jeudi 26 octobre 2006

Ces rebelles à l'assaut de la forteresse éducation

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Ces rebelles


à l'assaut de la forteresse éducation

Marie-Estelle PECH


 

Le Figaro, 20 octobre 2006

Depuis deux ou trois ans, grâce à leur militantisme acharné et leur présence grandissante dans les médias, des associations pèsent de plus en plus lourd dans le débat éducatif.

SOS ÉDUCATION, Sauver les lettres, Sauver les maths, Laurent Lafforgue, Jean-Claude Brighelli, Marc Le Bris ou Rachel Boutonnet.... Depuis deux ou trois ans, des collectifs et des personnalités s'invitent dans le débat politique sur l'éducation, rompant le tête-à-tête entre ministre et syndicats. Tous ne défendent pas les mêmes thèses et ne proposent pas les mêmes solutions mais ils se retrouvent sur l'essentiel : un constat catastrophique sur l'état de l'enseignement en France.

À l'image de Fanny Capel, jeune agrégée et membre de Sauver les lettres, une association d'environ 400 professeurs, tous dénoncent l'impact de «certains dogmes pédagogiques» sur la formation des maîtres. «Des dogmes aussi absurdes que dangereux qui empêchent les professeurs d'exercer leur métier librement, dit-elle, et qui interdisent aux élèves d'apprendre quoi que ce soit de manière solide.»

De même, tous déplorent le «piètre niveau» auquel sont amenés les bacheliers, responsable de l'échec de 40 % d'entre eux en premier cycle universitaire. Sauver les lettres, comme SOS Éducation, stigmatisent un « égalitarisme forcené » qui, sous prétexte d'offrir à tous une «prétendue réussite», a nivelé les diplômes par le bas, banni les redoublements, uniformisé le cursus de tous élèves, et induit une «hétérogénéité ingérable» des classes.

Ils sont aussi d'accord pour réclamer un «retour aux fondamentaux», chers à l'actuel ministre de l'Éducation nationale, notamment à l'école primaire. Laurent Lafforgue en est un fervent défenseur. Ce mathématicien de renom, lauréat de la médaille Fields, s'est fait connaître du grand public l'an dernier, après avoir comparé les « experts et syndicats de l'éducation nationale » à des «khmers rouges» ! Un affront qui lui a valu d'être écarté du Haut Conseil de l'éducation, chargé de réformer les programmes. Pour lui, le système éducatif public est en voie de «destruction totale» à cause de politiques imposées par «l'ensemble de la Nomenklatura de l'Éducation nationale».

 

Les pédagogues au banc des accusés
Signataire d'un récent appel pour «la refondation de l'école» aux côtés de Rachel Boutonnet, l'institutrice qui prône le retour de la méthode syllabique dans des essais à succès, et de Jean-Claude Brighelli, Lafforgue court aujourd'hui les colloques sur l'éducation. Récemment, lors d'une réunion organisée par l'association Famille, école, éducation, il s'est employé à dénoncer la déstructuration des enseignements à l'école primaire et ses répercussions dans le secondaire et le supérieur. Pour le mathématicien, «on peut résumer une bonne partie des maux actuels en disant qu'on a voulu proscrire tout enseignement explicite, qualifié de dogmatique, et le remplacer par un esprit qui se prétend d'expérimentation et de découverte personnelle ». Ainsi, «là où les anciens programmes du primaire demandaient d'apprendre des conjugaisons, les nouveaux invitent à observer les variations de la forme verbale...» Les pédagogues, toujours et encore, au banc des accusés.
Sur les solutions, l'unanimité vole en éclat. SOS Éducation «apprécie» Sauver les lettres, mais cette dernière ne le lui rend pas. Elle souhaite se démarquer de «présupposés idéologiques» qui ne sont pas les siens.

Sauver les lettres croit en une école républicaine forte, capable de transmettre à tous les élèves qui lui sont confiés, «quelles que soient leurs origines sociale, confessionnelle, culturelle, un patrimoine commun de connaissances à la portée universelle, véritable ciment de la Nation». Les militants de SOS Éducation seraient, pour Fanny Capel, des ultralibéraux qui veulent étendre «abusivement à tous les domaines de l'activité humaine le concept d'ailleurs dévoyé de liberté...»

