise sur les programmes exercée par une coterie de spécialistes cooptés et que relaient certains fonctionnaires d'autorité, à tous les niveaux de la hiérarchie : ensemble ils ont favorisé, au détriment de l'intérêt de nos élèves et de leur désir d'apprendre, des méthodes formalistes asséchantes et propres à dénaturer l'enseignement des lettres.

Ces élèves, au lieu de recevoir de l'école la formation solide à laquelle ils ont tous droit, ne serait-ce que pour s'assumer pleinement comme citoyens éclairés et libres, passent en majorité le baccalauréat bien souvent sans maîtriser leur langue maternelle, sans disposer des repères chronologiques et culturels sur lesquels se fonde l'esprit critique.

Ainsi l'école se déconsidère et laisse chez de nombreux élèves le souvenir d'une frustration pour n'avoir pas su les révéler à eux-mêmes, tandis que les décideurs ne cessent d'atermoyer en repoussant de cycle en cycle les exigences normalement requises à un niveau déterminé : on reporte ce qui relevait de l'enseignement primaire au collège et ainsi de suite jusqu'à l'Université, non sans encombrer les esprits de notions prématurément complexes.

Il est grand temps de renouer avec l'ambition, surtout lorsqu'il s'agit d'une discipline aussi fondamentale et dont la dérive coûte et coûtera cher, non seulement à l'institution, mais à notre pays.

De ces constats découlent cinq objectifs :

1. Apprendre à lire, à écrire et à parler correctement : il faut restaurer l'enseignement de la grammaire et de l'orthographe dès le cours préparatoire, et prendre appui sur l'étude, dès la classe de sixième, de la langue latine, qui présente en outre l'avantage de préparer à l'apprentissage de la plupart des langues européennes ; il est urgent à cette fin de revoir les horaires de français à la hausse.

2. Développer systématiquement la mémoire, former à la logique et au raisonnement, par des exercices appropriés quelle que soit l'activité abordée ; pour la logique et le raisonnement, la dissertation constitue un exercice irremplaçable au lycée ; tout cela suppose une éducation à l'effort.

3. Faire découvrir la littérature française dès l'école primaire dans les textes littéraires soigneusement programmés, sans exclure aucune époque du Moyen Age au XXIème siècle : c'est dans et par l'épreuve de la rencontre avec le texte littéraire que se forme la personne ; aussi l'étude d'un texte, orientée vers la construction d'un sens, ne saurait-elle se réduire à des procédures de classement et de description.

4. Situer les œuvres dans leur temps, de l'école primaire à la terminale : sans repères historiques, il est impossible de juger et de comprendre exactement toute production écrite.

5. Diffuser largement les littératures et les civilisations grecques et latines à travers les textes lus dans leurs langues respectives ; en Europe, une école démocratique, c'est-à-dire émancipatrice, se doit de n'en priver a priori aucun futur citoyen ; après l'initiation au latin en sixième, une option «grec» sera offerte en quatrième puis aux lycéens, notamment ceux d'une série L résolument renforcée, le latin y étant rendu obligatoire.

Tout discours sur l'école démocratique n'a de sens que s'il se fonde sur le respect de l'élève, sur la confiance en ses capacités. Sans cette attitude humaniste l'enseignement des lettres aboutirait à un sinistre gâchis. Cinq objectifs lui sont proposés, de quoi créer une dynamique vitale pour notre pays aujourd'hui.

* Le Monde a publié ce texte sous le titre «Enseigner les lettres dans une perspective européenne», ce sans nous avoir consultés.

- Association des Professeurs de Lettres :
http://www.aplettres.org/

 

Roger Balian est physicien, membre de l'Institut (académie des sciences).

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Lucien Israël est professeur émérite de cancérologie, membre de l'Institut.

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Laurent Lafforgue est mathématicien, médaille Fields 2002.

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Marc Philonenko est philosophe, membre de l'Institut.

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Éric Rohmer est cinéaste.




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Jacqueline de Romilly est helléniste et romancière, membre de l'Académie française.





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Peut-on encore "Sauver les Lettres" ? (Elisabeth Seillier Hosotte)

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le monde d'Aldous Huxley est déjà là...


Peut-on encore "Sauver les Lettres" ?


