vendredi 19 mai 2006

Vraie affaire d'État : l’acceptation de la régression de l’École (Ivan Rioufol)

stop_ignorance
l'école produit des générations d’étudiants bien gentils et très ignorants
(Laurent Lafforgue)





Vraie affaire d'État :

l’acceptation de la régression de l’École

Ivan RIOUFOL


L’affaire d’État, elle est à rechercher dans l’acceptation de la régression de l’Ecole. Mais les «investigateurs» 2350130509.08.lzzzzzzz2ne s’intéressent pas à ce désastre, que dénonce Jean-Paul Brighelli, professeur de lettres (À bonne école, éditions Jean-Claude Gawsewitch). Pour avoir décrit la vérité, il a été évincé, un temps la semaine dernière, du jury du Capes de lettres modernes. Une décision sur laquelle les autorités sont vite revenues, face à la montée des protestations.


Cette victoire contre un délit d’opinion corrige l’injustice que fut la démission, du Haut Conseil de l’Education, du mathématicien Laurent Lafforgue. Il s’était opposé à lalaurent_lafforgue consultation d’experts de l’Education : «Pour moi, c’est exactement comme si nous étions un "Haut Conseil des droits de l’homme" et que nous envisagions de faire appel aux Khmers rouges pour constituer un groupe d’experts pour la promotion des droits humains.» Propos fatal.

Or ce sont ces témoins indignés, qui ne se revendiquent d’aucun parti, qu’il faut écouter. Lafforgue, encore : «Je crains que l’école que nous avons aujourd’hui, après tant de politiques prétendument émancipatrices, ne soit presque plus une école de la liberté. Elle produit des générations d’étudiants bien gentils et très ignorants, aussi incapables d’écrire un livre que de fonder une entreprise ou de faire une révolution.»

Ce constat d’un «constant vide prétentieux des programmes et leur déstructuration systématique», Brighelli le dresse donc, après d’autres, en appelant «de toute urgence à en finir avec l’instinct de survie sectaire des pédagogues». Ceux-là méprisent l’orthographe, la culture classique, les tables de multiplications, au profit de l’éducation citoyenne, la tyrannie du ludique, les lycées «lieux de vie». Le naufrage démocratique, observable dans l’affaire Clearstream, commence par cette indifférence devant la perte du savoir. N’est-il pas là, le scandale ?


«Da Vinci Code»
Le totalitarisme est proche quand le discours unique remplace le raisonnement. Umberto Eco (Cinq2253943312.08.lzzzzzzz questions de morale, Grasset, 1997) : «Tous les textes scolaires nazis ou fascistes se fondaient sur un lexique pauvre et une syntaxe élémentaire, afin de limiter les instruments de raisonnement complexe et critique.» L’Education nationale en est là, avec ses dictées de cinq lignes au brevet, sa grammaire rudimentaire, ses cours de morale altermondialiste.

C’est parce que les ignorances sont manipulables que les extravagances du Da Vinci Code, ce livre à succès qui remet en cause les fondements de la religion chrétienne, peuvent être dangereuses. Nombreux sont ceux qui sont prêts à gober que Jésus s’est marié avec Marie-Madeleine, que leur descendance s’est établie en France et que l’Opus Dei est une secte protégeant ces secrets !

Ivan Rioufol
Le Figaro, 19 mai 2006

- source de cet article : Le Figarobody1258jyqsjnpgwswbrtt











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La fin de l'école républicaine ? (Philippe Mallard)

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Philippe Mallard, professeur d'Histoire


La fin de l'école républicaine ?

Philippe MALLARD


Une analyse de Philippe Mallard (2001), professeur d'Histoire à Bergerac (Dordogne), sur le site du Comité laïcité-République de la Vallée de la Dordogne. Excellent "démontage" de la connivence entre les théories pédagogiques et les objectifs patronaux et "européens" de marchandisation des services publics scolaires, d'adaptabilité des individus aux stratégies économiques néo-libérales.


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Bille en tête, peinture de Grégoire Debailly (source)


Extrait :

La fin des savoirs

L’Ecole n’a plus à transmettre des contenus, des savoirs - seuls garants d’émancipation - mais des compétences utilitaristes. Les réformes engagées en Europe (France, Belgique…) vont dans le même sens d’une atomisation de l’enseignement, avec un abandon de savoirs de haut-niveau au profit de multiples compétences garantissant “l’adaptabilité”, la “flexibilité” du futur employé.