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mardi 24 octobre 2006

Réponse au SGEN (Michel Renard)


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Réponse au SGEN

Michel RENARD


* en réaction à la tribune libre publiée dans Libération, le 23 octobre 2006

Le SGEN se réveille quand un ministre s'en prend aux idéologies que ce syndicat n'a cessé de soutenir au mépris des constats sans cesse plus accablants sur la faillite actuelle de l'école. Mais que n'a-t-il protesté contre la "mise au pas" ou la "conformation" quand les ministres successifs, de droite comme de gauche (à l'exception de J.-P. Chevènement), ont fait droit aux inepties du lobby pédagogiste et des prétendues "sciences de l'éducation"…?

Jean-Luc Villeneuve reproche au ministre d'ignorer les "travaux des chercheurs". Mais quels travaux de "chercheurs" sont-ils capables d'expliquer comment on réussissait à apprendre à lire aux enfants des milieux populaires, ouvriers et paysans, concentrés dans des classes de 40 élèves, jusque dans les années 1960-70, alors qu'aujourd'hui on prétexte fallacieusement de "réalités socio-économiques, (de) difficultés culturelles, sociales, territoriales" pour tenter de justifier l'échec de la "pédagogie moderne"…?

Quant à "l'universitaire Roland Goigoux, spécialiste réputé de la lecture", on aimerait bien savoir d'où lui vient cette "réputation". En tout cas certainement pas de son affirmation absolument stupéfiante selon laquelle à l'entrée en 6e, les deux tiers des élèves sont «d'excellents lecteurs», capables de discerner l'implicite d'un texte...! (Libération, 2 septembre 2005).

Enfin, selon M. Villeneuve, "les syndicats sont aussi des porte-parole de la profession". Ah bon… Il faut alors nous dire au terme de quelle procédure, de quelle légitimité, le SGEN pourrait-il prétendre à un tel privilège. En matière de "pédagogie" et de méthodes d'apprentissage, les syndicats n'ont jamais procédé au moindre débat avec les instituteurs et professeurs et ils n'hésitent pas à jeter "l'opprobre" sur les enseignants qui réclament une école de la transmission des savoirs libérée de l'inquisition pédagogiste.

Michel Renard, professeur d'histoire (Loire)

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Le ministre formate l'enseignement et discrédite la profession.
Mais que veut Gilles de Robien ?
Par Jean-Luc VILLENEUVE

QUOTIDIEN : Lundi 23 octobre 2006 - 06:00
Jean-Luc VILLENEUVE secrétaire général de la fédération SGEN-CFDT.

