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Journal d'une institutrice clandestine

Rachel BOUTONNET


Je suis une jeune institutrice : ma troisième année d'enseignement vient de se boucler. Je sais, le terme de "clandestine" peut faire sourire. Pourtant, j'insiste. J'efface soigneusement le tableau quand je quitte ma classe pour qu'on ne voie pas trace de mon travail, je fais recouvrir de papier kraft les manuels avec lesquels mes élèves apprennent à lire - et que j'ai achetés sur mes deniers. Je tais soigneusement mes convictions et beaucoup de mes méthodes. Elles n'ont pas l'heur de plaire à certains de mes collègues et, en tout cas, elles répugnent franchement aux membres de l'inspection.

En fait, dès mon entrée à l'Institut universitaire de formation des maîtres (IUFM), j'ai presque aussitôt compris que je n'avais rien à en attendre. Nous avons passé en tout et pour tout six heures sur l'année à l'enseignement de la lecture et de l'écriture ! Le credo des formateurs se résumait à : "Le maître ne doit pas être un reférent pour l'apprenant [l'enfant]."

J'ai donc résolu de me comporter en reporter clandestin. De septembre à janvier j'ai tenu un journal tous les soirs, pour résumer mes journées et mes impressions.

Quand l'année s'est achevée, j'étais épuisée, je ne me sentais pas du tout formée au métier mais j'étais au moins indemne moralement.

lapinJ'applique aujourd'hui des méthodes pédagogiques auxquelles j'ai longuement réfléchi, qui sont aussi précisément celles que l'IUFM voue aux gémonies, mais je vois mes élèves apprendre et en être fiers.

Un document authentique et passionnant : les réflexions stupéfaites, incisives et incroyablement lucides d'une jeune institutrice, pour la première fois confrontée à l'école telle qu'elle est conçue aujourd'hui. On croit rêver parfois...


* Rachel Boutonnet, née en 1972, titulaire d'une maîtrise de philosophie, est maîtresse d'école depuis septembre 2000, en classe de CP et CE1. Elle fait partie des associations Reconstruire l'école, Sauver les lettres.

4e de couverture du livre





- Journal d'une institutrice clandestine, Rachel Boutonnet, Éditions Ramsay, Août 2003, 286 pages, 20 € ; éd. poche octobre 2005.

- le dernier livre de Rachel Boutonnet : Pourquoi et comment j'enseigne le b.a.-ba : Conseils et récits2841147444.08.lzzzzzzz d'instits à l'usage des collègues débutants et des parents curieux, Ramsay, 2005.

- débat entre Luc Ferry et Rachel Boutonnet (2003)

- Rachel Boutonnet sur France 2 : reportage diffusé au cours du journal de 20h sur France 2 le 15 novembre 2005.












Il faut fermer les IUFM et envoyer

leurs prétendus formateurs et autres "spécialistes en

sciences de l'éducation" enseigner dans les ZEP...!

Michel RENARD



Je n'avais pas encore lu l'ouvrage de Rachel Boutonnet. Je suis en train de le faire - après ceux de Marc Le2350130355.08.lzzzzzzz3284114688x.08.lzzzzzzz12234056756.08.lzzzzzzz2 Bris, de Fanny Capel, de Jean-Paul Brighelli... - et je suis effaré...! C'est encore pire qu'imaginé.

La charge de Rachel Boutonnet contre l'obscurantisme des "formateurs" de l'IUFM, et leur incroyable prétention à nier les désastres de leurs "méthodes", a fait mal. Pour répliquer à certaines critiques et, surtout, faire partager son expérience d'institutrice, elle a publié un deuxième ouvrage : Pourquoi et 2841147444.08.lzzzzzzz1comment j'enseigne le b.a.-ba : Conseils et récits d'instits à l'usage des collègues débutants et des parents curieux (Ramsay, 2005).


Contraint de lui répondre, "l'institution" pédagogiste vient de dépêcher l'un de ses piliers en la personne d'Évelyne Charmeux, théoricienne de la méthode globale, aujourd'hui professeur honoraire de171994 l'IUFM de Toulouse. Évelyne Charmeux qui, avec ses collègues, et ceux qui leur ont abandonné tout pouvoir en matière de pédagogie (gouvernements de gauche comme de droite...) relèveraient d'un Tribunal pour Crimes contre les Humanités...

Le texte a été édité par le site ouvertemment acquis à la pédagogie "constructiviste", le Café pédagogique. Madame Charmeux s'en prend violemment à Rachel Boutonnet avec des arguments qui font peine à lire. En voici quelques-uns.