C’est ainsi que le ministre Claude Allègre, comme ses confrères et consoeurs européens, déclarent les programmes “surchargés” de connaissances, qu’on évoque l’empilement des savoirs signe d’un archaïsme de l’institution. On assiste alors à la collusion de deux mondes qui vont se rapprocher pour l’occasion : l’idéologie néo-libérale et certaines doctrines pédagogiques “de gauche”. Ces doctrines font - consciemment ou non - le jeu des partisans de la libéralisation du Service Public d’Education.

La récupération du discours pédagogique anti-élitiste (l’élève au centre du système, diminution d’horaires disciplinaires au profit d’activités pluridisciplinaires à l’évaluation hasardeuse - TPE, ECJS), et sonlogo1 détournement permet de mettre de côté la mission d’instruction et, cela, au nom d’une certaine “conception de l’éducabilité” : on met en avant les compétences (savoir-faire) et la “citoyenneté” (savoir-être) seules garants de “l’employabilité”. C’est donc bien au nom de la volonté patronale (camouflée derrière l’idée de pratiques pédagogiques recentrées sur l’élève afin de lutter contre “l’échec scolaire”) que les objectifs cognitifs sont relégués à l’arrière-plan. Ainsi les enseignants sont invités à inculquer les compétences réclamées par les entreprises : moins de connaissances générales, de culture et plus de compétences “adaptatives”.

Le contenu des matières est donc perçu comme secondaire par rapport aux compétences “transversales”. Et c’est ainsi que l’ECJS ou les TPE supplantent les contenus disciplinaires. Ces heures précieuses dévolues à l’acquisition de compétences transversales flexibles et rapidement exploitables sont prises sur des enseignements “inutiles” car non productifs : Histoire-Géographie, Science et Vie de la Terre, Philosophie, …



L’éducation du futur travailleur par le “ savoir-être ”

Le second rôle que l’entreprise attribue à l’Ecole, c’est l’acquisition de comportements sociaux “conformes”. Ces “compétences sociales” (ou “savoir-être” dans le langage pédagogique) doivent permettre de socialiser le futur travailleur. Les “capacités citoyennes” (dialogue, gestion des conflits, communication, flexibilité, sens social, disponibilité...) doivent ainsi assurer l’employabilité de l’élève... et sa soumission.

Le philosophe J.-P. Le Goff, dans son ouvrage La Barbarie Douce a bien montré comment les 9782707130327fsméthodes de management des entreprises privées étaient reprises par les politiques éducatives.

C’est ainsi que le ministre de l'Éducation nationale et celui de l’Emploi ont mis au point une méthode de “gestion prévisionnelle des compétences”. Par ex. en ce qui concerne l’emploi de magasinier, toute une série de compétences permettent de cibler l’activité. À la rubrique “manière d’être” dans la partie “Réception/Stockage”, les compétences attendues sont :

- être patient pour tolérer l’aspect routinier des manipulations et l’attitude des clients.
- être minutieux pour éviter la casse…

L’activité est atomisée en plusieurs dizaines de compétences et devient ainsi une “machinerie fonctionnelle”. Ces théories de management libérales propres aux entreprises privées sont réinvesties dans le champ éducatif facilitant ainsi l’adéquation école/entreprise.

Par exemple, en Cycle I de l’Ecole primaire le livret d’évaluation ne comprend pas moins de 89 compétences. Ces grilles produites par des spécialistes des Sciences de l’Education sont surtout des compétences opérationnelles. Toutes ces compétences doivent être utiles, efficaces. L’enseignement devient ainsi mécanique, la finalité de l’Ecole devient adaptative.

Philippe MALLARD
professeur d'Histoire

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Les horreurs de la pédagogie : savoir-être et machinerie fonctionnelle


* site personnel de Philippe et Nathalie Mallard : Thucydide

* Grégoire Debailly

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École : le pavé dans la mare de Sarkozy

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dans une même ville, un établissement pourra
être spécialisé dans les matières littéraires, un autre dans
le sport, un troisième dans les mathématiques... (!!!)



École : le pavé dans la mare de Sarkozy

Le ministre se prononce pour une
"différenciation" des revenus des enseignants et veut supprimer
à terme la carte scolaire


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Après Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy : une nouvelle attaque

contre l'école de la culture par un effarant libéralisme,
dont les conséquences remettraient en cause le principe même
d'instruction scolaire égale pour tous

       


Les "rémunérations (des enseignants) doivent être différenciées", a estimé dans un entretien au Figaro le ministre de l'Intérieur et président de l'UMP Nicolas Sarkozy, dont le parti organise ce mercredi une "Convention Education" à Paris.
"Il faut revaloriser leur métier d'enseignant, qui est essentiel et difficile. Les rémunérations doivent être différenciées. Celui qui fait le plus d'heures, qui va au contact des élèves les plus difficiles doit être mieux payé. Et les enseignants qui veulent travailler plus doivent pouvoir le faire", a déclaré Nicolas Sarkozy.
Il a assuré qu'il fallait "plus de liberté pour les enseignants. On n'enseigne pas la lecture et l'orthographe de la même manière à tous les enfants. La clef c'est l'adaptation. L'enseignant qui a eu le temps en vingt ans de mettre au point ses propres techniques doit être jugé sur ses résultats et non sur ses méthodes".