Malheureusement, le cri d'alarme lancé par la Présidente du CNGA dans son éditorial de rentrée intitulé "La seconde mort du français" n'était pas cri isolé. En septembre 2001 également, les éditions Textuel, dans leur collection "Conversation pour demain", ont publié un entretien de Philippe Petit, le directeur de la collection, avec des professeurs membres du collectif "Sauver les Lettres". L'ouvrage s'intitule également Sauver les Lettres, il est sous titré "Des professeurs accusent".

Car il y a péril, et beaucoup d'entre nous s'en doutent depuis longtemps : ceux qui s'inquiètent, par exemple, de la place de plus en plus importante qu'occupent dans les manuels de français et dans les sujets d'examens articles de journaux, témoignages, autant de "documents" qui ne sont littéraires ni par le fond, ni par le forme ; ceux qui s'étonnent de l'obligation faite aux professeurs de Lettres d'analyser des images, des films, comme si la littérature ne pouvait constituer à elle seule un objet d'étude suffisant ; ceux que continue de laisser perplexes le premier sujet du baccalauréat de français, notoirement présenté, quand il fut introduit, comme destiné aux élèves non littéraires et censé les intéresser davantage, par les problèmesbalzac3sm "sociétaux" qu'il posait, que le récit des premiers pas d'un héros balzacien dans le Paris, bien trop éloigné d'eux, de la première moitié du XIXe siècle �

Et que dire de la nouvelle épreuve de français du baccalauréat dont les "annales zéro" nous sont parvenues alors que le premier trimestre de cette année scolaire était bien entamé ? Le genre romanesque y semble peu en faveur ; en revanche, le "biographique" continue d�être à la mode, ainsi que les notions de "convaincre, persuader, délibérer", associées de manière récurrente aux "objets d'étude" que sont "poésie" et "théâtre". Est-on en droit de se demander pourquoi deux aspects de la littérature, l'écriture de soi, confidence, lyrisme, ou l'exercice rhétorique de la persuasion  semblent devenus des objets d'enseignement privilégiés ? Est-ce mauvaise foi que de soupçonner, à l'heure où "c'est mon choix" et "débat citoyen" sont de rigueur, une instrumentalisation de l'enseignement de la littérature ? Il est vrai que l'Avertissement placé en tête des "annales zéro" précise que "les sujets proposés (�) ne constituent pas une liste fermée de ( �) possibilités", mais �

 

Dans leur premier chapitre, "La prise du pouvoir des ultraréformistes et des ultrapédagogistes", les auteurs de Sauver les Lettres expliquent comment, par un mélange de générosité naïve, de culte de l'immédiat et de la facilité, voire de haine à l'égard d'une discipline considérée comme apanage de privilégiés, on a presque réduit à néant l'enseignement des Lettres, devenu apprentissage d'un "savoir communiquer". La démonstration paraît, hélas, difficilement réfutable aux professeurs de Lettres qui ont vu passer quelques réformes et ont lu leurs documents d'accompagnement. Mais le pire est sans doute à venir : on a, en effet, tout lieu de craindre que la seule mission désormais assignée à l'enseignement de la littérature soit de contribuer à cette formation du "citoyen" qui semble aujourd'hui la première tâche de l'Ecole.

En page 75, l'ouvrage cite un passage du dernier rapport du jury de CAPES , lequel félicite une candidate d'avoir, en expliquant La Cigale et la Fourmi, "privilégié la dimension axiologique (�) pour construire son étude à partir d'une triple dimension de la citoyenneté" � La même fable, associée à deux autres, de Anouilh et de Svevo, est du reste proposée par les "annales zéro" des séries technologiques (p.17-18) dans un "corpus" destiné à faire étudier par le candidat "convaincre, persuader et délibérer". L'anecdote peut ici résumer ce qu'argumente, de façon malheureusement convaincante, Sauver les Lettres : le rôle du professeur de Lettres risque fort, si nous ne réagissons pas de toute urgence, de devenirmeilleurdesmondes contribution à la fabrication de citoyens ressemblant à ceux du Meilleur des Mondes imaginé par Huxley, dociles consommateurs dans une société sans violence, parce que sans contestation ni esprit critique.

