12 mai 2006
Réponse à Roland Goigoux
M Goigoux ose affirmer que les 2/3 des élèves de 6e
sont "d'excellents lecteurs"...!! Cela en dit long sur le charlatanisme
des prétendues "sciences de l'éducation"
Réponse à M. Roland Goigoux,
professeur des universités à Clermont-Ferrand et directeur d'un laboratoire de recherche sur l'enseignement (4 septembre 2005)
Michel RENARD
Monsieur, Michel Renard, professeur d'histoire, ayant enseigné du collège à l'université en Seine-Saint-Denis pendant 25 ans,
Vous affirmez, dans Libération du 2 septembre dernier, qu'en matière d'apprentissage de la lecture «la guerre des méthodes est finie».
Bel euphémisme pour ne pas reconnaître crûment le désastre des méthodes
globales, et de tous leurs succédanés, qui a produit cet illettrisme
que les professeurs du secondaire et les universitaires vérifient
chaque année un peu plus.
Vous qualifiez d'«idéologique» l'attitude des partisans de la méthode
syllabique. Ce n'est qu'un artifice rhétorique pour les prendre à front
renversé.
Dans la réalité, ce sont bien les théoriciens des méthodes globales et
du constructivisme pédagogique qui nagent en pleine idéologie. Les
travaux «scientifiques» que vous invoquez n'ont rien de scientifique
tout simplement parce que la pédagogie n'est pas une science, n'ayant
ni œuvres ni auteurs majeurs, ni dispositif conceptuel «falsifiable» au
sens poppérien. Et parce qu'elle affiche une insolente immunité à
l'égard de l'expérience qui réduit à néant ses constructions
arbitraires.
Votre propre ignorance de la réalité sourd de cette allégation
ahurissante (!!!) : «À l'entrée au collège aujourd'hui, les deux tiers
des élèves, ceux qui décrocheront le baccalauréat huit ans plus tard,
sont d'excellents lecteurs qui accèdent à une compréhension fine des
textes, sachant lire l'implicite entre les lignes».
Les statisticiens et "sociologues" de complaisance qui vous
fournissent, n'en doutons-pas, les preuves de ce genre de propos, se
déshonorent... mais ils disposent de postes à l'université et de
crédits pour leurs laboratoires...
La vérité à laquelle nous sommes confrontés, nous professeurs du
secondaire, depuis plus de vingt ans est à l'exact opposé : les
«excellents lecteurs» ne sont guère que deux ou trois par classe,
peut-être donc 10 à 15% de l'effectif... et encore... La preuve en est
également fournie au baccalauréat dont le niveau des épreuves ne cesse
de baisser et les critères de notation de se relâcher pour permettre de
recevoir ces candidats qui ne lisent pas et que l'école de la Nouvelle
Pédagogie et des IUFM a désarmés intellectuellement.
professeur au lycée Claude Lebois à Saint-Chamond (Loire),
adhérent de l'association "Sauver les lettres",
4 septembre 2005
PS - Encore une remarque. C'est, contrairement à ce que vous dites, quand on est confronté à des élèves issus de milieux défavorisés que l'on se convainc de l'utilité de la méthode syllabique, car on sait que les familles n'auront pas les moyens de surmonter les errances et les échecs "néo-pédagogistes" de l'école.
Réponse de M. Roland Goigoux (5 septembre 2005)
Monsieur,
Pourquoi tant de mépris dans vos propos ? Pourquoi quelques professeurs
de lycée continuent-ils à prendre tous les instituteurs pour des idiots
et/ou des paresseux et/ou des lâches ? Si vos allégations relevaient
d'un tel bon sens, comment se fait-il que 35 000 instituteurs procèdent
autrement qu'à l'aide de la méthode Boscher ?
"Sauvez les lettres" est en train de se discréditer en soutenant des
thèses aussi caricaturales que celles que vous reprenez ici et en les
faisant porter par un instituteur, monsieur Le Bris, n'ayant jamais
enseigné au cours préparatoire et peu crédible dans son propre milieu
professionnel. Un débat qui m'opposait à lui l'an passé (dans les
locaux du Monde de l'éducation) avait mis en lumière aux yeux des journalistes sa méconnaissance du sujet traité.
Il faut aller faire un tour dans les classes de cours préparatoire
d'aujourd'hui, monsieur Renard : vous serez étonné de ce que vous y
verrez !
Respectueusement,
Roland Goigoux
Nouvelle réponse à M. Roland Goigoux (5 septembre 2005)
Monsieur,
Vous ne répondez à aucun de mes propos... C'est votre droit.
1) Par contre, il est trop simple de réduire une critique de
l'enseignement désastreux de la langue française dans le primaire à des
injures prétendument portées à l'encontre des instituteurs.
Contester un système (théories pédagogiques, programmes officiels,
méthodes, manuels), ses organismes (INRP, IUFM, conseil des programmes,
comités multiples) et ses agents ("chercheurs", théoriciens de la
lecture, "didacticiens", inspecteurs...) n'est pas en mépriser les
exécutants contraints.
Si il est une figure de l'école que je respecte profondément, ce sont
bien les instituteurs, étant moi-même fils d'instituteur et
d'institutrice, et ayant un arrière arrière-grand-père instituteur
communal à Rom dans les Deux-Sèvres en 1840...!
Ce respect n'est pas seulement dû à un atavisme familial mais à un
sentiment de solidarité entre collègues. Il n'y a, pour moi, aucune
différence de mérite entre enseignants selon qu'ils exercent à tel ou
tel étage de la machine scolaire.
Les instituteurs, cependant, ont moins de latitude que les professeurs
du secondaire, à affranchir leur pratique des lubies pédagogistes. La
contrainte du système est, malheureusement, plus lourde à l'école
primaire. Si l'on avait respecté le principe de liberté pédagogique,
les instituteurs auraient eu la faculté de choisir leurs "méthodes".
Votre question prendrait alors un autre sens...
2) Ma critique portait sur votre appréciation du niveau de lecture à
l'entrée en collège. Cela, je le connais bien... Il n'y a pas un
professeur de collège qui ne sursautera en apprenant que les deux tiers
des élèves de 6e sont «d'excellents lecteurs», capables de discerner
l'implicite d'un texte...! Ce constat est totalement farfelu, pardonnez
ma franchise. Elle est à la mesure de la détresse qui, sauf exception,
s'empare des élèves de 6e lorsqu'ils doivent lire et comprendre les
documents d'un manuel ou l'énoncé d'un exercice.
Je vous renvoie le conseil : il faudrait aller faire un tour dans les
classes de collège d'aujourd'hui, Monsieur Goigoux, vous seriez étonné
de ce que vous y verriez !
Tout aussi respectueusement.
Michel Renard
PS - Je laisse à leur turpitude les journalistes du Monde de l'Éducation qui méprisent l'école de la transmission des savoirs et qui frétillent depuis plus de vingt ans à l'énoncé de la novlangue pédagogiste comme aux incessantes réformes qui désintègrent l'école républicaine.
le site de Roland Goigoux : http://www.auvergne.iuf...R/rgoigoux/rgoigoux.htm

On finit par se demander comment les générations d'avant la "Nouvelle Pédagogie"
et d'avant les méthodes "globales" ont-elles appris à lire ?
Aux yeux des "sciences de l'éducation", ces enfants n'auraient pas accédé au "sens"...
Marc Le Bris,
Et vos enfants ne sauront pas lire... ni compter !,
éd. Stock, 2004
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