"Mi-temps sportif"
Nicolas Sarkozy s'est également prononcé en faveur "de la suppression à terme" de la carte scolaire. "Je suis pour la suppression à terme de la carte scolaire. A terme, parce qu'elle n'est possible que dans le cadre d'une autonomie renforcée des établissements", a déclaré le ministre de l'Intérieur et président de l'UMP.
"Le social, selon Nicolas Sarkozy, n'est pas l'apanage des établissements publics. Les établissements privés ont une longue pratique et des réponses originales en la matière. L'enseignement privé déborde d'ailleurs de demandes d'inscriptions. Je n'accepte pas que la liberté de choix de l'école soit réservée à ceux qui habitent dans les beaux quartiers".
"Je crois au libre choix" a-t-il insisté, précisant que "dans une même ville, un établissement pourra être spécialisé dans les matières littéraires, un autre dans le sport, un troisième dans les mathématiques. La liberté de choix, c'est aussi la possibilité pour tout enfant qui le souhaite de faire un mi-temps sportif".

Handicapés
Il souhaite aussi "que les 50% d'enfants handicapés actuellement non scolarisés dans le milieu ordinaire, contrairement à ce que prévoit la loi, le soient. C'est fondamental pour l'esprit de tolérance et d'ouverture aux autres que l'école doit développer chez tous les enfants".
Le ministre de l'Education nationale, Gilles de Robien, ouvrira mercredi matin les travaux d'une "Convention Education" organisée par l'UMP, qui sera clôturée par Nicolas Sarkozy.

- source de cet article : Nouvel Obs.com, 22 février 2006.
- texte de l'interview de Sarkozy dans Le Figaro

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la carte scolaire dans la commune de La Garenne-Colombes


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mercredi 17 mai 2006

Le conservatisme est l'essence même de l'éducation ("Vandale")


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à Rome



Le conservatisme

est l'essence même de l'éducation

"Vandale"


Entièrement d'accord avec cette analyse
que je défends moi-même depuis longtemps.
J'aurais seulement parlé d'
instruction et non d'éducation
(Michel Renard)



On me dit que la mission fondamentale de l'enseignant a changé, qu'il faut désormais un peu plus éduquer et et un peu moins instruire. Transmettre des savoirs, c'est devenu ringard, voire obscène : il faut socialiser, faire acquérir des compétences, communiquer, apprende à apprendre. L'Ecole conçue comme lieu de vie ... avec comme parrains Allègre-Meirieu et la FCPE.

J'avoue être perplexe. Faut-il au nom de la modernité introduire à l'école l'enseignement de la vie de tous les jours ? la pilule, internet, comment trouver un job d'été, le CAC 40 et la Tchéchénie, tout ce qu'on trouve dans les journaux ou au café du commerce ? Faut-il laisser la rumeur du monde envahir la classe, lors même qu'elle est déjà trop présente et qu'elle nuit à la concentration des élèves  ? Faut-il au nom de la modernité adapter l'école à son environnement immédiat ? On voit déjà dans certains manuels de français de collège des exercices consistant à analyser une étiquette de bouteille de Coca-cola. Ailleurs on lit Stephen King ou on débat sans arguments sur le racisme. Au brevet des collèges, on doit rédiger une argumentation sur le thème "Persuadez votre mère d'acquérir un téléphone portable" (sujet 1999). On troque ainsi sans trop réfléchir une instruction reposant sur des fondements solides, une instruction capable d'accompagner chacun toute sa vie, une instruction donnant à réfléchir et structurant la pensée, pour des paillettes, de l'immédiat, de l'éphémère dont il ne restera rien, absolument rien, dans la tête du gamin une fois que la cloche aura retenti. À ce compte, arrêtons de recruter des professeurs à l'université et substituons aux cours en classe les débats de Delarue à la télé : ça coûtera moins cher au contribuable et puis, au moins, en regardant Delarue, on peut manger sans se fatiguer les neurones.