imagesDepuis quelques années, nous savions que la mise en avant de la mythique école des années 50, cette nostalgie du «bon vieil âge d'or», cachait mal en fait la mise en place d'une politique réactionnaire en matière d'éducation. Pour donner le sentiment que l'on s'efforce de régler des difficultés, il est tellement plus confortable, au plan politique s'entend, de brandir le rétroviseur.
Aujourd'hui, un degré supérieur est atteint. Nous affirmons que le ministre de l'Education nationale, Gilles de Robien, contribue à mettre en place un climat délétère, où la mise au pas, la «conformation», deviennent valeurs, vertus.
Ainsi notre ministre poursuit avec une rare obstination sa croisade sur l'apprentissage de la lecture par la seule méthode syllabique. Il tranche de manière péremptoire en ignorant les travaux des chercheurs ou l'expérience des enseignants. Au passage, il dénonce les organisations syndicales, qui seraient les seules à le combattre ! Faut-il rappeler que les syndicats sont aussi des porte-parole de la profession ? Voudrait-on pratiquer le «dialogue social» sans partenaires ? Il est vrai que ce serait plus confortable...
Mais il y a plus grave. Gilles de Robien continue de laisser croire à l'opinion publique que les méthodes «actuelles» – comprenez la méthode globale, qui n'est absolument pas utilisée –, et donc les enseignants, sont responsables de l'échec des 15 à 20 % des élèves qui ne maîtrisent pas réellement les apprentissages fondamentaux à l'entrée en sixième. Ainsi ignore-t-il totalement les réalités socio-économiques, les difficultés culturelles, sociales, territoriales, vécues par un grand nombre de ces élèves. Au fait, quelles sont les méthodes, et donc les enseignants, responsables de la réussite des 80 à 85 % des autres élèves ?
Alors que l'école a avant tout besoin de sérénité, le ministre entretient le trouble dans l'opinion, auprès des parents, stigmatise la profession, organise une sorte de «chasse aux sorcières». C'est l'universitaire Roland Goigoux, spécialiste réputé de la lecture, à qui on retire sa fonction de formateur de l'Ecole supérieur de l'Education nationale. C'est une procédure disciplinaire engagée contre un inspecteur de l'Education nationale qui aurait affiché ses doutes sur la méthode préconisée. C'est la mission expresse demandée à l'Inspection générale sur les méthodes pratiquées dans les écoles...
Pour Gilles de Robien, tous les enseignants doivent marcher du même pas, toute «liberté pédagogique» est à proscrire. Il ignore que, par définition, l'enseignant est amené à adapter sa pédagogie – ou sa méthode, si le mot fait peur à certains – aux besoins de telle ou telle classe, de tel ou tel élève, le but étant bien d'amener les élèves à la réussite, dans le respect des programmes bien entendu. Est-ce au gouvernement d'expliquer à un garagiste comment changer un démarreur ou à un médecin comment ausculter ? Y a-t-il beaucoup de professions autant «contrôlées» dans leur pratique même que celle de l'enseignement ?
Dans un tel climat d'ordre moral ambiant, de formatage, il n'est pas étonnant qu'une association se paie des encarts publicitaires pour appeler les parents à dénoncer les écoles qui utiliseraient les manuels scolaires s'appuyant sur la méthode semi-globale. Le ministre peut-il accepter que l'école dont il a la charge soit victime d'un tel appel, qui s'apparente à une délation ?
Mais, au fait, que recherche le ministre? Veut-il pousser les parents à douter de l'école publique ? Veut-il mettre les enseignants non formatés sous le joug de l'opprobre parental? Veut-il contribuer à l'extension d'«officines cours de rattrapage» en tous genres ? Veut-il masquer d'une manière ou d'une autre la pénurie des moyens dans le cadre du budget 2007 ? Mais que veut-il enfin ?
Une chose est certaine, l'ensemble de la communauté éducative n'acceptera pas cette forme de caporalisation. Notre école, les jeunes, les personnels, méritent beaucoup mieux.

Jean-Luc Villeneuve
JLV

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lundi 16 octobre 2006

le libéralisme et le pédagogisme sont la méthadone des crétins


 

Le pédagogisme, instrument de

destruction

de l'Ecole publique et cheval de Troie

de la marchandisation de l'école

 

Si la religion a été l'opium du Peuple, si le marxisme

a été "l'opium des intellectuels" (Aron), alors

le libéralisme et le pédagogisme sont la méthadone

des crétins

Rodolphe DUMOUCH

 

 

Le pédagogisme et les pseudosciences de l'éducation

Le courant pédagogique en France date des travaux pionniers de Langevin et Wallon. Paul Langevin fut savant atomiste et enseignant génial. Il passait de son laboratoire à des classes de collège et y a mis au point, notamment, un célèbre modèle pour expliquer la structure des gaz.

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Paul Langevin, 1872-1946


C'était précisément parce que Paul Langevin était physicien de haut niveau qu'il innova sur la manière d'enseigner la physique. C'est la maîtrise d'une discipline scientifique qui légitime une réflexion sur l'enseignement de cette discipline ; une réflexion en ce domaine qui serait menée par un ignorant en physiques n'aurait aucune légitimité.

Malheureusement, de nos jours, nous en sommes arrivés là. Un certain nombre de charlatans se prétendent spécialistes de l'éducation, alors qu'ils ne maîtrisent que médiocrement voire pas du tout les matières enseignées aux élèves. Ils se prétendent "experts" et veulent régenter le travail des maîtres dans leurs classes, en renforçant la bureaucratie et le pouvoir hiérarchique. Voilà environ trois décennies que le pouvoir a été pris à l'Education Nationale par cette caste d'idéologues qui prônent le "renouvellement" des méthodes d'enseignement, usurpant l'héritage de Paul Langevin. Ils ont réussi à institutionnaliser, à l'Université, une pseudoscience, les "sciences de l'éducation", dénoncée ici par l'Union Rationaliste qui fut l'association crée par...  Paul Langevin !