- "Un tout petit a beaucoup de mal à distinguer les objets à lire des autres objets de son environnement : pour lui, les affiches poussent sur les murs comme les feuilles sur les arbres et la différence profonde de nature qui les sépare lui est étrangère".
Alors, pour vous, un gamin de six ans confond les feuilles des arbres avec les affiches sur un mur...!!? Vous ne prendriez pas les gens pour des demeurés parfois ? Vous n'avez aucun contact avec des enfants de cet âge, Madame Charmeux, pour énoncer une telle énormité. Ou alors, malheureusement, ce sont des enfants lourdement handicapés... D'ailleurs les méthodes globales ont été mises au point pour des enfantsce1_ce2 déficients.






"Enfants regardant pousser des affiches sur un mur"
(légende à la mode Charmeux)


- "Le caractère «arbitraire» de l'union entre un mot (un «signifiant») et son sens (le «signifié»), ce qu'on appelle «l'arbitraire du signe linguistique», dont on doit la mise en évidence à F. de Saussure, lui est complètement inconnu. C'est pourquoi, avant l'apprentissage systématique de la lecture, il est souhaitable que les enfants aient eu l'occasion de le découvrir".
On ne peut découvrir l'arbitraire du lien entre le signifiant locomotive et le signifié véhicule de traction servant à remorquer les trains, qu'après avoir été capable de lire lo-co-mo-ti-ve, donc de déchiffrer ses différentes syllabes. Ce dont ne sont plus capables un nombre croissant d'élèves sortant de l'école primaire. En l'occurrence, "l'arbitraire" c'est d'abord celui d'une pédagogie qui désarme intellectuellement les élèves... et les rend incapables de poursuivre un jour des études de... linguistique.

- "En travaillant comme vous le faites, vous fournissez aux enfants des clés qui n'ouvrent que les portes ouvertes, et ce que vous leur apprenez n'a pas plus d'utilité que le tabouret pour apprendre à nager. On peut ajouter que cela les éloigne même de la lecture véritable, notamment de celle dont ils auront besoin dans leurs études".
Mais, Madame Charmeux, avec quelle méthode avons-nous donc appris à lire et à aimer la lecture, avant que vous n'imposiez votre "méthode globale" ? Les plus grands lecteurs, les plus grands écrivains, comme les simples gens qui fréquentaient l'école avant la prise du pouvoir par les théoriciens du "globalisme", ont appris à lire avec la méthode syllabique. Ils ne se sont pas ennuyés, ils ont accédé au "sens" sans les torturantes devinettes imposées par vos dogmes aveugles. Quel aplomb et quelle cécité sur la réalité vous manifestez ! Le globalisme (et le semi-globalisme... et tout ce qui y ressemble) a produit des bacheliers et des étudiants incapables de lire sérieusement. Et ce n'est pas par manque d'exercices sur les "discours", comme vous le prétendez, c'est tout simplement parce que vous les avez privés des bases de la lecture.

À lire ce condensé de la théorie "globaliste", on se rend compte que Madame Charmeux refuse tout apprentissage conçu comme une progression, comme une suite d'étapes. Non, pour elle, il faut tout faire tout de suite : "on ne peut apprendre qu'en situation complète, afin de connaître d'emblée chacun des éléments de la complexité, sans quoi aucune maîtrise ne peut être construite"...ou encore "plus on retarde la familiarisation avec ces modes de discours - totalement différents dans leurs composantes et dans leurread0 fonctionnement de ceux utilisés dans les relations quotidiennes - et plus on rend impossible leur maîtrise". Quand une telle exigence va à l'encontre d'une longue observation de terrain, il faut la prendre pour ce qu'elle est : une croyance dogmatique.

Autre assertion aberrante au sujet de la méthode syllabique. Madame Charmeux prétend que : "le mécanisme de base prend tout bonnement la place de la lecture : combiner des lettres pour former des sons devient à la fois un jeu et le but de l'activité de lecture, aux dépens de la recherche du sens".

Mais où vont-ils chercher cela ? La recherche de sens est freinée par toute une série d'obstacles, à commencer par la pauvreté de l'univers culturel mobilisé par les programmes scolaires, la diminution du temps consacré aux savoirs de base (français, mathématiques) et la prolifération d'activités parasitaires (prévention de ceci et de cela...). Il faut oublier le "ludique" et restaurer "l'effort". Il faut renoncer au primat de la "communication" et revenir à celui de la "compréhension", donc à la culture, à la richesse culturelle des Humanités. Mais de cela la pédagogie se moque bien, toute engluée qu'elle est dans l'auto-glorification de son arrogante logomachie.