Le plus frappant, c'est que cette réforme, qu'on nous présente comme le comble de la modernité, a déjà été 2070325032.08.lzzzzzzz2expérimentée et analysée sous d'autres cieux, il y a près d'un demi-siècle. Hannah Arendt décrit très bien dans La crise de l'éducation l'évolution qu'a connue le système américain dans la période récente, au cours de laquelle on a remplacé la transmission des savoirs par l'acquisition de "compétences". Le remplacement de l'instruction par l'éducation, avec une grosse louchée de pédagogisme, les Etats-Unis le pratiquent depuis plus de 40 ans maintenant : ça donne des élèves sans doute très épanouis, et d'une dextérité étonnante pour manier la télécommande et le joystick. Mais aussi des individus illettrés, dont la seule fenêtre sur le monde est la banalité hertzienne quotidienne, des individus qui sont la proie facile des publicitaires et des politiques, des individus qui ne contesteront jamais le monde dans lequel ils sont, des individus qui n'auront jamais aucun sens critique. De parfaits consommateurs repliés sur leur tribu.

Cette défaite de la culture, Arendt l'explique par le fait qu'on s'est trompé sur la mission fondamentale de l'Ecole: "En pratique, il faudrait bien comprendre que le rôle de l'école est d'apprendre aux enfants ce qu'est le monde, et non pas leur inculquer un art de vivre. Etant donné que le monde est vieux, toujours plus vieux qu'eux (les enfants), le fait d'apprendre est inévitablement tourné vers le passé, sans tenir compte de la proportion de notre vie qui sera consacrée au présent."

Et quelques lignes auparavant  : "il me semble que le conservatisme, pris au sens de conservation, est l'essence même de l'éducation, qui a toujours pour tâche d'entourer et de protéger quelque chose - l'enfant contre le monde, le monde contre l'enfant, l'ancien contre le nouveau. "

vieq1La mission fondamentale de l'Ecole est de transmettre ce que les anciennes générations ont découvert, ce qu'elles ont pensé, la façon dont elles ont vécu. C'est la nature intrinsèque de l'Ecole que d'être tournée vers le passé et d'enseigner des choses vieilles, toujours plus vieilles que les enfants à qui elles s'adressent. L'objectif est de transmettre le témoin aux génération suivantes, en veillant à ce que le témoin ne tombe pas à terre, en veillant à ne pas rompre la chaîne de transmission qui lie le passé à l'avenir.

Deux principes en découlent. L'Ecole ne peut pas être sous l'emprise continue des réformes, comme c'est le cas depuis 25 ans (une réforme tous les 2 ans en moyenne) : elle a besoin de stabilité. D'autre part, toutes les réformes de l'Ecole qui visent à mettre l'Ecole en phase avec la société au détriment de l'acquisition de connaissances sont destructrices de ce qui constitue l'essence même de l'Ecole.

L'Ecole est par essence ringarde. Elle doit même revendiquer et afficher sa ringardise.

"Vandale"


- source de cet article

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Combien d'élèves entraient-ils en 6e en 1962 ? (Michel Delord)

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1962-63 : classe de 6e du collège Jean Rostand
à La Rochefoucault en Charente


Combien d'élèves

entraient-ils en 6e en 1962 ?

le mensonge des théoriciens
d'une réforme à la baisse des programmes au nom
d'une massification des effectifs

Michel DELORD
professeur de Mathématiques




Seuls 10% allaient au lycée...
Dans la série des arguments fallacieux des théoriciens du niveau qui monte, figure en bonne place cette affirmation : "Vous comparez ce qui n'est pas comparable, seul 10% d'une classe d'âge allait au lycée". Réponses :

1°) Les comparaisons tirées de l'étude sur le passage du CEP comparent ce qui est comparable puisque le CM2 n'a pas été massifié.

2°) Dans ce texte je montrais que, alors que depuis de nombreuses années, on savait que à peu prés la moitié d'une classe d'âge avait le Certificat d'Etudes, les tenants du niveau qui monte sous-entendaient ou affirmaient clairement que c'était une minorité de l'ordre de 10 ou 20%. Le raisonnement est strictement sur le même sur le passage en sixième, confondue avec le passage en lycée pour le début des années 60, époque à laquelle on peut faire une référence comparative puisque les programmes de Cours Complémentaire et de premier cycle des lycées étaient forts semblables et de toute façon d'un niveau supérieur à ce qui est exigé maintenant.

3° ) Il y avait plus de 10% ...
En effet, nous disposions de toute l'information nécessaire depuis l'enquête de 1963 de la revue Populations. Cette enquête est loin d'être inconnue notamment de chercheurs comme Baudelot et Establet puisqu'elle est citée à la page 370 du tome IV de l'Histoire générale de l'enseignement et de l'Education en France, publié sous la direction de L'Institut National de Recherche Pédagogique, l'auteur en étant Antoine Prost.