Ces gens ne condescendent plus dans les classes depuis longtemps, mais veulent apprendre aux autres à enseigner ce qu'ils ne savent pas eux-mêmes. Ils ont fait main basse sur la formation des jeunes enseignants, avec les IUFM, créés par Jospin en 1989. Les "sciences" de l'éducation jargonnent à outrance, abusent de concepts abscons, de manière à couvrir sous de la pédanterie grotesque l'ignorance de ses zélateurs, en général cooptés sur "travaux universitaires" (c'est-à-dire sans thèse) ou sur la base de thèses bidons sur le langage SMS. C'est la caricature de la pseudoscience.

En voici un extrait : "Le LNR Group (Linsay,Norman, Rumelhart et al) propose de formaliser les productions des élèves sous forme de schémata, lesquels utilisent un codage logico-linguistique pour en représenter graphiquement la structure sous forme de noeuds et de relations étiquetées. La prise de conscience de ces schématas et le travail didactique à leur propos peuvent être un moyen de favoriser leur évolution.

L'idée de conflit sociocognitif, enfin, conduit à la construction de dispositifs qui font entrer en compétition différents schèmes de pensée coprésents à l'intérieur de la classe, une forme d'apprentissage mutuel pouvant s'opérer si l'enseignant a bien construit la situation.

Cet aspect constructiviste et heuristique des apprentissages scientifiques - quelles q'en soient les modalités - ne doit pas masquer la nécessité complémentaire d'une structuration permettant aux élèves l'accès à un savoir socialisé. Celui ci ne saurait être imposé efficacement mais résulte plutôt d'un effort d'organisation et de reprise d'acquis partiels, grâce à des moyens didactiques aussi variés que des contraintes rédactionnelles et graphiques, les démarches de modélisation et les efforts de métacognition
"

La didactique des sciences, JP Astolfi et Michel Develay, Que-sais-je, Paris, PUF, 1989.


Ces "pédagogues", que nous appellerons pédagogistes - de la même manière que l'on distingue écologue et écologiste -  ont imposé des méthodes qui ont abouti à des résultats catastrophiques, notamment les sinistres 20% d'illettrés à l'entrée en 6ème.

Agrandir la jaquette de Lettre ouverte aux futurs illettrés



Une curieuse parenté avec l'obsession contemporaine de la "communication", de la "DRH" et du "managing"

Voilà qui évoque ce qui se développe actuellement dans certaines grosses entreprises. On y voit de plus en plus des brochettes de chefs, de sous-chefs et de sur-chefs qui viennent apprendre au mécanicien, au manutentionnaire, à l'électricien ou au maçon sur son échafaudage, comment procéder alors qu'ils n'ont jamais mis la main dans un moteur, n'ont jamais conduit un chariot élévateur, ne sont jamais montés sur un échafaudage. On le voit aussi parmi nos chers ministres, l'un passant à la Santé sans même savoir ce qu'il y a dans un vaccin, l'autre passant des Transports à l'Education sans jamais avoir conduit un camion ni tenu une classe, un troisième à l'agriculture sans avoir jamais tâté une vache de sa vie. Le pompon, ce fut Léotard, Ministre des Armées, réformé P4.art308_1

Nous assistons donc à l'émergence d'une société fondée sur l'ignorance et l'incompétence : Philippe Meirieu, le gourou du pédagogisme, à l'IUFM de Lyon, affirme sans rougir, dans la même gamme, que les anciens bons élèves font de mauvais enseignants. À noter que Philippe Meirieu, d'ailleurs, se garde bien de servir sa sauce à ses propres enfants, qui ont tous été inscrits dans le privé.

Mais le parallèle entre le pédagogisme et le "management" ne s'arrête pas là :

- La "DRH" fonctionne par objectif, la pédagogie officielle des IUFM bourre le crâne des jeunes enseignants avec la "pédagogie par objectifs". La DRH fait des bilans de "compétences", les pédagogistes abusent de grilles de compétences "formatives" et "sommatives" ; ils en sont obnubilés à tel point qu'il devient honteux de penser que l'école est là pour donner des connaissances aux élèves. D'une manière générale, le verbiage des pseudosciences de l'éducation sont  à mettre en rapport avec le jargon du "management", de la "gestion", de la "communication", auxquelles se forment une armée de bureaucrates et de financiers dans le secteur privé. Cela commence à infecter l'Education Nationale, où l'on vient d'ailleurs de créer une "DRH".