Sauver les Lettres s'adresse donc à tous les professeurs de Lettres que préoccupe l'avenir de leur discipline, mais aussi à leurs collègues, car, outre la littérature, c'est la Philosophie, c'est l'Histoire qui sont menacées d'être mises au service d'une idéologie dominante. De plus, comme l'ouvrage envisage, comme il se doit, l'enseignement des Lettres en relation avec le public scolaire, avec le fonctionnement de l'école et ses rapports avec la société, sa lecture intéressera non seulement tous les professeurs, quelle que soit la discipline qu'ils enseignent, mais aussi les parents, et plus largement tous ceux qui se soucient de la formation des enfants et des adolescents, c'est-à-dire de la France de demain .

D'autant qu'en une remarquable postface, Danielle Sallenave, rassemblant les éléments exposés par Sauver les Lettres, met magistralement en lumière comment l'Ecole de ces deux ou trois dernières décennies a préparé, accompagné, justifié la société que nous construit, avec la complicité plus ou moins consciente des politiques et le soutien actif des médias, la "barbarie douce" du nouvel ordre économique mondial .

Elisabeth Seillier Hosotte

source de ce texte : cnga

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Éditions Textuel, 2001
Collection "Conversations pour demain", N°20.

Sauver les lettres
Des professeurs accusent

Sauver les lettres, le collectif
Entretien avec Philippe Petit
Postface de Danièle Sallenave

Genre : Education
144 pages, 95 F/14, 48 euros
Broché, format : 113 x 210 mm
ISBN : 2-84597-029-3

 

Présentation de l'éditeur
Face à la montée de l'illettrisme et au dénigrement de l'enseignement des lettres dans le secondaire, la parole est donnée aux enseignants de terrain. Dans cet entretien, à partir de leur expérience quotidienne, des professeurs du secondaire veulent montrer précisément à tous en quoi les querelles sur les méthodes d'enseignement et les contenus des programmes de français recèlent des enjeux fodamentaux, philosophiques et politiques.

Quatrième de couverture
Confronté à la montée de l'illettrisme, dévoyé en «discipline carrefour» par les dernières réformes, l'enseignement des lettres dans le secondaire est à la croisée des chemins. Trente ans de réformes ont fait qu'une dictée du nouveau brevet des collèges 2000 ne compte plus que 60 mots et qu'il s'en est fallu de peu que la dissertation ne soit remplacée par une rédaction au baccalauréat.

Dans cet entretien, à partir de leur expérience quotidienne, des professeurs du secondaire veulent montrer précisément à tous en quoi tes querelles sur les méthodes d'enseignement et les contenus des programmes de français recèlent des enjeux fondamentaux, philosophiques et politiques.


 

 

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Le Collectif "Sauver les Lettres"


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le film Être et avoir (2002)


Le Collectif "Sauver les Lettres"


"Sauver Les Lettres", collectif de professeurs d'abord en révolte contre la réforme Allègre, a depuis mars 2000 combattu les politiques Lang, Ferry et Fillon qui n'ont fait que la prolonger.

Ce collectif refuse la disparition de l'éveil à la pensée critique, et en particulier celle de l'étude des lettres comme discipline à part entière.
Dans le même sens, il combat plus globalement la dérive de l'enseignement induite par un constructivisme dominateur, pédagogie érigée en dogme par la loi Jospin de 1989, qui laisse à l'élève le soin d'"acquérir un savoir... par sa propre activité". Relayée par le libéralisme contemporain, cette dérive aboutit à la dégradation des programmes, à la réduction instrumentale des matières enseignées ou à leur éradication en tant que disciplines, autant de régressions qui dénaturent la mission de l'école et contre lesquelles "Sauver Les Lettres" réclame une véritable instruction émancipatrice pour tous.
Enfin, à l'opposé des politiques qui s'inscrivent depuis le ministère Allègre dans un même projet de commercialisation de l'Éducation (projet conforme aux directives de la Commission de Bruxelles et donc aux préconisations de l'OCDE), "Sauver Les Lettres" lutte pour l'organisation d'un enseignement public et laïque de qualité sur l'ensemble du territoire.

 

- pour en savoir plus : le collectif "Sauver les Lettres"


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