Le tableau de la page 370 donne :

Entrée en sixième ( 1962) :
Sixième de lycée 27 %
Sixième de CEG 28 %
Non entrés en sixième 45%

Donc, en 1962, ce n'était pas 10% mais 55% qui passaient en sixième...

Michel Delord
5 octobre 2003

- source de cet article

- iconographie : photo de classe

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Une nouvelle ennemie de l'école de la culture : Ségolène Royal

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Ségolène Royal,
un regard de travers sur l'école



Une nouvelle ennemie

de l'école de la culture :

la candidate socialiste Ségolène Royal

«les enseignants ne peuvent plus
se contenter de transmettre des savoirs :
il leur incombe aussi un rôle d'animateur»
(Ségolène Royal)


Bravo Ségolène Royal...!! plus à droite que les plus libéraux en Europe...!!
en matière d'école, les enfants issus des couches populaires sont désormais "lâchés" par les principales forces politiques du pays.

«Il faut passer un pacte avec les organisations syndicales d'enseignants, qui porterait en particulier sur le changement de méthode de travail. Face au scepticisme des Français sur le concept d'égalité des chances [...], notre système scolaire [...] doit apprendre à faire autant que possible du "sur mesure".

Il faut aussi faire entrer les parents à l'école.

Une évolution du rôle et du métier des enseignants est nécessaire. Ceux-ci ne peuvent plus se contenter de transmettre du ou des savoirs : il leur incombe aussi un rôle d'animateur, de dialogue avec les enfants et les parents.

[...] L'extension de la durée hebdomadaire de présence des enseignants dans les établissements scolaires [...] serait une des contreparties d'une plus grande liberté pédagogique. [...]

L'emploi du temps des élèves et les rythmes scolaires doivent être totalement revus : la séquence d'une heure de cours ne semble plus vraiment adaptée»
(commission nationale du projet, le 18 janvier 2006).

À l'école comme ailleurs, le «royalisme» rime avec pragmatisme. Mais Ségolène Royal ne craint pas de lever un tabou : le temps de travail des enseignants. En prônant «un pacte» avec les syndicats, elle s'attaque à une montagne que ni Lionel Jospin (en 1989), ni Claude Allègre (en 1997) n'ont réussi à gravir.

cité par Libération, 7 février 2006

- source de cet article : Libération du mardi 7 février 2006




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il faut construire un grand mouvement d'opinion pour la défense de l'école des savoirs et de la culture, pour que l'école instruise vraiment les enfants des milieux populaires non favorisés culturellement, un mouvement qui pèserait au moment des présidentielles, contre les destructeurs de l'école
(libéraux, pédagogistes, démagogues...)


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lycée français de Koweït




L'instruction, base de la liberté

10 septembre 1791 - Talleyrand


«Les hommes sont déclarés libres ; mais ne sait-on pas que l'instruction agrandit sans cesse la sphère de la liberté civile, et, seule, peut maintenir la liberté politique contre toutes les espèces de despotisme ? Ne sait-on pas que, même sous la Constitution la plus libre, l'homme ignorant est à la merci du charlatan, et beaucoup trop dépendant de l'homme instruit. (...) Celui qui ne sait ni lire ni compter dépend de tout ce qui l'environne ; celui qui connaît les premiers éléments du calcul ne dépendrait pas du génie de Newton, et pourrait même profiter de ses découvertes».

Talleyrand (1754-1838), évêque d'Autun en Bourgogne en 1788,
député du clergé aux États Généraux en 1789

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C'est la "vieille école" qui a effectué la démocratisation (Michel Delord)

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une école dans les années 1960



C'est la "vieille école"

qui a effectué la démocratisation

sans baisse des exigences ni des connaissances

Michel DELORD



M. Sylvain Grandserre a écrit :

"Certains préfèrent les inventer, d'autres répéter ce qui a été fait et qui marchait si bien.... avec ceux qui y arrivaient !!! Comment peut-on avoir déjà oublié qu'au début des années 60, moins d'un jeune sur deux entrait au collège !"

M. S. Granserre, dites-moi si je me trompe mais vous semblez vouloir dire, sans le dire ce qui te permettra ensuite de dire que vous ne vouliez pas le dire , que l'école et les méthodes employées dans cette école étaient élitistes puisque elles ne permettaient , au début des années 60 qu" à moins d'un jeune sur deux d'entrer au collège".

Reprenons ( je peux donner les sources exactes ) :

"Au début des années 60, moins d'un jeune sur 2 entrait au collège".

On a heureusement les chiffres :
- pour l'année scolaire 60/61 : 46,4%
- pour l'année scolaire 61/62 : 47%
- pour l'année scolaire 62/63 : 55%

Donc, si il y a moins de 50% jusqu'en 1962, le cap des 50% est passé en 1962 sans baisse d'exigence des programmes.