- Une revue porte à son acmé la preuve de cette collusion lamentable : Education & management, présentée ici, sans honte ni pudeur, sur le site du CRDP de Créteil, en y exposant un "esprit d'entreprise" qui n'est pas celui des PME , quiconque y a mis les pieds s'en convaincra.

- La désaffection des jeunes pour les formations scientifiques et l'inflation des formations économiques en est le corollaire direct : nous sommes dans une société qui privilégie la distribution sur la production, le "marketing" et la "communication" à la conception d'un objet ; le paysan qui s'échine dans son champ - parfois la nuit - est moins bien rémunéré que le petit caporal de centre commercial ; les fruits sont revendus au consommateur 10 fois plus chers que le prix imposé au producteur ; le chirurgien, même, est moins bien rémunéré qu'un directeur d'hôpital chargé de gratter la paperasse. Bref tout le monde veut être "chef", éventuellement jouir de son pouvoir de nuisance, mais plus personne ne veut faire l'effort de maîtriser de vraies connaissances.

1984, 1955, paperback

La preuve est ainsi faite de la collaboration des anciens gauchistes chevelus crasseux et ignares avec le néolibéralisme. Les nouvelles modes pédagogistes, avec la multiplication des activités presse-bouton, où le prof "reste au comptoir", introduisent à l'école toutes sortes d'intérêts privés, ouvrent un espace considérable aux marchands de logiciels, sur le dos du contribuable. Si la religion a été l'opium du Peuple, si le marxisme a été l'"opium des intellectuels" (Aron), il ne fait aucun doute que le libéralisme et le pédagogisme sont la méthadone des crétins, et que des dealers en font leur beurre.

Cette convergence du pédagogisme avec la "gestion" et le "management" se rencontre aussi dans la sphère des pouvoirs, et elle est extrêmement dangereuse pour l'Ecole de la République : les zélateurs des pseudosciences de l'éducation pondent des propositions qui visent toujours à rabaisser le niveau (socle commun du rapport Thélot), à embrigader les professeurs dans des réunionites, à instaurer le contrôle social et à transformer les professeurs en subalternes exécutants (augmentation du temps de présence des professeurs dans les établissements, suggérée par Claude Thélot, création d'une hiérarchie intermédiaire de fonctionnaires inutiles entre le recteur et le proviseur, entre le proviseur et les profs, mise en place déjà de façon rampante). Propositions reprises par le programme de Ségolène Royal - celle qui voit dans chaque enseignant un pédophile en puissance et qui avait déjà transformé l'instituteur en flic pour le contrôle des papiers des chauffeurs de car lors des sorties scolaires.

Nous sommes donc là face à l'un des plus gros scandales de ce siècle, une entreprise de destruction de l'école et de décérébration de la jeunesse, dénoncée dans La fabrique du Crétin par le normalien agrégé de Lettres Jean-Paul Brighelli, par le mathématicien (normalien aussi, et médaille Fields 1992) Laurent Lafforgue. On veut crétiniser la jeunesse pour lui ôter les outils intellectuels de la révolte, en faire des consommateurs dociles et des employés baladés d'emplois précaires en emplois précaires, acceptant leur condition.

calendrier 2005 en vue - 108 ko
trouvé sur un site de la "pédagogie Freinet"...!



La défense des pédagogistes : des amalgames honteux. Non, nous ne donnons pas de coups de règles sur les doigts

Les pédagogistes parlent de "conservatisme" et de "corporatisme" des enseignants, de leur refus de toute "réforme" quand ils refusent leurs méthodes de crétinisation des élèves : on reconnaît là encore la parenté avec la phraséologie ultralibérale. Le texte d'un des inspecteurs les plus doctrinaires, Frackowiak, qui sévit à l'Académie de Lille, La liberté pédagogique des enseignants, alibi des conservateurs, obstacle à la construction de l'Ecole du 21ème siècle, illustre cette dérive qui vise à dépouiller les professeurs de leur latitude à décider eux-mêmes de leurs choix pédagogiques - comme on a dépouillé les médecins et les vétérinaires de leurs prérogatives en matière de prescription et de mise au point d'extemporanés ; le monde de l'enseignement n'est donc pas le seul en cause : nous assistons à une une mise au pas, à une subalternisation et à une déresponsabilisation de nombreux métiers.