Michel Renard, 20 janvier 2006



PS - Trouvé ce message qui m'a beaucoup amusé :

"Lire l'appel de l'ICEMFreinet (lu sur le café pédago) pour se rendre compte que certains n'en ont pas fini avec leurs délires:
"Ce n'est pas l'école des banlieues qu'il faut changer ou améliorer, c'est un autre système éducatif qu'il faut construire et mettre en place, un système dont les objectifs ne seront plus les mêmes et qui ne s'appuiera plus sur les mêmes valeurs. Un système où des termes comme notation, évaluation, programme, diplômes n'auront plus de sens et où la réussite personnelle et la réussite collective auraient partie liée... Aujourd'hui, les mouvements pédagogiques et d'éducation populaire sont-ils capables de proposer et de défendre un système éducatif radicalement différent, pour porter cette école populaire et émancipatrice ? Si oui, il est temps de s'y mettre, ensemble !"
Personnellement j'aime beaucoup le "où la réussite personnelle et la réussite collective auraient partie liée..." il y a un petit côté rééducation dans les rizières.
Enfin, la notation est pourchassée, les évaluations sont bidonnées, les programmes vidés et les diplômes dévalués : je ne vois ce qu'ils veulent de plus. Je ne connais pas leur fournisseur mais il faudrait brancher Kate Moss sur le site Freinet."

Posté par Guillaume le 16 novembre 2005.

 

PS 2 - Intéressantes réponses de Jean-Paul Brighelli à l'occasion d'un "tchat" sur telerama.fr le 25 janvier 2006 : "il faut brûler les IUFM" d'où j'extrais ceci :051113225027.a07vgxij2_une_ecole_maternelle_de_carpentras_incendiee_dans_b

Frédéric (internaute) : De quels constats partez-vous pour dire que l’école ne joue plus son rôle d’ascenseur social ?
Jean-Paul Brighelli :
Des événements de novembre dernier. Si tant d’enfants ont spontanément brûlé tant d’écoles, c’est qu’ils avaient quelque chose à lui reprocher. Ce qu’ils avaient à lui reprocher, c’est de ne plus jouer son rôle, et même de ne plus jouer aucun rôle. L’école de ces quartiers est devenue une mauvaise garderie. Deuxième preuve par le haut : les grandes écoles ne recrutent pour ainsi dire plus qui que ce soit qui ne soit pas enfant de cadre sup. Alors que dans les années 1950 à 1970, la proportion d’enfants de paysans ou d’ouvriers, par exemple à l’Ecole normale supérieure, était d’environ 5 %.

 

PS3 - Échange de lettres entre Roger Monjo (Maître de conférences en sciences de l'éducation à l'université de Montpellier 3) et Jean-Paul Brighelli à l'occasion de la sortie par ce dernier de la Fabrique des crétins.
On peut notamment y lire ceci : "Tu n'ignores pas, forcément, que Meirieu lui-même a déclaré : «Il y a quinze ans, je pensais que les élèves défavorisés devaient apprendre à lire dans des modes d'emploi d'appareils électroménagers plutôt que dans les textes littéraires. Parce que j'estimais que c'était plus proche d'eux. Je me suis trompé. meirieu_1Pour deux raisons : d'abord, parce que les élèves avaient l'impression que c'était les mépriser ; ensuite, parce que je les privais d'une culture essentielle. C'est vrai qu'à l'époque, dans la mouvance de Bourdieu, dans celle du marxisme, j'ai vraiment cru à certaines expériences pédagogiques. Je le répète, je me suis trompé.» (18 janvier 2005)

Cet ancien membre des Jeunesses Ouvrières Chrétiennes, qui a mis ses quatre enfants dans l'enseignement privé, s'imagine-t-il qu'une confession vaut absolution ? Ces quatre ou cinq générations d'élèves sacrifiés sur l'autel de l'expérimentation constructiviste réclament justice. Et je serais tenté de faire un jour le procès de ces enseignants qui s'imaginent jouir de l'impunité : on inculpe bien un médecin qui, pour un prétexte idéologique, refuserait son aide à une parturiente - afin qu'elle accouche dans la douleur, conformément au Credo biblique..." (Jean-Paul Brighelli)

d120233a1





renoncer au primat de la "communication"
et revenir à celui de la "compréhension"