Mais poursuivons, en 1969/70, donc avec des élèves qui ont commencé leur scolarité et leur CP en 1964 à l'époque ou 80% des élèves sortaient du CP en sachant lire et en connaissant les 4 opérations), ceux qui ont suivi les programmes et méthodes recommandées et en gros stables depuis 1880, le taux de scolarisation varie de 75% à 90% selon les départements.

Donc, on peut dire que c'est la "vieille école" et ses vielles méthodes qui ont effectué depuis les années 1900 où le passage en sixième était de l'ordre de moins de 10% (20 % en 1945) TOUTE la démocratisation de l'enseignement si ce mot a un sens, c'est-à-dire faire accéder à un niveau supérieur de connaissances une part croissante de la population, sans baisse des exigences ni des connaissances requises pour passer en sixième.
Ensuite, mais ces réformes sont préparées bien avant 68 sous l'influence des technocrates du régime, et notamment sous l'influence du mouvement Freinet (voir par exemple la part importante de ce mouvement dans la commission Rouchette), on assiste peut-être à une augmentation du taux de passages en sixième des élèves mais sur la base de deux facteurs qui n'existent pas auparavant :

a) la baisse des exigences :

1) en mathématiques avec les mathématiques modernes dont Prost, un des deux leaders principaux despr2262020957.08.lzzzzzzz reformes avec Louis Legrand, explique qu'il s'agit d'un allègement des programmes, mais que M. Prost trouve insuffisant (il doit être satisfait des programmes actuels) (Prost, Histoire de l'enseignement, T IV, p 174).

2) en français avec les conséquences de la commission Rouchette dont un des membres, Louis Legrand, explique qu'un des buts de la commission était "des propositions d'allégements sur le programme de grammaire qui, pratiquement, se voyait amputé du programme du CM2." (in Pour une politique démocratique de l'éducation, Louis Legrand, PUF ,1977. Chap. VIII - L'innovation sur les contenus et les méthodes : l'exemple du français à l'école élémentaire) [Louis Legrand persiste dans ses visées liquidatrices d'une école transmettant les savoirs : interview 1999 - MR].

cros4b) l'influence des gestionnaires qui sont affolés par "L'explosion scolaire" (titre du best seller de Louis Cros au début des années 60) dont ils pensent qu'elle va coûter très cher à cause du "baby boom" et de l'allongement de la scolarité. La solution est pour eux simple : s'il y a plus de liquide à faire passer dans un tuyau scolaire allongé, réduire les coûts signifie accélérer la circulation du liquide en supprimant les redoublements. Et ils sauront s'appuyer, pour réaliser cette volonté draconienne d'économie, sur divers mouvements pédagogiques qui leur apporteront la vaseline théorique pour faire passer leurs réformes.

Je n'insisterais pas non plus sur le fait que les expérimentations faites à l'époque montreront toutes que les "nouvelles pédagogies " non seulement aboutissent à une baisse de niveau mais de plus défavorisent les enfants des classes déjà défavorisées (si M. S. Grandserre veut des preuves et plus précisément des preuves données non par mon camp mais par les partisans des "nouvelles pédagogies", je peux les lui donner).
Vous avez une remarque , M. S. Grandserre ?

Michel Delord
20 novembre 2005

 

- 3 textes complètent ce sujet :

1) Note technique sur la massification, septembre 2004

2) Seuls 10% allaient au lycée, octobre 2003

3) Note à propos du texte de Gramsci sur la grammaire, décembre 2005

delordMichel Delord
Vice-président du GRIP
CA de la Société Mathématique de France
Board of advisors, Nonpartisan Education Review

 



- source de cet article : le forum de "Lire et écrire"

 

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Royaume d'Ubu : Jean-Paul Brighelli viré puis réintégré... en 48 h

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Royaume d'Ubu :

Jean-Paul Brighelli viré, puis réintégré

en 48 heures...!