Les pédagogistes sont donc l'équivalent de ces vétérinaires administratifs qui n'ont pas touché une vache depuis 30 ans et ordonnent l'abattage de troupeaux entiers pour un cas bénin de fièvre aphteuse.

Pour décrédibiliser ceux qui leur résistent, ils ne reculent devant aucun mensonge, aucune falsification. Il font par exemple un amalgame honteux entre le professeur qui refuse leur diktat et les vieilles barbes qui donnent des coups de règle sur les doigts. Brefs nous serions des vieux cons, comme le prouvent d'ailleurs mes relations avec mes anciens élèves ou avec les terminales ( LOL) :

 



Rodolphe Dumouch (à g.) et d'anciens élèves d'une classe de Terminale


 

Le pédagogisme, générateur d'autoritarisme, de conformisme et d'obséquiosité

Nous vivons dans une époque caractérisée par le retour de l’autoritarisme et du conformisme. Le pédagogisme a prétendu – dans la filiation des 68tards – former des enseignants plein d’imagination, rompant avec le modèle autoritariste des vieux enseignants.

Il faut dire que les résultats sont loin d’être de la fête, aujourd’hui. On sait ce que sont devenus les anciens 68tards, comme par exemple l' ancien maoïste Denis Kessler, aujourd'hui vice-président du MEDEF et gérant l'une des pires assurances, AXA, où il s'est illustré par des ruptures de contrat "non rentables" dont ont été victimes des handicapés.

Dans le monde de l'enseignement, il y a les vieux pédagols, on en a déjà parlé, mais aussi les nouvelles recrues - constat évident dans nos établissements à la faveur du remplacement de vieux profs qui partent massivement en retraite -  qui  font  souvent preuve d’un autoritarisme et d’un arbitraire impressionnant ; à 24 ans, beaucoup ont déjà l’air de vieillards, imposent des règles et des sanctions sans état d’âme, radotent leurs cours et font faire des «activités» aux élèves parce qu’ils doivent en faire. Cette dégradation tient à plusieurs facteurs :

- La baisse du niveau scientifique du recrutement et la décérébration à l’IUFM- surtout dans les disciplines littéraires -  induisent une baisse d’enthousiasme dans la transmission des savoirs ;

- Les nouveaux enseignants se perçoivent de plus en plus comme des subalternes exécutants, pas comme des cadres et des concepteurs.

- Ils ne consacrent plus leur temps libre professionnel à actualiser leurs connaissances, à se former, à lire ; les scientifiques n’arpentent les campagnes et les forêts pour faire de la botanique ou de l’entomologie ; les littéraires lisent beaucoup moins.

Certains même s’ennuient pendant leurs vacances. Ils se vantent d’en avoir de trop, et passent alors aux yeux de l’opinion vulgaire pour des profs qui en veulent, qui ne sont par «arc-boutés sur leurs privilèges», alors que précisément ce sont eux les fumistes : un bon prof a toujours du mal à boucler son programme de lecture ou de travaux de terrain estivaux.

J’ai entendu même de la bouche d’une de ces recrues, dans un stage académique «moi, quand je suis en vacances, je ne me fais pas chier avec la SVT» ! Publications, lectures, excursions de terrain ne sont donc plus perçues comme des activités professionnelles, entretenant un niveau et une passion, mais comme des loisirs. Les gestionnaires étriqués – à la lecture de ce texte – hurleraient précisément que je confonds là «loisirs et travail». la libéralisation et la bureaucratisation du métier sont en marche.

- La mentalité mercantile ambiante les invite à en faire le minimum ; ils rentabilisent leur temps de travail ; temps de travail minimal pour salaire maximal. Ils ne font plus leur métier par passion, ils ne font rien gratuitement. Tout ce qui n’est pas imposé par un chef, un DRH ou un «supérieur» hiérarchique ne fait pour eux pas partie du métier. Ainsi, une «réforme» de leur statut, où toute activité professionnelle serait pointée, surveillée, contrôlée devient un mode acceptable de fonctionnement. Ils ont intériorisé comme norme que les gens ne travaillent que forcés par un chef, sous surveillance (le bâton) ou avec des primes (la carotte). Le sens du service public non seulement n'existe plus, mais il devient à leurs yeux  une valeur absurde au regard de telles normes, qui sont des normes ultralibérales, évidemment.

