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Communiqué de presse du 30 novembre 2006

Un rapport qui redonne espoir


Le collectif Sauver les lettres a pris connaissance avec satisfaction du rapport d’Alain Bentolila (http://media.education.gouv.fr/file/68/3/3683.pdf) et des mesures qu’il préconise pour l'apprentissage de la grammaire, mais il doute de sa mise en oeuvre dans la situation politique actuelle.

Couverture de la 13e édition (1993)

Les propositions du linguiste ont le mérite de rappeler que le français est une discipline réclamant un enseignement à part entière, structuré, soumis aux exigences de la logique interne de la langue. Sa maîtrise ne saurait se satisfaire la "pratique transversale de la langue" (qui suppose que toutes les matières concourent à l'apprentissage du français). Cette pseudo-trouvaille pédagogique, constamment invoquée dans les nouveaux programmes de l'école primaire, ne fait que dissimuler la réduction des horaires consacrés spécifiquement au français. Les théories hasardeuses d’immersion sans apprentissage, ou d’observation sans mémorisation raisonnée, progressivement imposées depuis plus de vingt ans, ont conduit en effet au naufrage que les professeurs constatent lors des évaluations de début de sixième (http://www.sauv.net/eval2005redac.php).

Sauver les lettres salue également la proposition d’"une progression rigoureuse, allant du simple au complexe et du fréquent au rare", qui exclut de fait la pratique catastrophique du " décloisonnement " exigée par les programmes du collège. Actuellement, les apprentissages de grammaire sont en effet soumis au hasard de leur apparition dans les textes, ce qui conduit les élèves à un émiettement des connaissances grammaticales et à des lacunes les mettant dans l’incapacité de former correctement des phrases complexes et de formuler ou comprendre une pensée fine.

Enfin, la priorité accordée à la "grammaire de phrase", analysant les différentes composantes de la phrase indispensables à une bonne compréhension, évacue salutairement la "grammaire de texte", jargonnante et privilégiant des notions universitaires intéressantes mais inaccessibles et nuisibles dans l’enseignement scolaire. Le rapport souligne à juste titre qu’elle "pervertit la relation naturelle au texte et rend chaotique l’étude du système grammatical".

Sauver les lettres rappelle que la connaissance de la grammaire permet l’expression fine et structurée des sentiments et de la pensée, par le recul critique sur les énoncés auquel elle donne accès, et participe à ce titre à la formation d’une pensée libre et créatrice, que l’école doit donner aux élèves. Le rapport le dit bien : "une langue qui se priverait du pouvoir de la grammaire livrerait (…) ses énoncés aux interprétations banales et consensuelles fondées sur l’évidence, la routine et le statu quo. La grammaire apparaît ainsi libératrice alors qu’on la dit contraignante."

Cependant, la demande indispensable du rapport de laisser "toute sa place à l'observation, la manipulation et la réflexion", ne saurait être satisfaite sans un horaire suffisant. Sauver les lettres rappelle que les horaires de français n’ont cessé de se réduire depuis trente ans : actuellement, un lycéen entrant en

Seconde a reçu 800 heures de français de moins que son homologue de 1976, et a le niveau que ce dernier avait en milieu de Cinquième (http://www.sauv.net/horaires.php). Le déficit des élèves en français tient à l’abandon d’un apprentissage sérieux de la grammaire et aux désastreuses méthodes constructivistes mises en œuvre, mais aussi au déficit irrémédiable d’heures de manipulation de la langue.

La balle est donc dans le camp des politiques : sans le rétablissement d’un horaire conséquent de français à l’école primaire et au collège, sans l’abandon de l’audit sur les collèges (http://lesrapports.ladocumentat ionfrancaise.fr/BRP/064000774/0000.pdf), dont la logique scandaleusement comptable préconise une baisse supplémentaire de l’horaire des apprentissages fondamentaux, le rapport d’Alain Bentolila restera malheureusement lettre morte.

Collectif Sauver les lettres.




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