Je n'ai même pas eu le temps de lui adresser un message de soutien... Jean-Paul Brighelli a été "débarqué", le 10 mai, du jury de Capes de Lettres par le président de celui-ci : Alain Pagès. Le 12 mai, l'Inspection générale lui expliquait qu'il s'agisssait d'un malentendu : il était réintégré. Et ce M. Pagès, thuriféraire dualain_pag_s_11 pégagogisme dévastateur, sera-t-il blâmé pour ses tendances inquisitoriales ? Ne pourrait-on désigner un réel défenseur de la littérature à la présidence du jury de Capes de Lettres ...? (Michel Renard, 12 mai)

                                                                                                            Alain Pagès

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sur le blog de Jean-Paul Brighelli

10 mai 2006

Règlements de comptes

Je viens, aujourd'hui 10 mai, de me faire débarquer du CAPES de Lettres Modernes - pour délit d'opinion.
Le président du jury, Alain Pagès, flanqué du vice-président, l'Inspecteur Général Jean Jordy, m'a interrompu au milieu du classement des copies que nous venions de ramener à Tours, centre de concours. Il y avait apparemment urgence... Il m'a expliqué que depuis septembre dernier, juste après la parution de la Fabrique du crétin, plusieurs membres du jury, particulièrement ceux de l'épreuve de didactique (dite pudiquement "épreuve sur dossier") avaient exprimé leur difficulté à siéger désormais dans un concours qui m'hébergeait. Une pétition a commencé à circuler entre ces honorables enseignants, pour la plupart IPR ou chargés de cours en IUFM. Le mouvement s'est accentué après la parution de À bonne école, où j'ai le malheur d'interroger le bien-fondé de la part de plus en plus grande de la didactique dans les concours de recrutement - cette avancée sournoise de la pensée unique pédagogiste. Désormais, m'a-t-on expliqué, je ne pouvais plus être présent à l'oral - ni à l'écrit, alors même qu'après enquête (!), je donnais toute satisfaction à ce niveau, cette année comme l'année dernière.

Mon cas personnel est peu de chose. Mais il faut être attentif à un point : je suis viré pour délit d'opinion - et c'est tout. Cette fois, c'est moi. La prochaine fois, tel autre membre qui aura eu la naïveté de mettre en avant les savoirs fondamentaux dans la matière que l'on est censé enseigner, et non l'art délicat de l'enseigner conformément à la Vulgate des IUFM, fera les frais de la hargne de ses colistiers. Quand les universitaires ou les profs de prépas seront priés de rester eux-aussi au vestiaire, le ménage sera fait. Et les néo-certifiés seront calibrés au plus juste des ambitions de la sacro-sainte pédagogie...

Bonne chance à tous les résistants du moment. Je ne perds pas courage. Ce n'est qu'un début...

Jean-Paul Brighelli


12 mai 2006

Reddition en rase campagnelogo_men

Chers tous, l'Inspection générale vient de me téléphoner — longuement. "Tout cela n'était qu'un malentendu, apaisons les esprits." Le président du jury a suivi, par mail : réintégration immédiate.
Ceux qui voulaient ma peau et avaient pétitionné pour mon éviction doivent manger leur chapeau.

C'était une manière de me tester, et surtout de tester mes amis, la presse, et sans doute le ministre, dont les services ont réagi avec une célérité inattendue, en disant le droit — sans commentaires.

Mille mercis à toutes celles et tous ceux qui m'ont soutenu, sur ce blog et ailleurs. Et nous le savons désormais, si nous l'avions oublié : en cas d'attaque, seule une riposte massive peut décourager l'agresseur. Hasta la victoria siempre !

Jean-Paul Brighelli


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- La fabrique du crétin. La mort programmée de l'école, Jean-Paul Brighelli, éd. Jean-Claude Gawsewitch, 2005.

- À bonne école, Jean-Paul Brighelli, éd. Jean-Claude Gawsewitch, 2006.

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- forum de débat sur la Fabrique du crétin : e-litterature.net


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mardi 16 mai 2006

Colère contre le syndicat des instituteurs (Michel Renard)

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Colère contre le syndicat des instituteurs

le syndicat des instituteurs

au secours des fourriers de l'illettrisme...!

Michel RENARD


rubon52Mesdames, messieurs les dirigeants du SNUipp-FSU (Syndicat National Unitaire des Instituteurs et Professeurs des Ecoles),

(je ne dis plus "chers collègues" car vous êtes passés dans le camp de ceux qui s'acharnent depuis plus de trente ans à détruire une école que, depuis également plus de trente ans, j'admire et je défends : l'école de la culture)

Ah...! Bravo votre pétition du 2 janvier sur la lecture... Quand je pense que j'ai voté pendant des années pour le SNES-FSU aux élections professionnelles... et que je vous vois aujourd'hui servir de bouclier à tous les fourriers de l'illettrisme, tous les Charmeux (!!), Meirieu, Goigoux et Cie, toute la camarilla pédagogiste des ICEM, IUFM, "Cahiers pédagogiques" et autres spécialistes en "sciences de l'éducation" qui sont tout sauf des sciences, je me demande ce qui vous reste d'attachement à l'école de la République et de la culture.