- Le corollaire de tout cela est un désintérêt de ces nouveaux profs pour leur discipline mais aussi pour les élèves. Pour avoir la paix, ils collent, ils sanctionnent, ils mettent des 0, envoient promener les élèves. L’autoritarisme de niveau adjudant remplace l’autorité fondée sur l’ampleur du savoir des maîtres et sur la clarté de leurs démonstrations.


Fahrenheit 451 - F. Truffaut - 1966
Farenheit 451, "Dans un Etat totalitaire
d’un futur indéterminé, les livres, considérés
comme un fléau pour l’humanité, sont interdits et brûlés"


L'idéologie pédagogiste ne subit pas une dérive autoritaire : elle est devenue intrinsèquement autoritaire

Et ce non seulement au regard des pressions que subissent instituteurs et professeurs récalcitrants aux injonctions des Diafoirus des "sciences" de l'éducation. Elle l'est dangereusement pour les élèves.

Nos vieux profs étaient parfois autoritaires, pour maintenir le calme dans la classe et obtenir des conditions nécessaires à une bonne transmission des savoirs. Leur autoritarisme - et on peut le critiquer - était un autoritarisme pragmatique.

Les pédagogistes, eux, ont longtemps été antiautoritaires, appuyant cette posture d'une pléthore de psychologues larmoyants. L'échec de leurs théories les a alors amener à réviser leur position et à théoriser, à idéologiser l'autorité. Nous sommes donc loin du vieux prof un peu bourru à qui finalement nous pardonnons en nous apercevant qu'il nous a tant appris.

Pour les "spécialistes" de l'éducation, ex-freudo-doltoïstes pleurnichant, l'autorité "rassurerait" les jeunes ; un manque d'autorité provoquerait des angoisses, le jeune doit se confronter à l'adulte et à son autorité pour se "construire" ; ils n'hésitent pas à dire - comme le soi-disant "psy des ados" Tony Anatrella, intégriste catholique et violemment antirépublicain que la manque d'autorité est la principale cause de suicide chez les jeunes. On rejoint tout simplement, sous forme feutrée, les théories des précepteurs de Louis XIII qui affirmaient que le fouetter quotidiennement lui enlevait des angoisses et était indispensable à son éducation.

Il ne s'agit donc plus d'autorité pour obtenir calme dans la classe et travailler, mais bien d'une idéologie profondément réactionnaire. C'est la police dans les têtes, alors qu'avant elle n'était qu'un instrument extérieur aux individus pour maintenir le calme.

 

Un nouvel obscurantisme est en marche.

J'ai évoqué plus haut Tony Anatrella, le "psy" des "ados".

anatrella_couvEh bien restez bien assis, les psychopédagogues de l'IUFM se réfèrent à Tony Anatrella ; ils me regardaient avec étonnement quand je leur faisais remarquer que c'était un conservateur. Dans tous ces milieux, il passe pour un spécialiste des ados. Ils ont lu son "Non à la société dépressive" sans même voir qu'il y accuse Voltaire d'avoir engendré Hitler, qu'il prône le retour à un holisme où l'individu n'est plus maître de sa vie, de son corps, où les institutions et les pouvoirs transcendent l'individu. Voilà donc où sont nos anciens gauchistes, nos pédagogues et leur imagination au pouvoir.

Cette anecdote traduit la gravité et révèle la vraie nature du pédagogisme : un nouvel obscurantisme, allié implicitement au néolibéralisme et au conservatisme.

Les pédagogistes ont sévi 20 ans plus tôt aux Etats-Unis que chez nous ; on en voit aujourd'hui le résultat, en terme électoral au premier chef, mais aussi à l'échelle d'une société de plus en plus obscurantiste, superstitieuse, conservatrice, détruisant son système social. Voilà ce qui attend la France dans 20 ans si nous ne balayons pas les pédagogistes d'urgence.

Rodolphe Dumouch

des liens

Reconstruire l'Ecole (et aussi ici)
Sauver les Lettres
Recuerdo

La Société des Agrégés de l'Université


site de Rodolphe Dumouch


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