Votre bilan est désastreux. Je l'ai mesuré en 25 ans d'activité, du collège à l'université, en college_duparcSeine-Saint-Denis. Vos statistiques ("4% d'élèves ne savent pas déchiffrer à l'entrée en 6ème") sont dignes du Gosplan et du mensonge soviétique. Vous devriez avoir honte de camoufler la réalité avec un tel cynisme... Mais il y a longtemps que vous l'avez quittée cette réalité.

Vous défendez un misérable petit pouvoir (les programmes de 2002 à la rédaction desquels vous avez contribué), alors que c'est le savoir et la culture qu'il faut défendre contre les Diaforus de l'obscurantisme pédagogiste et contre les visées libérales qui veulent "marchandiser" une école au rabais formant des consommateurs passifs et non-critiques.

Bel aveu tout de même : "l'apprentissage de la lecture se poursuit au cours de l'école élémentaire et n'est pas achevé au début du collège"...!! À quoi donc ont servi ces 5 années d'école primaire si l'apprentissage, le simple "apprentissage"..., de la lecture n'y a pas été effectué...???
cm2_orl_ans
Je remercie, une fois de plus, mes institutrices et instituteurs qui m'ont appris à lire, à écrire, à compter, qui, chaque jour, nous ont fait lire, fait faire des dictées, des rédactions, de la grammaire, de la conjugaison, de la récitation, qui m'ont donné l'amour de l'école, de l'effort, des humanités, et je vous assure de ma profonde détermination à contrecarrer vos trahisons de cet idéal républicain.

Michel Renard, professeur d'Histoire au lycée de Saint-Chamond (Loire)
fils d'instituteur et d'institutrice
et arrière arrière-petit-fils de Charles Robert, instituteur communal
à Rom dans les Deux-Sèvres en 1840.

12 janvier 2006

fsu

- le texte de la pétition du syndicat des instituteurs pour le maintien du désastreux statu quo en matière d'apprentissage de la lecture

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de Robien a déclaré la guerre...! Profs bivalents au collège

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Gilles de Robien ne sait pas compter... un professeur d'histoire-Géographie,
étant déjà bivalent, deviendrait... trivalent...!





archipmf382Revoilà la "primarisation" du Collège...! Très mauvais exemple brandi par le ministre : le cas de l'Histoire-Géographie. Il faut, en effet, de nombreuses années avant qu'un professeur n'acquière la culture nécessaire à l'enseignement des deux disciplines qui, de toute façon, ne sont jamais transmises avec la même compétence selon que le professeur est historien ou géographe de formation (je ne parle pas de l'instruction civique...). Il doit certainement en aller de même avec la physique-chimie, et avec les sciences de la vie et de la terre (biologie et géologie)... En tout cas, de Robien ne sait visiblement pas compter... puisque ces professeurs, qui sont déjà "bivalents", deviendraient alors trivalents si on leur ajoutait une discipline (par exemple, les Lettres pour les historiens-géographes)...!

Michel Renard (janvier 2006)





Les profs bivalents réservés au Collège


Gilles de Robien a exclu d'étendre l'enseignement de deux matières aux enseignants de lycées, revenant sur ses propres positions d'il y a deux jours
Gilles de Robien, ministre de l'Education nationale, souhaite que la bivalence (enseigner deux matières) ne soit réservée qu'aux enseignants du collège. "Je souhaiterais que la 'bivalence' se passe pour les professeurs de collège. Personne ne s'étonne qu'un professeur enseigne l'histoire et la géographie!" a précisé le ministre mardi 10 janvier, sur Canal plus. Il avait pourtant relancé voilà deux jours son souhait d'étendre cette mesure aux enseignants du lycée.
Il a par ailleurs rappelé que 16% des enseignants inscrits au Capes 2006 (le concours de recrutement des enseignants de collèges-lycées) avaient choisi de passer une "mention complémentaire", c'est-à-dire d'avoir une seconde matière qu'ils pourront enseigner.

L'élève sera moins surpris
En sortant du primaire "un enfant passe d'un seul professeur à huit ou neuf profs au collège". Avec la bivalence, "il aura au collège trois ou quatre professeurs, il sera moins surpris car il aura des profs moins nombreux", a dit le ministre.
Il s'agit aussi, selon Gilles de Robien, d'une "simplification pour les enseignants dans leurs affectations".

"Ils auront un choix de plus (dans leur nomination) et donc ce sera un confort de plus. Cela donne de la souplesse pour les effectifs", a-t-il ajouté.
Le principal syndicat des enseignants des collèges-lycées, le Snes-FSU, a jugé lundi "très négative" la bivalence des enseignants tandis que le SE-Unsa a dénoncé une mesure "gestionnaire d'économie".

Le NouvelObs.com, 10 janvier 2006

- source de cet article

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